AU FIL DES HOMELIES

Photos

NOUS VOUDRIONS VOIR JÉSUS

Is 42, 1-7 ; Jn 8, 21-29

Lundi saint – B

(5 avril 1982)

Homélie du Frère Michel MORIN

Parvis du Temple : les écoles coraniques

A

 

u début de cette Semaine Sainte, je pense que nous sommes, tous, comme ces Grecs qui demandent à Philippe : "Nous voudrions voir Jésus." Et ce désir de notre cœur est sûrement plus fort en ces jours que le reste des jours de l'année. Nous voudrions nous aussi voir Jésus. C'est bien cela le but de notre vie chrétienne. C'est bien cela le désir de notre cœur, cet accomplissement que nous n'imaginons pas mais auquel nous croyons.

Or, tout au long de ce carême nous avons déjà vu le Seigneur Jésus. Nous l'avons vu dans l'accomplissement de cet oracle du prophète Isaïe que nous lisions en première lecture. Nous l'avons vu dans sa lumière, au jour de sa Transfiguration, Lui qui a été désigné, comme dit le prophète "comme Alliance du peuple et lumière des nations". Nous l'avons vu car, comme dit encore le prophète "il est venu ouvrir les yeux des aveugles" et nous l'avons contemplé envoyant l'aveugle-né à la piscine de Siloë pour qu'il voie le visage de son Seigneur. Nous l'avons vu faire sortir des prisons les captifs : Il a fait sortir la samaritaine de la prison de son péché et de son éloignement des sources vives. Nous l'avons contemplé à Béthanie, Lui qui a fait sortir du cachot de la mort "celui qui habitait dans les ténèbres", son ami Lazare. Et nous l'avons vu dans la gloire, cette gloire des Rameaux, cette gloire que nous avons célébrée hier, cette gloire qui porte en elle l'humilité et la douceur du serviteur qui marche vers la souffrance, du "Serviteur Souffrant."

Et nous marchons maintenant, dans la foi, vers ces jours où nous allons célébrer, une fois encore, les temps, les moments, les heures essentielles de notre monde ces heures où l'histoire du monde a basculé, ces événements qui sont les seuls événements historiques, car ce sont les seuls événements qui font entrer le monde et la terre dans sa véritable histoire, c'est-à-dire celle d'une création pécheresse qui est rachetée et qui est conduite vers la glorification, à travers la souffrance et la mort du plus beau de ses enfants, le Fils de Dieu, le fils de la vierge Marie. Et nous allons refaire ensemble, dans l'unité de toute l'Église, de tous ceux qui veulent voir le visage de Dieu, nous allons refaire ensemble les gestes ultimes du Christ, nous allons écouter ensemble les dernières paroles de quelqu'un que nous aimons. Nous allons voir dans la liturgie l'accomplissement de ces actes du Christ aux jours de sa souffrance et de sa mort.

Mais, à travers les réalités visibles de la liturgie, nous devons être amenés à croire aux réalités visibles dont elles veulent être un témoignage immédiat, un témoignage efficace, un témoignage qui actualise, pour chacun d'entre nous aujourd'hui, ce que le Christ a accompli pour tous les hommes, il y a tant et tant d'années. A travers les célébrations liturgiques, à travers la prière, à travers toutes ces réalités visibles, nous devons un peu plus croire à ce qu'elles signifient, le Fils de Dieu est venu, s'incarnant dans notre chair, assumant les limites de la finitude de notre chair jusque dans ses souffrances et dans sa mort, pour faire éclater cette finitude, pour transfigurer ses limites et nous ouvrir, immédiatement, à la gloire. Car Il est Celui qui, du haut de sa souffrance et de sa mort, nous attire dans la glorification.

Déjà, nous sommes heureux de vivre dans cette foi, d'être témoins des événements de la vie du Christ, de sa présence et de sa fécondité dans la vie des hommes. Nous sommes heureux parce que nous voyons ce que tant de justes et de prophètes ont désiré voir, parce que nous voyons ce qu'Abraham a entrevu de façon lointaine et qui l'avait pourtant tant réjoui. Il nous faut aborder ces jours saints non pas dans je ne sais quelle fausse tristesse, mais avec au cœur cette joie qui vient de la présence du Christ qui accomplit, aujourd'hui, pour notre monde, le salut à travers la mort vers la gloire, vers la victoire.

Que ces jours soient essentiellement centrés sur son visage. Si vous voulez, ne nous inquiétons plus trop de nous-mêmes. Ne nous inquiétons plus trop des efforts que nous n'avons pas faits pendant ce carême et que nous aurions aimé faire. Ne nous inquiétons plus des péchés que nous avons faits et que nous aurions préféré ne pas faire. Laissons un peu de coté, même s'ils sont importants ou ennuyeux, les soucis de notre vie pour nous tourner vers le visage du Seigneur, et pouvoir dire avec le plus de vérité possible : "Seigneur, nous voulons voir ton visage", et écouter avec le plus de profond. "L'heure vient où le Fils de l'Homme doit perdre sa vie", pour nous conserver notre vie en vie éternelle. Regarder ce visage du Seigneur qui va être troublé car "l'heure vient où le monde est jugé". Mais le regarder aussi dans sa gloire, car le Père l'a promis : "Il l'a glorifié et Il le glorifiera encore".

Ouvrons notre cœur et toute notre vie à cette présence du Christ dans sa mort et sa Résurrection. Préférons-le, plus que jamais, à tout autre chose, si belle, si valable, si bonne qu'elle soit. Alors, nous pourrons revivre ensemble cet oracle d'Isaïe, au chapitre 52 : "Ensemble, ils crient de joie, car ils voient, les yeux dans les yeux, le Seigneur qui revient parmi eux à Sion."

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public