AU FIL DES HOMELIES

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COMME UN AGNEAU

Is 42, 1-7 ; Jn 8, 12-29

Lundi de la semaine sainte – A

(16 avril 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Tendresse de l'agneau

N

 

ous entrons maintenant dans le temps du silence du Verbe de Dieu. "Comme un agneau qui n'ouvre pas la bouche." Ceci est à comprendre au sens le plus littéral du terme, non pas simplement parce que Jésus dira fort peu de paroles au cours de son arrestation, de son procès et de sa mort sur la croix, mais parce que ce qui va se passer ne peut être compris que dans le silence, l'écoute attentive et la contemplation passionnée de ce que Jésus vit à ce moment-là.

Le témoignage qu'Il apporte par le fait de se livrer, de donner sa vie et de mourir sur une croix n'est pas un témoignage de l'ordre de la parole. Le témoignage dont parle ici saint Jean n'est pas un témoignage par lequel le Christ, à force de prédication, arriverait à convaincre les auditeurs. D'une certaine manière ce stade est déjà largement dépassé, puisque saint Jean s'attache à nous faire voir une sorte d'incrédulité a priori de la part des foules qui écoutent encore Jésus. Mais le témoignage c'est un langage qui n'est pas de ce monde. C'est le témoignage que le Père rend au Fils et le témoignage que le Fils rend au Père. Ce qui se passe dans le don que le Christ fait de sa vie pour les hommes et par sa mort sur la croix, c'est le don silencieux des deux personnes, du Père et du Fils dans l'Esprit. C'est le dialogue éternel du Dieu vivant qui était caché dans le sein du Père qui vient se dévoiler à nous. Et parce qu'à ce moment-là il se dévoile d'une façon sans masque, sans intermédiaire et pratiquement sans paroles, il ne peut être perçu que silencieusement dans la prière et l'adoration.

Le Christ n'a pas montré ni démontré qu'Il était le Fils de Dieu. Il est mort et c'est dans le geste même de sa mort que ses disciples et l'Église à leur suite, reconnaît que le Père a donné son témoignage en l'exaltant au-dessus de tout nom. Ce ne sont pas des mots, ce ne sont pas des paroles. C'est l'œuvre même de Dieu.

Aujourd'hui, nous entrons dans cette semaine sainte, et il se trouve que nous faisons aussi mémoire de saint Benoît Labre qui, comme vous le savez, est passé plusieurs fois dans cette église où il avait sa chambre au-dessus de la chapelle des informations. Ce saint a vécu quelque chose de ce mystère silencieux de la croix. De saint Benoît Labre, nous n'avons pas d'écrit, pas de paroles retentissantes. Nous n'avons qu'une pérégrination silencieuse sur les routes de France et d'Italie, un mendiant, une sorte de clochard de Dieu. Mais c'est précisément à travers ce silence intérieur du cœur que Benoît Labre a perçu de façon profonde, joyeuse et vigoureuse le don du Seigneur qui avait donné sa vie pour tous les hommes et qui avait donné sa vie pour lui. En ce jour, nous prierons le Seigneur par son intercession d'abord pour nous-mêmes parce que nous avons besoin de ce silence de Dieu sur cette route difficile et rocailleuse par laquelle nous nous avançons progressivement vers sa Pâque à la découverte de son Visage. Puis nous aurons une prière toute spéciale pour nos frères les routards, les zonards, les clochards qui ne vivent peut-être pas toujours comme saint Benoît Labre dans le silence contemplatif du mystère de Dieu, mais qui, peut-être, découvrent progressivement à l'intérieur de leur cœur, par des chemins que nous ne connaissons pas, qu'eux-mêmes peut-être ne connaissent pas, mais que le Seigneur connaît, qu'ils découvrent aussi ce chemin de la Pâque de Dieu qui est venu "pour nous les hommes et pour notre salut."

 

AMEN

 
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