AU FIL DES HOMELIES

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MON TÉMOIGNAGE EST VRAI

Is 42, 1-7 ; Jn 8, 12-29

Lundi de la semaine sainte – B

(1er avril 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

e texte de saint Jean que nous venons d'en­tendre a quelque chose d'assez particulier. Il s'insère dans la série des évangiles, des passa­ges de la prédication de Jésus au sujet du témoignage. Pour que sa doctrine, pour que son enseignement, pour que sa personne soit reconnue, Jésus a besoin d'un témoignage. La vérité n'est pas quelque chose qui s'apprend dans des livres, la vérité, c'est une personne qui témoigne et qui témoigne de tout ce qu'elle est.

C'est précisément pour cela que les juifs qui entourent Jésus s'acharnent à obtenir un témoignage. La plupart du temps, Jésus ne se donne pas Lui-même son propre témoignage, mais Il renvoie toujours à d'autres qui témoignent de Lui. C'est ainsi qu'à tout moment, chaque fois qu'il est question ou d'Abraham ou de Moïse ou des paroles de la Loi, ou encore de l'amour du Père, ou des œuvres que le Christ accomplit, chaque fois ce sont des cho­ses, non pas étrangères, mais extérieures à la personne du Christ qui témoignent pour Lui, de ce qu'Il est vraiment l'Envoyé, de ce qu'il accomplit les prophé­ties, de ce qu'Il vient apporter le salut. Et c'est pour­quoi tout au long des évangiles que nous lisons depuis environ une semaine, nous avons ainsi une accumula­tion de témoignages très divers les uns des autres qui, tous, manifestent la vérité de Jésus comme Fils de Dieu.

Or, curieusement, ce matin, dans l'évangile que nous venons d'entendre, le Christ Lui-même veut faire reconnaître le témoignage qu'Il se rend à Lui-même. Ceci est tout à fait étrange et en apparente contradiction avec la loi juive qui exige deux témoins pour établir la vérité d'un fait ou d'une doctrine. Or le Christ dit : "oui, je me rends témoignage à Moi-même!" Par conséquent il s'agit là d'une prétention, d'une affirmation qui, d'une certaine manière, est au-delà de la Loi. Mais précisément, ce que le Christ veut manifester c'est qu'elle n'est pas en dehors de la Loi. S'il dit aux foules qui le questionnent et s'interrogent sur Lui que son propre témoignage, le témoignage qu'Il donne Lui-même sur lui-même est véritable, c'est pour une unique raison : parce que Lui sait d'où Il vient et où Il va.

Le témoignage que le Christ nous a laissé, le témoignage unique que nous avons de Jésus, c'est que, effectivement, Il est venu du Père et qu'Il est retourné auprès du Père. Le témoignage de Jésus, ce ne sont pas simplement des paroles qu'Il aurait dites, mais c'est sa Pâque, c'est son passage de ce monde à son Père, Lui n'étant pas de ce monde est cependant venu dans ce monde pour conduire ce monde au Père. Et le témoignage que Jésus a donné, et le témoignage qui éclaire toute notre vie, c'est précisément que Lui, Jésus, a vécu la Pâque, Il est passé par la mort pour entrer dans la Résurrection et la splendeur de sa gloire.

Ainsi donc, c'est cela que nous allons fêter en ces jours. Célébrer la Semaine Sainte aujourd'hui, c'est accepter le témoignage de Jésus parce que Il est passé de ce monde-ci au Père. Et si nous avons du mal à accepter ce témoignage, c'est parce que nous-mêmes nous avons du mal à entrer dans la Pâque. Nous aime­rions tellement que ce soit simplement des mots ou des paroles consolantes qui nous soient données, cela serait infiniment plus simple. Or le témoignage qui nous est donné, c'est une réalité, c'est un passage, c'est le Christ qui montre, dans sa chair, dans son existence et dans sa mort, qu'Il est pour le Père, de toute éter­nité. C'est là, dans cette Pâque, qu'Il manifestera plei­nement et définitivement sa véritable nature, Il est "Je suis". C'est dans sa Pâque qu'Il montrera cette pré­sence totale, infiniment proche mais qui nous dépasse, cette présence à tout être et à chacun d'entre nous, pour nous faire entrer dans la Pâque.

Et c'est ainsi qu'Il est la lumière du monde, Ce ne sont pas simplement des mots qui font que Jésus est la lumière du monde, mais c'est vraiment sa Pâ­que, c'est vraiment sa mort. Quand Il meurt sur la croix, Il illumine le monde entier, Et quand Il ressus­cite, Il illumine le monde entier. Et si nous n'accueil­lons pas cette lumière, c'est simplement à cause de nos peurs, à cause du fait que, dans notre péché, nous ne voulons pas passer de ce monde au Père. C'est pourquoi les gens qui sont rassemblés en ce jour-là, autour de Jésus qui leur dit : "Là où je vais vous ne pouvez venir" interprètent immédiatement ses paroles de façon toute humaine en pensant à une sorte de sui­cide. Il va dans la mort, Il va se faire disparaître. Mais c'est précisément parce que le sens véritable de la mort ne peut pas encore leur être apparu dans la lu­mière et la gloire de la Pâque. Pour nous aussi il faut que l'épreuve de notre mort, de notre mort avec le Christ, soit vue à la lumière de sa mort, c'est-à-dire de sa Pâque. Que le Seigneur nous fasse vraiment entrer dans son témoignage, pas simplement avec des yeux pour voir ou des oreilles pour entendre, mais avec un cœur pour y entrer nous-même.

 

AMEN

 
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