AU FIL DES HOMELIES

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JE NE JUGE PERSONNE

Is 42, 1-7 ; Jn 8, 12-29

Lundi Saint – C

(13 avril 1992)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

D

ans les deux lectures d'aujourd'hui il est question de droit, de jugement, de condam­nation. Dans le livre d'Isaïe, le chant du Ser­viteur nous apprend que ce serviteur est venu pour établir le droit. "Il ne faiblira ni ne cédera jusqu'à ce qu'Il établisse le droit sur la terre. Les îles attendent son enseignement." Et dans l'évangile selon saint Jean, il est aussi question de jugement, le jugement des pharisiens : "Vous, vous jugez selon la chair, Moi Je ne juge personne. Et s'il m'arrive de juger, mon jugement est selon la vérité." La condamnation qui s'abat sur les pharisiens c'est de mourir dans leur pé­ché. "J'ai sur vous beaucoup à dire et à juger ! Vous mourrez dans vos péchés parce que vous ne croyez pas que Je suis !"

Le jugement nous paraît tout à fait normal car nos sociétés connaissent le droit que l'on essaie d'éta­blir et de faire respecter. Et elle connaît donc des in­nocents et des coupables. Pourtant la façon dont l'Ecriture parle de jugement révèle un autre aspect. Le jugement du Fils ou le droit que le Fils établit, c'est un jugement qui doit nous rendre innocents. Malgré tout, le jugement du Fils c'est son verdict qui se trouve à l'origine même de sa personne. Il est Fils de Dieu et comme nous l'avons entendu dans les premiers ver­sets, Il est la lumière du monde. Si nous fixons notre regard sur le visage du Christ, le Christ lumière du monde, nous fait nous confronter à nos propres ténè­bres et c'est là le jugement qu'établit le Christ. Non pas qu'Il nous condamne mais nous pouvons, sous la vérité de sa lumière, voir tous les coins et les recoins de notre péché et plus que de notre péché ce que j'ai­merais appeler cette ineffable médiocrité qui nous accompagne tous les jours de notre vie.

Pourtant la lumière du monde nous appelle à un bouleversement complet de notre être pour que nous ne soyons plus des enfants de ténèbres mais des fils de la lumière, de revivre profondément ce que le baptême a fait de nous. Voilà le jugement du Fils. Voilà le droit qu'Il vient établir. Et ce droit, ce juge­ment, Il le fait en tant que témoin. Non pas comme témoin qui viendrait de la part de Dieu et qui dirait à Dieu tout le mal que nous faisons, mais Jésus est té­moin de Dieu. Il vient dire, au nom de Dieu, tout ce que le Seigneur souhaite de bien pour nous. Le Christ, le Fils de Dieu, la Parole vivante ne fera pas que par­ler simplement de droit, de jugement. Ses paroles iront plus loin. Il vivra ce jugement, Il vivra ce droit. Et paradoxalement ce jugement, ce droit qu'Il établit, Il le vit dans sa Passion où Il subit pour Lui-même un jugement inique, où aucun droit n'est respecté pour qu'on puisse le condamner. Et c'est dans cet effet pa­radoxal de la croix que s'établit et que s'élève aux yeux du monde la dissociation entre lumière et ténè­bres, la rencontre entre Dieu et les hommes pour que les hommes puissent vivre alors que le Fils de l'Homme meurt pour eux.

Voilà vers quoi nous conduisent ces jours saints, vers la pleine lumière de la vérité qui fait que nous puissions resplendir éternellement de la vie, de la lumière de Celui qui a dit : "Je suis !" et qui nous appelle nous aussi à être.

 

 

AMEN

 

 
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