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ENTRER DANS LA LUMIÈRE, OMBRE DE DIEU

Is 42, 1-7 ; Jn 8, 12-29

Lundi Saint – B

(17 avril 2000)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

C

'est étrange, à nouveau comme une sorte de paradoxe, au moment où nous allons entrer dans la Passion de Jésus, au moment où les ténèbres vont envahir toute la terre, la première Parole de l'évangile de ce jour est : "Je suis la lumière du monde". En fait, quel est le mystère, quelle est la chose la plus cachée ? c'est peut-être la chose la plus évidente. Quelle est la chose la plus cachée ? Est-ce la solution de telle équation mathématique ? la solution de l'origine de l'homme ? la solution de l'origine du monde ? Ne serait-ce pas simplement la question de la lumière ? Cette lumière qui travaille le cœur des poè­tes, des amants, cette lumière qui est tellement évi­dente que nous ne la remarquons même pas, cette lumière qui provient de sources naturelles, celle du soleil, de la lune, des étoiles, la source artificielle de cette lumière qui inonde nos villes, tellement qu'on peut parfois parler de pollution lumineuse, quand on voit ces villes qui ne s'éteignent jamais, qui travaillent sans arrêt.

La lumière, on a essayé de la mettre en équa­tion, mais personne n'a trop dit ce qu'était la lumière et pourquoi elle était ce qu'elle est ? La question de la lumière a travaillé toutes les religions, qui sont habi­tées de la recherche du sens de la lumière. On a même offert des sacrifices humains pour que la lumière re­vienne, quand il y avait des éclipses, quand tout d'un coup, les oiseaux s'arrêtaient de chanter et qu'il faisait nuit en plein jour, de peur que la lumière ne revienne pas, vous savez aussi qu'on a même divinisé la lu­mière.

Il y a une très belle définition de la lumière : "la lumière, c'est l'ombre de Dieu ". Je crois que cette façon de définir la lumière comme ombre de Dieu a servi particulièrement au christianisme, dans sa ma­nière de comprendre la lumière. L'ombre de Dieu, parce que dans la chair du Fils Bien-Aimé, qui est né à Noël est projetée cette ombre d'un petit enfant, qui nous fait découvrir l'innocence, la faiblesse d'un Dieu qui prend notre chair, parce que dans ces jours de la Passion, va comme se projeter cette Passion du Père à travers l'ombre du Fils en croix, à travers l'ombre du Fils qui lave les pieds de ses disciples la veille de sa mort, à travers l'ombre du tombeau, l'ombre de l'ab­sence, est révélée la lumière de Dieu.

C'est à travers cette ombre, cette ombre de la Passion, cette ombre des Ténèbres, qu'est révélée la Lumière. On peut comprendre alors que lorsque nos vies sont soumises à ces ombres, quand nos vies prennent la forme de l'ombre, on peut comme se réfu­gier dans la Passion. Nous pouvons profiter de cette semaine, pour entrer dans l'ombre pour saisir la lu­mière, cette immense lumière de charité qui se déve­loppe le soir du jeudi, comme par avance, Il donne toute sa vie, nous pouvons rentrer dans cette ombre du vendredi, quand il y a cette croix qui développe une ombre immense vers tous les coins de la terre, et nous pouvons alors entrer dans le mystère de l'espérance, dans le mystère de tous ceux qui ont donné leur vie sans compter. Et nous pouvons enfin rentrer dans le mystère du samedi et ensuite du petit matin de Pâ­ques, dans cette ombre qui disparaît, avec ce Soleil qui prend toute la place, quand ce Soleil a pris toute la dimension du tombeau pour faire entrer la lumière, nous pouvons entrer dans le mystère de la Foi, et être là avec Marie-Madeleine, avec nos parfums.

Rentrons dans l'ombre ... cette ombre qui est celle de l'Incarnation, qui est celle aussi du Salut qui s'opère à travers toute cette grande semaine, et qui est curieusement aussi puisque tout se tient dans le mys­tère chrétien, qui est celle aussi de l'eucharistie, à travers l'ombre du pain et du vin, apparaît en pleine lumière avec les yeux de la foi, l'ombre immense du corps livré et du sang versé pour nous, et comme une figure de cette ombre, cette eucharistie qui est célé­brée derrière les rameaux, à l'ombre de ces palmes, à l'ombre de l'acclamation des enfants, pour nous faire chercher à travers ces jours que nous allons vivre, à travers l'immense ombre que laisse passer le Fils, découvrir la Lumière de Dieu, et demander pour cha­cun de nous nous et ceux qui nous entourent, ces lu­mières d'amour, d'espérance et de foi.

 

 

AMEN