AU FIL DES HOMELIES

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LA RELATION INTIME DU PÈRE ET DU FILS

Is 42, 1-7 ; Jn 8, 12-29

Lundi saint – C

(5 avril 2004)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, cette page d'évangile qui fait partie de ces longs chapitres de saint Jean où nous voyons sans cesse monter la tension entre Jésus et les princes du peuple juif, cette page d'évan­gile est essentielle pour que nous comprenions en profondeur la Passion de Jésus.

Deux points essentiels que je voudrais souli­gner. D'abord, cette parole qui revient à deux reprises : "Alors, vous saurez que Je suis". "Je suis", c'est le nom même que Dieu a révélé à Moïse au Buisson ardent. Quand Il a envoyé Moïse auprès du peuple, Moïse lui dit : "Et s'ils me demandent qui t'a envoyé, quel nom leur donnerai-je ?" Et Dieu lui répondit : "Je suis, Je suis". Je qui présent, tel est mon nom. C'est le mystère de cette densité de l'être de Dieu dans le monde, dans nos vies, au milieu de nous. Je suis, c'est le nom même que Dieu a choisi de nous révéler pour que nous puissions nous approcher à tâtons de Lui.

A diverses reprises dans l'évangile, en parti­culier dans l'évangile de saint Jean, Jésus reprend ces mots : "Je suis", pour parler de lui-même. C'est re­vendiquer qu'Il est vraiment Dieu. Il n'est pas un pro­phète, Il n'est pas seulement un envoyé, Il n'est pas seulement le serviteur dont nous parle le prophète Isaïe, Il est "Je suis", Il est Dieu lui-même. Cette ré­vélation qu'Il est Dieu va s'accomplir précisément par la Passion : "Quand vous aurez élevé le Fils de l'Homme". Elevé sur la croix bien sûr, Elevé dans la gloire aussi, car la croix et la gloire c'est tout un, "alors, se révélera à vous que "Je suis". C'est le para­doxe de Jésus, c'est le paradoxe de notre foi, c'est au moment où Jésus sera sur la croix, immolé, lacéré, mis à mort, c'est à ce moment-là que se révélera en plénitude, sa divinité. Car la divinité n'est pas affaire de gloire humaine, la divinité n'est pas affaire de vic­toire terrestre, la divinité, c'est ce don de soi infini, absolu, qui s'exprime sur la croix : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime".

Le deuxième point que je voudrais souligner dans cet évangile, c'est que si Jésus est "Je suis", s'Il est donc l'égal du Père, c'est dans cette relation au Père que se noue toute son existence, et en particulier tout le mystère de son Incarnation, de sa mort, de sa Pâque, de sa Résurrection. A plusieurs reprises là aussi, Jésus parle du Père : "Je me rends témoignage que je ne suis pas seul, car il y a aussi le Père qui témoigne pour moi, le Père qui m'a envoyé". Et un peu plus loin : "Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père, car si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père". Et encore : "Où je vais, vous ne pouvez venir, car vous êtes d'en bas. Vous êtes de ce monde, mais moi je ne suis pas du monde, car je viens du Père". Et encore : "Quand vous aurez élevé le Fils de l'Homme vous saurez que je suis, car je ne fais rien de moi-même mais je dis ce que le Père m'a enseigné, et celui qui m'a envoyé est avec moi". "Il ne me laisse jamais seul", c'est cela la plus grande profondeur de la vie du Christ, la densité de cette présence du Père au cœur de sa vie. Le Père qui l'a engendré, qui lui a tout donné, le Père qui l'a envoyé pour qu'Il nous révèle son visage, le Père qui a mis dans sa bouche les paro­les, non pas parce que le Christ ne pourrait pas parler de lui-même, mais parce qu'il n'y a pas de distinction entre sa parole et la parole du Père, et que tout ce qu'Il dit est Parole du Père, car Il est lui-même la Parole du Père. Le Père qui l'a envoyé ne le laisse jamais seul et même au moment où sur la croix, Il sera abandonné de tous, Il aura le sentiment de cette ultime dérélic­tion, alors plus que jamais, même si c'est en silence, le Père sera près de lui pour le recevoir dans ses bras et pour le ressusciter dans la vie, dans la vie donnée et offerte.

C'est dans ce don de lui-même que Jésus est le plus proche du Père, car le Père est celui qui ne sait que donner, Il a tout donné au Fils pour que le Fils nous donne tout, afin que nous soyons nous aussi pris dans ce geste d'ultime et de totale, et d'infinie com­munion, où tout est donné et tout est reçu.

 

AMEN

 

 

 
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