AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA PAROLE DE DIEU CRUCIFIÉE

Is 42, 1-7 ; Jn 8, 12-29

Lundi de la semaine sainte – B

(10 avril 2006)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

N

ous avons chanté tout à l’heure et vous avez entendu à la fin de l’évangile cette phrase de Jésus : "Quand vous aurez élevé le Fils de l’Homme, alors, vous saurez que ‘je suis’". Nous entrons en semaine sainte, et qui n’est pas troublé par cette mise à mort d’un homme innocent ? Nous le sommes tous.

En revanche, si à la place de penser à Jésus Fils de Dieu, innocent, homme crucifié sur la croix, nous remplaçons le nom de Jésus, ou le fait qu’il soit Fils de Dieu et homme par un autre de ses attributs qui est la Parole de Dieu, là, c’est peut-être tout une autre histoire. La Parole de Dieu crucifiée. C’est aussi ce qui est crucifié sur la croix, c’est la Parole, sa Parole. Et c’est la Parole de Dieu. Oui, nous sommes troublés, attristés quand un homme est crucifié Mais qu’en est-il de la Parole de Dieu ? Qu’en est-il de notre rapport avec la Parole de Dieu ? Quand quelque chose ne nous plaît pas dans la Parole de Dieu, il y a plusieurs solutions : beaucoup de nos contemporains, mais il n’y a pas que nos contemporains, c’est de toute éternité, beaucoup de nos contemporains ont tendance quand la Parole de Dieu leur oppose une résistance, à rejeter cette Parole, à la mettre à mort, à la refuser, à la supprimer, à découper dans la Bible ce qu’ils aiment et à mettre de côté ce qu’ils n’aiment pas.

Frères et sœurs, entrer en semaine sainte ce n’est pas uniquement contempler le Fils de Dieu crucifié, mais c’est aussi réfléchir au rapport que nous avons avec le Verbe de Dieu, avec la Parole de Dieu. Frères et sœurs, le Verbe de Dieu sur la croix a une fonction révélatrice de ce que nous sommes vis-à-vis de Dieu et de ce que nous sommes vis-à-vis de la Parole de Dieu à laquelle nous sommes si souvent infidèles. Cette Parole de Dieu qui nous résiste exactement comme le visage du Christ qui résiste aux coups, qui résiste à l’humiliation infligée par les soldats, qui résiste à la parole des pharisiens, à la parole des romains. Alors oui, nous nous attristons de célébrer la mort d’un homme, mais je crois que nous nous attristons très peu souvent de la mise à mort de la Parole de Dieu. Quand cela ne nous plaît pas, nous aussi chrétiens, cette Parole nous la mettons de côté, et nous préférons lire et relire les passages que nous aimons, et ceux qui ne nous plaisent pas beaucoup, nous disons : non, non, non et nous crucifions la Parole de Dieu.

Je crois frères et sœurs que oui, quand le Christ est exalté sur la croix, quand le Christ est crucifié, c’est là effectivement qu’Il peut dire : "Je suis", c’est-à-dire que c’est là que toute la puissance de Dieu et que toute l’identité divine se révèle. Pourquoi ? Parce que je crois que Dieu ne nous parle jamais autant dans la Bible que dans les lieux qui font résistance, dans les lieux qui ne nous plaisent pas. C’est là que Dieu nous attend, et c’est là aussi que nous nous révélons. Est-ce que oui, nous allons crucifier la Parole, ou est-ce que non, nous allons refuser de crucifier cette Parole et nous allons accepter d’être touchés, et même nous, être crucifiés par cette Parole qui nous dépasse et que nous ne comprenons pas ? La fonction révélatrice de la croix, frères et sœurs, que nous allons vivre cette semaine, c’est ce caractère têtu, c’est ce qui ressort de ce personnage dont il était question dans le livre d’Isaïe, le Serviteur Souffrant, le Messager de Dieu présenté dans plusieurs passages du livre d’Isaïe, c’est celui qui à temps et à contretemps, comme nous l’avons lu tout à l’heure, nous donne à vivre la justice.

Dans un autre passage, ce Serviteur Souffrant, c’est celui qui a cette parole aussi effilée qu’une épée. La fonction révélatrice de la croix, c’est à la fois de révéler cette puissance douce du Seigneur qui jamais ne plie face à ce que nous voulons faire de lui, et en même temps elle a pour fonction de révéler ce que nous sommes vis-à-vis de Dieu.

Frères et sœurs, quand nous allons vivre cette semaine de la Passion, quand nous allons entendre le récit de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, certes oui, nous pouvons nous apitoyer, sur la mort d’un homme, et pas n’importe quel homme, le Fils de Dieu, mais nous pouvons demander au Seigneur de convertir notre cœur et d’accepter d’ouvrir ce cœur, de baisser la résistance pour nous-mêmes, nous laisser aller sur la croix et découvrir ce lieu de mort et cette résurrection.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public