AU FIL DES HOMELIES

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ENTRER DANS LA SEMAINE SAINTE

Is 42, 1-7 ; Jn 8, 12-29

Lundi de la semaine sainte – A

(18 avril 2011)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Arlet : Le Christ en croix (XIIè siècle)

P

arce que je sais d’où je viens et où je vais, tandis qu’eux, poursuit Jésus à l’adresse de ses interlocuteurs, vous ne savez pas ni d’où je viens ni où je vais ».

Frères et sœurs, cette simple parole dans l’évangile de Jean, est peut-être une bonne indication pour savoir comment nous devons entrer dans cette semaine sainte et pour la faire nôtre. La liturgie n’est pas un spectacle. C’est un peu le tort d’une certaine tendance d’avoir tellement insisté sur la liturgie comme représentation, comme figuration, que la plupart des croyants, des chrétiens, des catholiques imaginent assez volontiers que la liturgie est comme une espèce de reconstitution du drame de la Passion et que nous serions là un peu comme des spectateurs qui voient jour après jour, les rameaux, l’arrestation, la Cène, la mise en croix, la mise au tombeau et enfin la résurrection. En réalité, la véritable intention de la liturgie n’a jamais été ce que l’on a vu dans les très beaux mystères du Moyen Age, au quatorzième et au quinzième siècle, précisément, c’est le génie du théâtre européen qui était en train de naître. Mais ce n’est pas la liturgie. C’est beaucoup plus subtil et la liturgie de la semaine sainte fait exprès de décaler les symboles pour qu’on ne soit pas tout à fait dans la pure imitation, dans la pure copie des événements que Jésus a vécu.

Autant un spectacle est quelque chose de statique, il y a une scène qui concentre en elle-même toutes les dimensions de l’espace et du temps, et puis il y a un public qui est assis sur des gradins ou dans des fauteuils, et si la liturgie était un spectacle ce serait comme une sorte de temps d’arrêt, une sorte de contemplation d’une idée éternelle du salut de Dieu. Or, quand Jésus parle aux foules qui l’interrogent et qui veulent savoir qui il est, il leur dit qu’il ne peut pas être l’objet simplement d’un regard. Tout le mystère de Jésus c’est que lui sait d’où il vient et où il va. Le mystère de la Passion, c’est le fait d’entrer dans ce mouvement par lequel le Christ vient du Père, entre dans ce monde, n’y reste pas, ne se fixe pas mais va et retourne vers son Père.

Quand nous célébrons les différents mystères de la semaine sainte, c’est très exactement à cela que veut nous introduire la liturgie. Elle veut à la fois éveiller notre regard sur l’origine, sur celui qui de toute éternité a accepté les enjeux de la création, a accepté de porter le risque du péché de l’humanité, a accepté de porter cette destinée de l’humanité pour qu’elle s’accomplisse. Et en même temps celui qui entre dans cette condition humaine pour non seulement se donner en spectacle, se donner à voir (après tout à quoi cela servirait-il ?), mais surtout pour nous entraîner dans ce mouvement par lequel il retourne au Père.

C’est sans doute un des aspects les plus fascinants de tout le récit de la Passion chez saint Jean, qui est de nous montrer que petit à petit le Christ entre dans cette condition humaine depuis le début de l’évangile dans la Prologue, il traverse notre vie, notre existence, il traverse tous les aléas de la vie d’une société, pour ensuite entraîner les disciples et ceux qui croient en lui vers le point d’origine, vers le point d’où il est parti.

Pour nous la semaine sainte ce n’est pas simplement un moment où nous pensons un peu plus à la Passion et à la Résurrection du Christ, c’est le moment où nous nous posons la question : d’où est-ce que je viens ? Quelle est véritablement mon origine ? Qu’est-ce que cela veut dire : sortir des mains de Dieu ? Et surtout, où est-ce que je vais ? Ce qui m’a été donné à ce moment-là éclairé par la présence du Christ, où est-ce que cela me mène et me conduit ? Donc, entrer dans la Passion, c’est véritablement entrer dans la question du but et de la destinée de notre vie personnelle et de l’existence de toute l’humanité.

C’est dans cette mesure-là je crois que nous pouvons ne pas nous contenter d’une sorte d’attitude piétiste, d’un « mijotage » spirituel dans lequel on essaie de s’imaginer tout ce qui s’est passé. Ce n’est pas le meilleur d’une certaine déviance de la tradition liturgique. Au contraire, il s’agit de nous replacer dans la perspective même où Jésus nous demande d’être parce que lui-même a été là dans ce mystère de son origine, sorti du cœur du Père, comme nous sommes sortis des mains de Dieu et façonnés à l’image du Christ et entrer dans le cœur du Père comme lui-même y est entré à travers sa mort et sa résurrection.

 

AMEN

 

 

 
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