AU FIL DES HOMELIES

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ET MOI, ELEVE DE TERRE, J'ATTIRERAI TOUT A MOI

Is 49, 1-6 ; Jn 12, 20-33
Mardi saint - 22 mars 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

« E

 

t moi élevé de terre, j’attirerai tout à moi. » Frères et sœurs, nous ne nous rendons plus compte aujourd’hui de la difficulté qu’il pouvait y avoir à expliquer que la mort de quelqu’un, fut-il fils de Dieu, était la source du Salut de tous les hommes. Pour nous encore aujourd’hui, c’est objet de foi et c’est difficile d’y adhérer, il ne faut pas se le cacher. Nous portons une foi qui, comme le disait saint Paul, est un scandale pour les Juifs et une folie pour les païens. Mais à cette époque-là, c’était encore plus difficile, car la mort de Jésus est envisagée comme mort et non comme acte d’héroïsme. Il n’est pas mort pour la patrie, ni pour une cause qu’il aurait apparemment claironnée et qu’on aurait combattue. Non, il est mort de façon honteuse, humilié jusqu’à la croix.

 

 

Pour la communauté primitive, il était très important de rechercher les moindres indices dans les paroles de Jésus qui pouvaient laisser entendre que sa mort serait source de salut. Dans le contexte de cette marche vers la mort, nous entendons cette discussion de Jésus avec l’entourage, que ce soit avec les Grecs qui veulent le voir (et par Grecs, il ne faut pas entendre des grecs païens mais des juifs qui ayant vécu longtemps dans des territoires non palestiniens, ne parlaient plus que le grec. Jésus s’adresse à Philippe et à André qui tous les deux ont des noms grecs, à la différence des autres apôtres). Soit donc les Grecs, soit donc les pharisiens et l’auditoire qui entoure Jésus. On essaie de voir comment dans cette discussion, dans cette tension croissante, Jésus a pu laisser entendre que sa mort allait avoir des répercussions de Salut pour toute l’humanité. Et c’est la raison pour laquelle le mot élevé, ainsi que le mot gloire, sont si importants. Ce sont les deux termes qui dans ce passage de l’évangile nous mettent sur la piste.

 

 

Elevé de terre, j’attirerai tout à moi. L’élévation, les disciples ont pu le relire après les événements, c’est bien entendu le fait d’être suspendu à un poteau qui était la croix, et donc d’être au-dessus du sol comme sur une sorte de perchoir. Un des aspects du supplice de la croix était d’exhiber le condamné, que tout le monde le voie souffrir et qu’il n’y ait plus rien de privé dans sa mort. Les disciples comprennent ça plus tard et saint Jean le rédige sans doute plusieurs décennies après les événements. Il veut faire comprendre que quand Jésus est élevé sur la croix, le mode même du supplice est déjà l’indice de la volonté universelle de salut du Christ. Elevé de terre, il est dans le mouvement qui le fait monter auprès du père, et le père lui donne de partager ce mouvement ascendant avec tous. Jésus n’est donc pas simplement mis hors de la foule par l’élévation, il est pour ainsi dire élevé à sa tête, il devient chef de file. C’est ça que signifie élevé de terre, j’attirerai tout. Le mouvement même par lequel il est élevé sur la croix est comme cette impulsion, cette espèce de magnétisme par lequel il va attirer toute l’humanité vers le Salut.

 

 

Juste avant, il y a cette parole mystérieuse, au moment d’un bruit de tonnerre qui rappelle évidemment l’exode : lorsque Dieu apparaît à Moïse pour donner la loi, il apparaît comme un Dieu de gloire, à travers les éclairs, la lumière et des phénomènes extraordinaires. Là, d’une certaine manière, la gloire du père commence à resplendir à travers la présence de Jésus au milieu de ces coreligionnaires. C’est un mouvement de diffusion de la gloire que Jésus reçoit de son père dès ce moment-là. On ne dit pas que Jésus recevra la gloire après. Chez Jean, la glorification, ce que nous appelons la résurrection commence déjà discrètement mais réellement par la présence de la gloire du père au moment où le Christ n’est même pas encore arrêté, n’est même pas encore jugé ni condamné.

 

 

Frères et sœurs, cela doit nous aider à comprendre la lecture de la Passion que nous entendrons vendredi. Pour Jean, la Passion est en même temps la glorification. La souffrance et la mort sont en même temps le mouvement de la gloire du père en lui, et c’est précisément ce paradoxe par lequel le Christ, tout en s’abaissant, en s’humiliant et en n’ayant plus rien d’un homme comme le prophétisait Isaïe, laisse transparaître la gloire du père. Il en va de même pour nous. Nous vivons une vie qui n’est peut-être pas vouée au supplice comme celle du Christ, mais une vie qui va vers la mort et cependant, dès maintenant ce mouvement de notre existence vers la mort est déjà comme traversé par la gloire et par l’attirance que le Christ exerce sur nous, vers la résurrection.

 

AMEN

 

 
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