AU FIL DES HOMELIES

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VOICI L'HEURE !

Is 49, 1-6 ; Jn 12, 20-33

Mardi Saint – C

(1er avril 1980)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

A

 

ces grecs, à ces juifs de langue grecque qui veulent voir Jésus, Jésus fait une triple réponse. "Voici l'Heure venue". Cette heure, dont Jésus parle depuis le début de son évangile, depuis les noces de Cana, quand il disait à sa mère "Mon heure n'est pas encore venue". Cette heure à laquelle il a été si souvent fait allusion quand on nous disait que les gardes envoyés pour arrêter Jésus ne purent pas mettre la main sur lui parce que "son heure n'était pas encore venue".

Voici que son heure est venue maintenant. Et cette heure c'est celle où le grain de blé va être jeté en terre. Celui qui veut voir Jésus, il faut qu'il discerne, dans le grain de blé enfoui dans la terre, dans celui qui est ainsi enseveli dans las profondeurs, dans celui qui humilié, va être jeté à terre, il faut qu'il discerne Jésus, qu'il discerne la plante qui va produire tous ces rameaux où le monde entier pourra venir trouver l'ombre, la fraîcheur et les fruits. Jésus est le grain de blé jeté en terre, ce grain de blé dont il va dans quelques instants faire le pain de son eucharistie, cette eucharistie qui elle aussi dans l'humilité d'un morceau de pain contient le Sauveur du monde.

Jésus fait ensuite une deuxième réponse qui est l'équivalent dans l'évangile de saint Jean de l'agonie de Jésus au jardin des Oliviers : "En cette heure, mon âme est troublée. Père, sauve-moi de cette heure". Cette heure si longtemps différée, si longtemps attendue, voici que Jésus en a peur. Voici qu'il voudrait qu'elle s'écarte, qu'elle s'éloigne, car c'est l'heure du prince des ténèbres. C'est l'heure où Jésus va être défiguré. C'est l'heure de l'angoisse. Mais Jésus aussitôt dit : "Pourtant c'est pour cette heure que je suis venu. Père, non point ma volonté, mais la tienne". A Gethsémani, ce seront les mêmes paroles. C'est Jésus, dont l'humanité est en quelque sorte révoltée par la souffrance et la croix qui s'approche, par ces crachats, cette couronne d'épines, les coups de fouet qu'il va recevoir, qui vont le défigurer, le réduire à l'état de loque humaine tout dévoré par la douleur, pantelant, écrasé. Jésus a peur, Jésus s'est tellement identifié à nous, il est entré si profondément dans la communion avec notre humanité qu'il connaît notre peur de la mort, qu'il est véritablement confronté à toute l'horreur de la condition humaine pécheresse, dans ce déchirement intérieur qui est celui de la mort. Mais, plus profond que cette peur, plus profond que ce déchirement, il y a l'acceptation. C'est la volonté du Père, c'est pour cette heure qu'Il est venu.

Et c'est la troisième partie de la réponse de Jésus, qui est un cri de triomphe. Oui, dès maintenant, le prince de ce monde est jeté bas, il est écrasé. Dès maintenant, le Fils de l'Homme est élevé sur la croix, sur le gibet, élevé par ce supplice ignominieux, injurieux, élevé de cette manière dérisoire, mais en même temps élevé dans la gloire. Car c'est un même mouvement qui fait que Jésus est élevé sur la croix et qu'il s'élève loin de ce monde pour retourner auprès de son Père, mais non pas en quittant ce monde, mais en attirant ce monde à lui. "Quand je serai élevé de terre, je tirerai avec moi le monde tout entier". C'est pour cela que je suis venu à cette heure. Cette heure des ténèbres, cette heure de la Passion et de sa mort qui est déjà l'aurore de sa résurrection, car c'est l'acceptation dans cet acte infini d'amour de la volonté de salut du Père.

 

AMEN

 
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