AU FIL DES HOMELIES

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VOIR JÉSUS

Is 49, 1-6 ; Jn 12, 20-33

Mardi saint – C

(29 mars 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Jérusalem : maquette - les portiques du temple

V

 

ous avez peut-être remarqué une apparente incohérence dans cet évangile. Il y est question de Grecs, entendez bien non, pas des païens mais des Juifs parlant grec qui sont venus en pèlerinage à l'occasion de la fête de Pâques et qui, peut-être déjà, du fond de leur pays où à l'occasion du pèlerinage ont entendu parler de Jésus et ils désirent le voir. Or, en fait de voir, ils entendent. Ils ont voulu voir Jésus et ils reçoivent des paroles et tout ce qu'ils recevront, c'est un enseignement de Jésus. Vous me direz, après tout, s'ils l'ont entendu, c'est aussi qu'ils l'ont vu. Bien sûr ! Mais précisément, je me demande si ce désir de voir, chez les Grecs, que remarque saint Jean, et saint Jean ne relève certainement pas ce détail sans lui accorder quelque importance, ce n'est pas ce désir de voir qui est vraiment Jésus, ce désir de le connaître non pas simplement le regard du badaud ou du curieux qui veut rencontrer la vedette du jour et obtenir de lui un autographe, mais, au contraire, de voir qui est ce regard qui plonge à l'intérieur du regard du cœur de quelqu'un.

Or précisément, si l'on s'interroge sur le sens de voir à cette profondeur, on s'aperçoit que Jésus répond exactement. Ils demandent à voir Jésus et ils entendent une parole : "Voici l'heure où le Fils de l'Homme va être glorifié!" Jésus répond bien à ce désir de voir qu'ils portent en eux, mais il y répond à sa manière, en leur disant : ce que vous voulez voir, voici que ce sera bientôt manifesté, ce sera manifesté parce que je serai glorifié. Et d'une certaine manière, c'est ce qui se passe immédiatement après car on a au milieu de Jérusalem une seconde transfiguration.

Celle-ci est une transfiguration qui n'est pas la lumière de gloire du mont Thabor mais c'est une transfiguration par la seule parole du Père qui vient exalter le nom de son Fils et qui vient le glorifier. Au moment où Jésus prie devant ces Grecs : "Père ! Glorifie Ton Nom !" voici que la voix retentit et cette voix n'est pas un tonnerre, et cette voix n'est pas celle d'un ange. C'est la voix du Père qui renouvelle le témoignage qu'Il avait donné au baptême, qui renouvelle le témoignage qu'Il avait donné à la Transfiguration et qui le scelle d'une troisième façon par la parole : "Je L'ai glorifié" faisant allusion aux glorifications précédentes, "et je Le glorifierai encore !" non seulement par ma Parole qui résonne comme un tonnerre au milieu de ce monde, mais je le glorifierai, car Jésus explique aussitôt le sens de cette glorification : "Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi !"

Ainsi, le Christ fait comprendre à ces Grecs le sens de leur propre désir. Ce qu'ils désiraient voir, ce n'était pas simplement Jésus dans son visage, mais c'était véritablement la face de Dieu, la face de gloire qu'ils désiraient rencontrer. Et Jésus leur dit : "Voici que, désormais, si vous acceptez de me suivre, alors, dans vos yeux de chair, vous verrez la gloire, vous verrez l'Invisible". Et c'est peut-être bien le sens de la Pâque qui nous est offerte en ces jours. La Pâque, c'est passer de la mort à la vie, c'est passer de ces yeux de mort qui ne voient que le visible à nos yeux de ressuscité qui contemplent l'invisible. Voilà la Pâque dans laquelle nous sommes engagés.

Désormais, nous avons des yeux qui sont fait pour voir l'invisible. Si nous le suivons, si nous sommes son serviteur, nous serons élevés avec Lui. Alors, nous verrons là où Il est, nous verrons "Je suis", nous verrons le Christ dans sa gloire et nous serons véritablement avec Lui. Le mystère de notre Pâque c'est de passer du visible à l'invisible qui est la gloire de Dieu qui resplendira un jour dans nos yeux de ressuscités. Et le chemin qui nous mène du visible à l'Invisible c'est précisément la Pâque.

Nous avons reçu la Parole de Dieu et nous La recevons tous les jours. Cette Parole doit non seulement s'implanter dans notre cœur, mais je dirais, il faut entendre la Parole du Christ avec les yeux. Cette Parole du Christ est, précisément, la lumière qui fait voir nos yeux et qui les fait contempler la gloire de Dieu. Pendant tous ces jours-ci, nous allons entendre et ruminer sans cesse la Parole de Dieu, les récits de la Passion, les prophéties. Nous allons entendre la méditation de l'Église à travers les textes des Pères de l'Église, nous allons rechanter les psaumes et les répons qui vont sans cesse nous remettre devant la Parole de Dieu, dans toute l'intégralité du mystère pascal. Que cette Parole ouvre, non seulement nos oreilles, mais qu'elle ouvre notre cœur et qu'elle ouvre nos yeux. Alors, dans ce corps défiguré, disloqué, dans ce corps qui n'a plus ni apparence ni beauté, nous verrons, par la puissance de sa gloire, nous verrons "Je suis", nous verrons le Christ et, un jour, nous serons avec Lui, tel qu'Il est et nous serons vraiment ce que nous sommes.

 

AMEN


 
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