AU FIL DES HOMELIES

Photos

NOUS VOULONS VOIR JÉSUS

Is 49, 1-6 ; Jn 12, 20-33

Mardi saint – A

(10 avril 1990)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

D

ans cette scène que nous rapporte saint Jean et qui nous présente des grecs, il faut enten­dre par là non pas des païens mais des juifs qui parlaient grec et qui venaient à l'occasion de la fête et qui sont intéressés par le personnage de Jésus. Nous voyons des hommes qui veulent s'approcher du Christ "pour le voir". "Nous voudrions voir Jésus !" Il est très remarquable qu'ils ne verront pratiquement rien. Ils entendront.

Pour s'approcher du mystère de Jésus, nous avons toujours envie de voir. Les yeux, c'est le sens le plus immédiat qui nous livre de la façon la plus acces­sible la proximité et le mystère des choses. Les yeux, c'est la présence la plus proche après le toucher. Mais précisément, lorsqu'on veut voir Jésus, et nous som­mes dans la même situation que ces grecs, nous som­mes obligés de nous rabattre sur un autre sens, celui de l'ouïe. Jésus va parler. Et non seulement Jésus va parler, mais le Père aussi va parler. Si bien qu'à partir du moment où les grecs ont demandé à voir Jésus, il ne sera plus question que d'entendre.

Or la manière dont il faut entendre est elle-même significative. Vous avez remarqué, il y a trois grandes paroles. La première, c'est Jésus qui l'a dite : "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il ne porte pas de fruit, mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit!" La seconde, c'est la voix du Père : "Je l'ai glo­rifié et je le glorifierai encore". Et la troisième, en conclusion, c'est le Fils qui reprend la parole : "Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à Moi ! C'est maintenant le jugement de ce monde !"

Et bien je crois que les grecs, ce jour-là, ont vu davantage qu'ils ne le pensaient. A travers ces trois paroles, ils ont connu tout le mystère de ce qu'il fallait connaître de Jésus. Le mystère de sa mort, le fait que Jésus entrant dans la mort, accomplit véritablement l'œuvre du salut et nous manifeste le Père. Le fait que dans cet acte même par lequel le Christ donne sa vie par la mort, Il rencontre le Père qui le glorifie. Et le fait que cette conjonction de la mort et de la glorifica­tion du Christ entraîne tout l'univers à sa suite.

On peut dire que dans ces quelques versets, tout est dit : mourir comme le grain de blé, ressusciter en recevant la gloire du Père, et faire partager à la création tout entière cette gloire que le Christ a reçue au cœur même de sa mort. Et c'est le mystère de l'Église et de l'attente de l'accomplissement du Royaume. Ainsi ces quelques versets nous mettent exactement le cœur à la bonne place pour entrer dans ce mystère de la célébration de la Pâque du Christ. Nous aussi, comme le Christ et à sa suite, nous avons à être comme le grain de blé. Nous sommes jetés dans l'existence, nous sommes jetés dans la terre. Nous sommes aussi jetés en face de la mort. Et dans ce pro­cessus par lequel nous sommes configurés au Christ mort, il y a cette voix qui, à certains moments nous apparaît comme une voix de tonnerre et qui est pour­tant la voix du Père qui nous glorifie et qui nous transfigure. Et tout cela se passe pour nous sous la mouvance, sous l'attirance du Christ mort et ressus­cité, élevé de terre, qui attire toute chose et donc nous-mêmes individuellement et en église et comme monde et comme création vers Lui.

 

AMEN


 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public