AU FIL DES HOMELIES

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J'ATTIRERAI TOUT À MOI

Is 49, 1-6 ; Jn 12, 20-33

(29 mars 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Sylvanès

E

 

t Moi, élevé de terre, j'attirerai tout à Moi!"Tout le secret du Fils de Dieu est dans ces deux versets. Le Christ est descendu sur la terre, le Christ s'est incarné, pour être un jour "élevé de terre" afin qu'en s'élevant Il puisse repartir en attirant tous les hommes à Lui et vers le Père. Ce secret même de Dieu, sa volonté farouche de renouer le dialogue avec l'homme, est dans ce mouvement de descente et de remontée. Le secret même de chaque être est dans le mouvement, c'est-à-dire que "être" signifie "être en mouvement".

       Un philosophe écrivait : "Dieu n'a pas fait les êtres "muets", c'est-à-dire sans élan, mais Il les a faits avec un élan". Il a fait l'ange avec l'élan de la louange. L'ange est celui qui monte et descend sans arrêt sur l'échelle et qui chante et qui se tient prêt à rentrer dans la présence de Dieu. Il a fait la pierre pour qu'elle chute sur la terre. Il a fait l'arbre pour qu'il grandisse et que ses ramures se divisent au point que les oiseaux du ciel puissent y venir se poser. Il a fait la beauté pour qu'elle s'épanouisse et qu'elle attire le cœur de l'homme. Il a fait l'homme, Il a fait la femme pour qu'ils reviennent à Lui.

       En chacun de nous il y a comme un mouvement. Non pas les allées et venues que nous avons coutume de faire, cette quotidienne répétition de ces gestes qui semblent sans arrêt être une lutte, une survie : se nourrir, dormir, se relever, croire, désespérer. Non pas ces petites allées et venues qui sont des mouvements de surface, mais le mouvement plus profond. Dieu nous a tirés, nous tire depuis longtemps déjà et spécialement en ces jours vers lui. Il a commencé à mettre en nous ce mouvement qui fera qu'un jour nous pourrons le retrouver. Il a mis en nous comme un poids, une pesanteur, comme un élan afin qu'un jour, tout près de lui, nous rebasculerons vers lui. Il a mis en nous ce mouvement profond, invisible comme un mouvement d'océan, comme une marée qui monte. Je vous invite à prendre conscience, une conscience personnelle de ce mouvement. Je vous invite à vous demander si vous n'avez pas contrarié la marée qui monte, si vous ne vous êtes pas opposé à cette façon dont Dieu nous a invités à suivre le courant, ce grand fleuve puissant qui nous faisait revenir à lui.

       Demandons-nous si nous n'avons pas donné, des petits coups de barre sur le bateau de notre vie pour contrarier le grand courant qui nous invitait à venir vers la vie éternelle. Demandons-nous : qu'avons-nous fait de l'élan que Dieu a mis en nous de vouloir le chercher avidement ? Qu'avons-nous fait du premier temps où nous l'avons découvert ? de ce temps des fiançailles où nous l'entendions nous parler cœur à cœur ? Sommes-nous trop vieux dans notre péché ? L'avons-nous oublié ce moment d'impatience, d'urgence qui a fait qu'un jour nous nous sommes précipités dans une église, que nous nous sommes mis à genoux, que nous avons mâché ce Christ dont nous avions si faim ? Est-ce que notre habitude n'a pas tué cet élan que Dieu avait suscité en nous ? 

       Alors, au seuil de ces trois jours saints, qui nous feront revivre le panorama de la Passion, essayons de les voir comme un tremplin afin de reprendre en main tout ce mouvement, de communier plus profondément, d'épouser cette descente du Christ dans les hommes, descente du Christ en nous, par sa chair, par son corps et son sang livrés dans cette eucharistie, afin que, libérés de la pesanteur qui nous attache à cette terre, nous puissions, à la suite du Christ, nous élever sur sa croix pour, à sa suite, ressusciter.

 

       AMEN

 

 

 

 
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