AU FIL DES HOMELIES

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SEMENCES DE GLOIRE

Is 49, 1-6 ; Jn 12, 20-33

Mardi Saint – A

(26 mars 2002)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette page d'évangile nous redit inlassablement le plus profond du mystère de la Pâque du christ, tel que saint Jean le perçoit et nous le transmet, ce mystère qui est indissociablement l'hu­miliation, la souffrance et la mort du Christ, et en même temps sa gloire, sa glorification. Il ne s'agit pas de deux étapes successives, il ne s'agit pas d'une ré­compense que Dieu donnerait à Jésus parce qu'il a accepté de mourir, c'est la Passion même, la mort même du Christ, qui est la manifestation de sa gloire. Jésus ressuscite en quelque sorte, au cœur même de sa mort, de sa souffrance, de sa passion.

A trois reprises, cet évangile va nous redire cette même vérité profonde, tout d'abord sous l'image du grain de blé : "Voici venue l'Heure où le Fils de l'Homme va être glorifié". Comment va-t-Il être glori­fié ? "Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits". C'est en mourant dans le sein de la terre, en se décomposant, que la semence, le grain de blé va de­venir le principe de la plante qui va pousser. L'image que Jésus applique aussitôt à Lui-même et à ses disci­ples : "Celui qui aime sa vie au point de s'attacher, de s'accrocher à elle ne peut que la perdre, mais celui qui donne sa vie, celui-là la gardera non seulement telle qu'elle est, mais comme une vie désormais éter­nelle". Et en cela le disciple suit Jésus, et de la sorte, là où Jésus est, c'est-à-dire dans la gloire du Père qu'Il a manifestée en s'abaissant jusqu'à la croix, "là où Je suis, là aussi sera mon serviteur". Première expres­sion de ce paradoxe, c'est en donnant qu'on devient vraiment, c'est en mourant que ce grain de blé devient source de vie, c'est en mourant sur la croix que le Christ est le principe de la vie éternelle, de sa Résur­rection et de notre résurrection.

Deuxième expression de ce mystère qui correspond à ce que les synoptiques nous présentent au jardin de Gethsémani, à l'agonie de Jésus. Jésus dit : "Mon âme est troublée". Et Il crie dans les synop­tiques : "Père s'il est possible que cette coupe passe loin de moi", ici il crie : "Père, sauve-Moi de cette Heure. Et pourtant, c'est pour cette Heure que je suis venu. Père, glorifie-Moi !" Cette Heure qui fait trem­bler Jésus de crainte, cette Heure de son agonie, de sa déréliction, de son abandon, de son écrasement, de son anéantissement, cette Heure c'est la gloire : "Je t'ai glorifié, et je te glorifierai encore". La gloire est déjà en principe en germe dans cette Heure terrible que le Christ va vivre tout au long de son arrestation, de sa Passion, de son agonie, de sa mort.

Troisième expression du même mystère : "Quand Je serai élevé de terre". Élevé de terre, com­mente saint Jean : "Jésus signifiait par là de quelle mort Il allait mourir". Élevé de terre, c'est élevé sur la croix, comme une malédiction, comme un brigand, un voleur, un assassin, un criminel. Élevé à la face du monde comme ce condamné à mort, comme cet homme abandonné de tous. "Quand Je serai élevé de terre ..." Que se passera-t-il? "J'attirerai tout à Moi". Tous les hommes, toute l'humanité, tout l'univers. En étant élevé sur la croix, le Christ devient principe d'attraction universelle. Cette élévation sur la croix c'est l'élévation du Christ par son Ascension dans la gloire, c'est son élévation dans son mystère infini de l'Amour de Dieu qui attire à Lui tout l'univers et cha­cun d'entre nous. C'est donc en s'anéantissant que le Christ devient principe de toute gloire, de toute vie, de tout bonheur. Et nous aussi, c'est dans la mesure où nous acceptons avec Lui de nous donner, de ne rien garder, d'être complètement livrés, de mourir comme un grain de blé jeté dans la terre, d'être élevés sur notre croix, d'accepter l'heure de l'angoisse et de la souffrance, c'est dans cette mesure qu'avec Jésus nous participons à la semence de la gloire, de notre gloire et de la gloire du monde qui sont identiquement la gloire du Christ.

Frères et sœurs, entrons dans ce mystère de la Passion en nous faisant comme Jésus, ceux qui ac­ceptent de tout perdre, afin de gagner la seule chose qui compte, la vie éternelle, l'amour éternel de Dieu, le don sans limites qui est l'unique voie, la vie éter­nelle, le bonheur éternel.

 

AMEN

 

 

 
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