AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA GLORIFICATION VIENT D'EN BAS

Is 49, 1-6 ; Jn 12, 20-33

Mardi saint – C

(6 avril 2004)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

J

ésus parle de sa glorification. Il y a pourtant, à écouter cette page d'évangile, un paradoxe. Comment peut-on parler de la mort comme d'une glorification ? Aux yeux des hommes, la glorification est un peu comme cette "aura" qui vient d'en haut et il nous faut des médailles, des encensements, des com­pliments, il nous faut recevoir des titres, des respon­sabilités, pour nous sentir honorés, glorifiés. Ainsi donc, il y a en principe comme l'idée que lorsqu'on est glorifié, on est monté sur un piédestal et que cette gloire vous vient de vos mérites de la société qui re­connaît ce que vous valez. La qualité et la valeur d'une personne sont ainsi mises en exergue et elle semble toujours venir d'en haut.

Le Christ parle de la gloire, de la glorifica­tion. Il applique cette glorification à ce que nous, nous aurions du mal à étiqueter en tant que gloire : en quoi, traîner sa croix, en quoi être flagellé, couronné d'épi­nes, en quoi mourir sur une croix, peut-il être une glorification ? C'est plutôt une humiliation, une dé­chéance, un vide. C'est exactement l'inverse. Pourtant, si paradoxe il y a, c'est ainsi que le Christ manifeste non seulement quelle est sa gloire, mais aussi, quelle est la gloire du chrétien ? Comme lorsque saint Paul dira : "Je suis glorifié avec le Christ, ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi". Et la folie de la croix devient la sagesse de Dieu. Le signe de la croix devient la gloire du chrétien. C'est d'ailleurs ce que nous allons faire le vendredi saint en chantant la croix glorieuse.

Finalement, la foi chrétienne, c'est presque l'inverse du processus de ce que nous avons l'habitude de faire. En somme, pour le chrétien, comme pour le Christ, la gloire ne va pas venir d'en haut, un peu comme un poids qui va s'appesantir, ou comme le pensent les juifs qui sont là, comme un coup de ton­nerre qui va régir l'univers, mais la croix va marquer que la croix vient d'en bas. Elle vient comme ce grain de blé qui, semé en terre, va porter beaucoup de fruit. La gloire vient de l'intérieur. Il est vrai, que peu à peu, nous ne sommes pas dans un processus où une réalité descend d'en haut vers le bas, mais où quelque chose du bas monte et se retrouve en Dieu. C'est cela cette glorification. Certes, Jésus va connaître cette glorifi­cation dont parle le Père le jour où ses disciples le verront s'élever de cette terre vers la gloire des cieux dans le mystère de l'Ascension, mais cette glorifica­tion n'est que l'achèvement de la première élévation, lorsque peu à peu, la croix se lève, se relève et va être le signe qui va attirer toute l'humanité, et entre les deux, il faudra aussi que le Christ se lève, se relève de la mort, c'est la Résurrection. Ainsi, Jésus marque pour chacun d'entre nous que tout relèvement dans notre vie, c'est cela notre gloire. Relevés de notre fragilité, relevés de notre péché, relevés de tout ce qui nous a mis à terre ou en terre, devient pour le chrétien le signe même de ce que le Christ a accompli, mis en terre, il est bien ce grain de blé qui désormais porte beaucoup de fruits.

Et notre vie de chrétien qui se nourrit de la vie sacramentelle, reprend ce même mouvement. Ce n'est qu'un peu d'eau humble qui sera le signe d'une nais­sance à la vie d'enfant de lumière, ce n'est qu'un peu d'huile qui, coulant sur nos fronts, marquera toute la gloire de l'Esprit qui se répand dans notre cœur, comme dans la vie de tous les hommes. Ce n'est qu'un peu de pain, fruit du travail des hommes, qu'un peu de vin, qui vont devenir pour nous le signe d'une Église, corps ressuscité relevé et glorifié par le Corps ressus­cité, parce que relevé et glorifié du Christ notre Sei­gneur.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public