AU FIL DES HOMELIES

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DÉSIRER VOIR JÉSUS

Is 49, 1-6 ; Jn 12, 20-33

Mardi de la Semaine Sainte – A

(19 avril 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Saint Jean de Malte : Delacroix (copie de Van Dyck)

 

S

eigneur, nous voulons voir Jésus ». Sortie de son contexte évidemment, Seigneur, c’est Jésus, or, Seigneur, c’est adressé cette fois-ci à un apôtre, c’est simplement un titre de référence. « Nous voulons voir Jésus » ? Nous ne nous rendons pas toujours compte que ce désir est toujours présent dans notre société. Nous pourrons toujours la critiquer, disant qu’elle n’est pas assez chrétienne, qu’en matière de culture, de cinéma, de morale, elle n’est pas christianisée. En même temps, cela je me permets de le dire en tant que présidant l’eucharistie, vous ne voyez pas toujours tous les gens qui rentrent au fond de l’église et qui restent ne serait-ce qu’un instant. Vous ne voyez pas toujours la foule qui encore est venue dimanche, ô, des gens qui ne viennent qu’une fois dans l’année, ou deux fois dans une église, surtout pour les rameaux, parce que c’est beaucoup plus vivant et joyeux. Et en même temps, je crois que dans ces gens qui restent plantés au fond de l’église, il y a dans leur cœur cette même phrase : nous voulons voir, ils ne vont peut-être pas jusqu’à Jésus parce qu’ils ne savent pas toujours qui c’est, mais nous, nous voudrions voir la vérité. Nous voudrions savoir quand même le sens des choses et de notre vie.

En quelque sorte, dans cet évangile, c’est ce qu’il y a dans cette demande. Ces grecs, ce ne sont pas des païens, ce sont des juifs qui vivent à Alexandrie et qui viennent régulièrement adorer, c’est-à-dire qu’ils viennent au temple de Jérusalem. Mais il y a dans leur démarche la même chose : Nous voulons voir Jésus. Je vais essayer de combler les trous : pourquoi voulaient-ils voir Jésus ? on ne sait pas, ce sont des juifs d’Alexandrie, mais ils voulaient voir Jésus, c’est-à-dire poser des questions de lois, d’Écriture, des questions que certains considéreraient d’intellectuelles, où l’on se demande la signification de tel ou tel mot et de tel ou tel passage de la Bible, comme cela arrive si souvent dans les évangiles quand les pharisiens interrogent Jésus. Et en même temps, ils viennent avec leur désir et ce désir est profondément transformé. Ils arrivent pour une chose, et ils repartent avec autre chose. Je crois que c’est ce qui se passe aussi dans le cœur de certaines personnes qui rentrent dans cette église ou dans d’autres bien sûr, avec à la fois un désir qui n’est pas très clair, et en même temps le début d’une réponse qui est la leur, et ils vont trouver autre chose. Peut-être même que certains y trouvent vraiment quelqu’un, c’est-à-dire Jésus, le Christ.

Ces grecs ont désiré voir Jésus. Que vont-ils voir ? Pas simplement un rabbi qui est peut-être un peu plus malin que les autres, même si semble-t-il il n’a pas étudié les lettres. Ils vont être témoins de quelque chose de plus important que la simple connaissance culturelle ou intellectuelle des Écritures, ils vont être témoins d’une communion profonde entre Dieu le Père, son Fils, et le Fils et l’humanité. Je crois que c’est cela ce que ce petit passage nous révèle. Nous pouvons toujours être bouleversés par le fait qu’il n’est pas normal que notre monde soit traversé par la violence, la mort, la souffrance, comme d’un côté et puis de l’autre côté ce qui serait parfait, ce Dieu qui ne connaîtrait pas la souffrance et la mort.

Or, ce que nous dit aujourd’hui ce texte, c’est que malgré tout ce que nous vivons, il y a une communion entre la vie de Dieu et notre condition humaine. Et c’est de cela que témoigne cette voix qui sort du ciel et qui rappelle exactement comme au moment du baptême de Jésus : « Tu es mon Fils Bien Aimé, jamais je ne t’abandonnerai, c’est en toi que j’ai mis mon amour ». Cette communion entre le Père et le Fils, le Fils veut la vivre entièrement dans sa condition humaine et avec ses frères les hommes. En fait, ces grecs sont venus, nous ne savons pas pourquoi. Peut-être pour quelque question d’Écriture, de parole ou de loi. Et ils repartent avec ce témoignage de cette communion extraordinaire, de cette communion parfaite entre Dieu et son Fils, et entre le Fils et l’humanité.

Ce que nous allons vivre dans cette semaine sainte, une profonde communion entre le Père et son Fils, une profonde communion entre le Fils dans sa condition d’homme et ce que nous vivons en tant qu’hommes et femmes. Frères et sœurs, certains rentreront dans cette église, pas du tout chrétiens, cherchant quelque chose ou quelqu’un, c’est mon souhait et c’est ma prière, qu’ils puissent découvrir au cœur de leur vie cette profonde communion que le Seigneur veut vivre avec eux. Et vous aussi, frères et sœurs, même si nous nous considérons souvent comme chrétiens plus anciens ou plus parfaits, j’espère et c’est ma prière, que dans cette semaine sainte vous serez encore bouleversés et que vous repartirez différents de ces célébrations et de ces prières que nous vivrons ensemble.

 

AMEN

 

 

 
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