AU FIL DES HOMELIES

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VOIR OU ENTENDRE ?

Is 49, 1-6 ; Jn 12, 20-33

Mardi de la semaine sainte – B

(3 avril 2012)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Voir pour croire ? (Arlet)

F

rères et sœurs, que faut-il privilégier pour enquêter (le mot enquête a pour origine le mot grec historia), sur la vérité des faits et des événements ? Est-ce la vue ? Est-ce l'ouïe ? Vous aurez remarqué dans l'évangile d'aujourd'hui il y a des grecs, sans doute des juifs de culture grecque qui viennent peut-être d'Égypte ou de Syrie, et ces grecs demandent à "voir" Jésus. C'est une demande extrêmement moderne, puisque nous aussi, nous sommes persuadés que la vérité ne se laisse pas entendre, mais elle se laisse voir.

Quand on entend les paroles sont si vite déformées, on appelle cela le téléphone arabe, avec les enfants, on dit une phrase, ils la répètent à l'autre, et quand on arrive à la fin, cela n'a plus rien à voir et cela ne veut plus rien dire ! La vérité est nécessairement déformée par la parole. Et donc, nous aussi nous privilégions comme les grecs, la vue. Nous pensons que voir, ne rien avoir entre l'objet ou l'événement, nous garantit à 100% la vérité. C'est ce que veulent les grecs. Au moins depuis le troisième siècle avant Jésus-Christ, ce grand débat divise les historiens et les philosophes et nous aussi pauvres gens, nous nous demandons ce qu'il faut voir ou entendre ?

Dans le texte, on pourrait en conclure qu'il vaut mieux voir pour déterminer l'origine exacte de cette voix quand la voix du Père se fait entendre et qu'il glorifie son Fils. C'est un tonnerre ou c'est autre chose, c'est un ange qui lui a parlé ? c'est bien la preuve qu'il vaut mieux voir qu'entendre. Or, ce qui va se passer à la Passion, c'est l'expérience des hommes qui, en voyant Jésus, seront tout à fait incapables de comprendre qui il est. Comment en voyant cet homme sur la croix, pourrions-nous imaginer qu'il est le Fils de Dieu, qu'il est le Serviteur de Dieu, qu'il est le Messie, et le roi ? Il y a une pédagogie du Fils et du Père auprès des hommes qui consiste à nous dire : vous croyez que vous comprendrez mieux en voyant ? Et qui n'a jamais fait l'expérience auprès de non-croyants, de gens qui nous ont rétorqué : si j'avais vécu au temps de Jésus, j'aurais cru. Mais là au moins, qu'il se laisse voir … qu'il se laisse apparaître, et je vais baisser les bras et je croirai. En fait, le Père et le Fils savent bien que cela ne marche pas ! La plus belle preuve, c'est le Fils sur la croix.

Frères et sœurs, même si nous sommes toujours tentés par le voir. Pensez à certains événements très récents où là encore, beaucoup de personnes ont eu envie de voir, se sont même déplacés dans la banlieue de Toulouse pour "voir" ce qui s'était passé. Or, cette semaine, bien sûr, nous avons besoin de représentations mentales, d'images dans notre cœur et dans notre tête. Mais ce que cet évangile veut nous dire, c'est que ce que nous avons à faire, c'est d'entendre. Car qu'est-ce que le chrétien ? c'est celui qui est écartelé entre une parole qui est une promesse, et une vision qui est souvent apocalyptique, de fin du monde, de désespoir et d'interrogations. Nous disons très souvent : où est Dieu, alors qu'il nous a promis qu'il serait là ? il y a un écartèlement entre la voix qui promet et notre vue qui ne peut très souvent que constater la misère du monde et son désespoir.

C'est cela que nous allons voir et entendre cette semaine pour découvrir qu'au cœur même de cette misère que nous contemplons, il y a toujours cette voix de la part du Père pour chacun d'entre nous, et pour le monde, cette voix de promesse de glorification au cœur de la Passion.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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