AU FIL DES HOMELIES

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LE SACRIFICE UNIVERSEL

Is 49, 1-6 ; Jn 12, 20-33

Mardi Saint – C

(26 mars 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Agneau pascal - Nonette

F

rères et sœurs, j'aimerais attirer votre attention sur un point à mon avis essentiel de l'ensemble du texte que nous lisons du Serviteur Souffrant du prophète Isaïe. Ce thème le voici : pour décrire les difficultés, les affrontements, le jugement la condamnation et finalement la mort du Serviteur Souffrant dont on ne sait pas qui il est (on a pensé à un roi autour de l'exil de Babylone), on utilise habituellement un vocabulaire sacrificiel. A plusieurs reprises revient le terme de l'Agneau innocent, la mise à mort, et donc, on sent très bien que l'auteur pour parler de la mort de cette figure très énigmatique, prend délibérément le vocabulaire sacrificiel. C'est une chose étonnante car habituellement, c'est très rare, en tout cas dans les documents de l'époque, que l'on puisse assimiler une mort à une sorte de rituel sacrificiel tel qu'on l'opérait.

C'est déjà une interprétation extrêmement originale et qui oriente dans le sens de ce qu'est le sacrifice, c'est-à-dire une mort qui a quelque chose à voir, un lien entre les hommes et Dieu : ici en l'occurrence, le peuple d'Israël qui est en train de revenir sur sa terre, et cet homme qui est sacrifié comme un agneau.

Il y a quelque de plus intéressant encore, c'est que cette symbolique du sacrifice est entrecroisée avec une autre symbolique, celle du procès et de la victime condamnée injustement. Ce qui fait l'originalité des chants du Serviteur Souffrant, c'est la stratification, la superposition des deux thèmes : le thème du sacrifice qui est plutôt d'origine rituelle du domaine religieux, et un thème qui n'est pas nécessairement religieux mais qui peut l'être, c'est celui d'un procès au cours duquel un personnage est condamné. Dans tous les récits du Serviteur Souffrant, la vision prophétique au sens propre du terme, car le prophète a vu quelque chose, c'est qu'il y a une sorte de coïncidence entre quelque chose qui s'inspire du rituel sacrificiel et la réalité d'un procès. Les deux choses sont pratiquement inséparables puisque c'est à cause du fait qu'il ait été jugé comme un homme injuste, qu'à ce moment-là il est sacrifié comme une bête qui est sacrifiée dans le rituel du temple de la tradition juive.

Précisément, cette superposition, cette imbrication des deux thèmes est sans doute ce qui a ouvert la compréhension par les disciples de la signification de la mort du Christ. En effet, ce qui a permis aux disciples de comprendre ce qui se passait dans le mystère de la mort de Jésus, c'est la coïncidence de ces deux éléments : à la fois, il est immolé comme un agneau pascal au moment de la fête de Pâques, et il est "sacrifié" comme on sacrifie un animal pour le rite de réconciliation et de communion avec Dieu mais en même temps, et relié très en détail et finement analysé, apparaît le problème du procès et de la condamnation injuste du juste.

C'est cela qui explique l'universalité du sacrifice du Christ. Il s'agit bien d'un sacrifice, de quelqu'un qui donne, qui offre sa vie, mais cette vie offerte et donnée a une réalité universelle qui est la reconnaissance de la justice et cela a une porté universelle. Ce qui fait la portée universelle de la mort du Christ, c'est qu'elle est liée à un jugement qui est injuste, puisque c'est l'innocent qui est condamné. C'est le lien entre les deux qui constitue la trame des récits de la Passion, et c'est ce lien qui a été donné à comprendre aux rédacteurs de l'évangile de comprendre exactement la portée de la mort du Christ. Si le Christ est mort, comme le dira saint Paul : "Lui le juste pour les injustes", c'est le sens même qui a été reconnu dans la mort du Christ : à la fois un acte qui concerne par la dimension sacrificielle la relation entre l'humanité avec Dieu, et d'autre part par le procès injuste de l'innocent, le fait que c'est la justice, la vérité de la relation entre les hommes et Dieu qui est en cause, et cela ne concerne pas uniquement le peuple juif, mais cela concerne toute l'humanité.

Frères et sœurs, que nous puissions durant ces jours relire les poèmes du Serviteur Souffrant, c'est vraiment cela qui constitue la trame et qui est la meilleure préparation à l'entrée dans le mystère de la Passion.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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