AU FIL DES HOMELIES

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LA CHARITE AU MOMENT DE LA TRAHISON

Is 62, 11 - 63,7 ; Jn 13, 21-38
Mercredi saint - 23 mars 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

 

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rères et Sœurs, le texte de l’évangile de saint Jean que nous venons d’entendre est sans doute un de ceux qui fait le plus choc dans notre conscience humaine parce qu’au moment où Jésus voit l’heure arriver, il sait la modalité de ce qui va se passer. Non seulement, il va mourir, il va être livré pour être jugé et condamné, mais c’est par un ami, par un disciple des premiers jours qu’il est trahi. Vous connaissez sans doute le motif qui a permis à Judas de trahir, c’est que quand Jésus va au Jardin des Oliviers, il va exprès en dehors de la ville, parce que c’est plus facile de repérer et d’arrêter quelqu’un dans la rue. En allant au Jardin des Oliviers en dehors de la ville, dans un endroit de campagne, il était d’une certaine manière à l’abri. Le rôle de Judas a beaucoup frappé l’imagination et la perception que les disciples ont eue de cet épisode, Judas savait, connaissait l’endroit comme dit saint Jean, où Jésus et ses disciples, qui n’avaient pas le temps de rentrer à Béthanie, couchaient à proximité de la ville et dès le lendemain matin, il revenait au temple pour enseigner et pour prêcher.

 

 

Nous avons peine à imaginer cette espèce de vis-à-vis, le vis-à-vis du regard de Jésus sur l’homme pécheur, car contrairement à ce que l’on pense, nous sommes toujours un petit peu du côté de Judas. Au fond, le problème de Judas, c’est que Dieu voit la liberté de l’homme qui se détruit en hâtant la mort du Christ. Ce qui est abyssal et difficile à réaliser, c’est le regard que Jésus peut poser, alors qu’il sait qu’il est voué à la mort, sur quelqu’un qui en est l’instrument. Non pas par nécessité, mais parce qu’il l’a voulu. Quelles sont les motivations de Judas ? Est-ce la déception par rapport à la mission du Christ qu’il considérait comme vouée à l’échec, on ne sait pas exactement. Mais ce que Jean veut montrer, c’est qu’à un moment donné, Jésus voit dans le cœur de Judas sa liberté partir dans un sens qui d’une certaine manière est aberrant. Jésus voit à la fois le côté résolu et décidé de Judas qui va se complaire à cette tâche et à cette promesse qu’il a faite au grand prêtre, mais il voit aussi la perdition qui va s’accomplir dans la vie de Judas, car il va sombrer dans le désespoir à cause du geste qu’il a fait.

 

 

C’est évidemment un des aspects qui a le plus taraudé la conscience occidentale par rapport au pécher. En fait, le pécher et le pécheur sont toujours dans une certaine proximité de la volonté de salut de Dieu. Pécher, ce n’est pas être à côté, en dehors ou en absence de la volonté de salut de Dieu, c’est être au cœur de la volonté de salut de Dieu et y dire non. C’est une expérience tout à fait sui generis, je ne sais pas si nous pouvons vraiment la faire au même degré que l’a faite Judas à ce moment-là, mais c’est le véritable problème. À partir du moment où Jésus a jeté la lumière sur la démarche de Judas, il va redonner à ses apôtres, à ses disciples, le commandement « Aimez-vous les uns les autres ». Au moment où s’accomplit la plus grande séparation, il montre ce qu’est que la plus grande unité par la charité. Il est extraordinaire que la recommandation de Jésus sur l’amour des frères, soit survenue juste après la décision de Judas de quitter le groupe et d’aller livrer Jésus. C’est de cela qu’il s’agit dans ce texte. C’est pour ça qu’il est d’une certaine manière rempli d’espoir. Parce qu’en même temps, il dénonce le pouvoir diviseur du pécher. C’est d’ailleurs un des noms du démon, le diviseur, celui qui fait la rupture. En même temps, quand Jésus voit cela, il rappelle que ce qui est le plus fort, c’est la parole Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.

 

 

Frères et sœurs, il est vrai que tout ce contexte et cette scène si dramatique, si pathétique, nous ramènent toujours à notre condition de chrétien. Là-dessus Luther avait raison, nous sommes à la fois simuliustus et peccator, juste et pécheur, nous sommes toujours au bord d’une certaine trahison de l’attente de Dieu, mais nous sommes aussi toujours tenus par ce réseau de la charité et de l’amour des frères. Alors qu’en entrant dans ce temps de méditation et de prière de la semaine sainte, nous nous rappelions ce statut si difficile et si délicat, mais qui finalement est le statut de chacun d’entre nous : il y a toujours quelque chose de Judas en nous, mais il y a aussi cette parole du Christ qui résonne sans arrêt et qui veut nous ramener à la véritable communion avec le Père dans la charité du Christ.

 

AMEN

 

 
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