AU FIL DES HOMELIES

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JUDAS

Is 62, 11- Is 63, 7 ; Jn 13, 21-38

(8 avril 2009)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

L

'évangile de ce jour est extrêmement riche, puisqu'il traite du dernier repas de Jésus avec ses disciples, vous me permettrez de nous arrêter un peu plus sur la personne de Judas qui inspire souvent notre imagination et des questions incessantes, car il n'y a jamais de réponse totale. Je crois que cette figure nous dit quelque chose par rapport à deux thématiques, la première c'est la thématique du bouc émissaire et la deuxième thématique, c'est celle de la prédestination. 

       Le bouc émissaire, frères et sœurs, nous en avons toujours besoin. Encore en ce jour, différentes sociétés ou différentes religions ont besoin d'ériger et de mettre en place leur propre identité contre quelqu'un d'autre. Il y a bien sûr l'Église et la manière dont elle a pu traiter les juifs pendant plusieurs siècles. Il y a actuellement d'autres religions vis-à-vis d'autres religions ou d'autres sociétés occidentales qui ont tendance à répondre d'une manière violente. Et puis, ne l'oublions pas, il y a aussi la société laïque toujours prête à défendre les valeurs de la tolérance qui actuellement, aime à placer en tant que bouc émissaire l'Église catholique et le Pape. C'est très facile d'avoir un bouc émissaire parce que nous trouvons toutes les réponses à toutes les questions compliquées. 

       J'aurais voulu avec lire quelques pages d'un auteur, François Bouthors qui a écrit : "La nuit de Judas". Il ne s'agit pas de réhabiliter Judas, mais il s'agit peut-être de revisiter le personnage dans sa complexité. "A vrai dire, on ne sait pas grand-chose de moi, sinon que j'ai trahi. Où m'a-t-il trouvé ? Sur quel chemin ? Pourquoi Jésus est-il venu jusqu'à moi ? Pourquoi Jésus m'a-t-il appelé ? Qu'attendait-il de moi ? Voilà des questions que personne ne se pose. Comme si je n'existais que pour la trahison que pour l'instant de mon forfait. Comme si c'était écrit dans le grand livre des Runes. Car vous croyez aux Runes, vous qui lisez la Loi et les prophètes comme un recueil de présages. Il est plus simple en effet d'abandonner son jugement à l'assurance de la prédestination : les méchants sont comptés d'avance, et les coupables avec. Le monde en est illuminé, c'est plus facile. Mais qui donc vous porte cette lumière ? Dites-moi ? Je n'étais là que pour la perfidie dit-on Dossier classé. Circulez braves gens, il n'y a rien à voir. Pourtant, n'en doutez pas, il y eut bien une rencontre. Le Seigneur m'a vu, il m'a aimé et choisi, ce n'est pas rien. Jésus au contraire des autres, ouvrait un  chemin. "Viens et vois si tu veux". Jésus recevait l'enfant que j'étais, il lui faisait droit, jamais personne ne m'avait perçu pareillement. Les uns pour les autres, nous sommes le plus souvent des soucis, des devoirs, ou des pièces dans un jeu, des alliés pour un combat. Pour le Seigneur, j'étais, chacun était tout autre chose, un don du Père. En moi, en nous, il accueillait la vie donnée en plénitude. Je ne l'ai pas compris, je l'ai simplement aperçu mais cela m'a suffi pour vouloir demeurer près de lui. La fin n'était donc pas écrite quand son regard s'est posé sur moi".

       L'autre comme bouc émissaire, l'autre aussi comme prédestination, il n'y a pas de prédestination, notre vie n'est pas écrite par Dieu, c'est Dieu et nous-mêmes qui écrivons notre vie Je crois que c'est cela que nous avons à retenir de Judas. Il est trop facile de représenter l'autre sous une forme inhumaine. Certaines cultures ou certains systèmes politiques se sont plu justement à détruire l'humanité de l'autre. 

       Frères et sœurs, c'est trop facile de dire que l'assassin ou celui qui trahit est un monstre, est un animal, est un sauvage. Tous ces sentiments, nous les avons chacun dans notre cœur, nous pouvons tous et peut-être avons-nous été Judas, sans doute pas, bien sûr, le Judas historique, mais nous sommes tous des Judas potentiels. 

       Que nous puissions au milieu de cette Semaine Sainte méditer sur cette phrase que je trouve simple et belle : "La fin n'était donc pas écrite quand son regard s'est posé sur moi". Sur moi, sur chacun d'entre vous, la fin n'est pas écrite. Continuons à écrire avec Dieu cette histoire. 

 

       AMEN 


 

 

 
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