AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DU PÉCHÉ

Is 62, 11- Is 63, 7 ; Jn 13, 21-38

Mercredi saint – C

(30 mars 1983)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

N

 

ous voici aux portes de la Passion et Jésus donne tout à la fois son dernier commandement, ce commandement nouveau de l'amour, et ne même temps Il annonce à ses disciples la trahison de Judas et le reniement de Pierre.

La trahison de Judas est un mystère très profond. Par-delà les explications psychologiques qui en ont été tentées "Judas était un voleur" nous dit saint Jean, et peut-être a-t-on été tenté par les deniers que lui ont proposés les chefs du peuple, ou bien des explications plus modernes, Judas s'était fait des illusions sur le caractère politique et temporel du messianisme de Jésus et il a été déçu parce que Jésus n'entreprenait pas la libération d'Israël. Quoi qu'il en soit le mystère le plus profond c'est celui de cette séparation de Judas d'avec Jésus. Ce Judas que Jésus avait choisi pour être l'un des douze, l'une des colonnes de cette Église naissante, l'un de ceux qui devaient collaborer étroitement avec Pierre, avec le disciple bien-aimé Jean, et avec tous les autres qui, ensuite, iront évangéliser le monde entier, Judas l'un des Douze qui avait mangé chaque jour avec le Christ, pendant trois ans, qui avait partagé sa vie, son intimité, qui mieux que personne connaissait ce cœur de Jésus, cette présence irrésistible et merveilleuse de la lumière de Dieu dans le regard, dans les paroles, dans les gestes de Jésus, voilà que Judas trahit Jésus, va le livrer à ses ennemis, va le livrer à la mort.

D'une manière ou d'une autre, ce mystère de Judas c'est d'abord le mystère du péché, le mystère de notre péché, car même si nous n'en sommes pas au même point que Judas ne sommes-nous pas nous aussi des intimes du Christ, nous qui le recevons chaque jour, en tout cas si souvent dans notre corps, dans notre cœur, nous qui nous nous nourrissons de sa chair, nous qui lisons et écoutons sa Parole, qui la méditons et qui, pourtant, sommes si indifférents, si légers, si aveugles, nous qui reconnaissons si mal Jésus dans nos frères où Il nous a pourtant dit qu'Il était présent, nous qui sommes si peu attentifs à cet amour qui, toujours nous est ouvert comme une source, nous qui nous tournons si rarement vers le visage de Dieu pour le prier, nous qu'un rien suffit à distraire. Nous ne le trahissons peut-être pas comme Judas et pourtant, de façon permanente en quelque sorte, nous nous éloignons de Jésus, nous négligeons cette présence qui est pourtant la chose la plus merveilleuse et la plus importante du monde au cœur de notre vie, au cœur de cet univers, au cœur de nos frères.

C'est ce mystère du péché, mystère de l'aveuglement de l'homme, mystère de cet égoïsme radical qui nous repliant sur nous-même nous rend inintelligent à la réalité des choses, inintelligent à la vérité de Dieu présent. Cet égoïsme qui épaissit notre cœur qui aveugle notre regard.. Mystère du péché car comment peut-on s'éloigner de Dieu quand on a goûté à sa bonté, à sa tendresse ? Et c'est pourtant ce que nous faisons chaque jour. Ce mystère du péché c'est aussi un mystère dans le cœur de Dieu car Jésus avait choisi Judas. Il l'avait choisi au milieu de tous les autres pour être au premier rang avec les douze. Il y avait une intimité entre Jésus et Judas et elle n'était pas seulement du côté de Judas mais aussi du côté du cœur de Jésus. Jésus avait une relation exceptionnelle, tout à fait personnelle avec Judas. Quel mystère de souffrance dans le cœur de Jésus que de se savoir livré, trahi, abandonné par l'un de ceux avec qui Il avait le plus profondément noué des liens.

Mystère de la souffrance de Dieu devant ce reniement des hommes, devant cet éloignement que le péché établit dans notre cœur. Dans certains cas, nous ne pouvons pas l'évaluer, mais cet éloignement peut être irrémédiable, irréparable quand nous bouchons définitivement nos oreilles à cet appel de Dieu et que nous nous enfonçons de manière définitive dans le refus. Mystère de la souffrance de Dieu, l'un des aspects certainement le plus radical, le plus terrible de la croix du Christ, car si Jésus a souffert dans sa chair, s'Il a été déchiré dans ses membres, Il a souffert plus encore, puisque c'était la cause même de sa passion, puisque c'était la raison d'être de cette présence de Jésus sur la croix, sous les fouets, Il a souffert plus encore dans son cœur de cette immense masse de péché accumulés à travers les siècles, masse d'incompréhension et de refus, d'éloignement par rapport à son amour.

Pendant ces jours de la Passion, nous viendrons comme des pécheurs en portant le poids de nos péchés, en prenant conscience de la gravité de cette indifférence et de cette hostilité qu'il y a l'égard dans notre cœur à l'égard de cet amour qui nous tend les mains. Nous viendrons aussi pendant ces jours de la Passion pour contempler la souffrance de Dieu et pour essayer de pénétrer dans ce mystère et d'en être profondément imprégnés car c'est par cette méditation que nous pourrons être sauvés.

 

AMEN


 
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