AU FIL DES HOMELIES

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Is 62, 11- Is 63, 7 ; Jn 13, 21-38

Mercredi saint – C

(26 mars 1986)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

E

vangile de contrastes, évangile de couleurs violentes que ce texte que nous venons d'en­tendre où tout à la fois Jésus nous donne ce commandement nouveau d'amour les uns avec les autres, et où nous entendons la trahison de Judas et la lâcheté de Pierre, comme si dans cet enchaînement d'événements tragiques qui vont nous mener à la Pas­sion et à la mort du Christ, l'amour, l'amour que Jésus a pour chacun des hommes poursuit sa logique.

Cet amour qui vient comme une lumière ébranler, démasquer les ténèbres ultimes qui gisent encore au fond de chaque cœur. Comme si l'amour venait déblayer et mettre à jour ce qui est encore té­nébreux : le dessein de Judas, ce cœur non converti et qui précipitera la passion, et cette lâcheté de Pierre qui gît au fond de son cœur et que Jésus annonce déjà.

Ainsi il y a une logique à l'amour. Et cette lo­gique, si elle conduit le Fils de Dieu à la croix, elle conduit chacun de nous aussi à comprendre pourquoi Jésus, au moment où Il part, annonce ce commande­ment nouveau d'amour les uns envers les autres. En toute logique, nous aurions pu penser que, étant le commandement le plus important, le plus essentiel, Il aurait pu l'annoncer au début, comme une tête de cha­pitre, afin que nous sachions à quoi nous en tenir. Or c'est au moment où Il s'en va, au moment où le cœur comme enténébré par la crainte et le doute, que les apôtres reçoivent comme en pleine face ce comman­dement nouveau : "Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés !"

Nous touchons là un des secrets les plus es­sentiels de la vie du chrétien, de la vie du combattant que nous sommes dans ce monde, où nous sommes comme le lieu permanent de cet amour, de cette grâce donnée par Dieu, que nous devons faire rayonner et nous transmettre les uns aux autres. Mais nous som­mes uniquement un lieu de passage. En effet, cet amour dans sa logique propre vient purifier, vient balayer, vient ouvrir, écarter sans arrêt, de plus en plus grand notre cœur. Et afin que cet amour ne meure pas en nous, il faut qu'il passe et qu'il remonte vers Dieu.

Le départ de Jésus, ce moment que Dieu choi­sit Lui-même pour accomplir ce commandement nou­veau, signifie que l'amour qu'Il a manifesté par des si­gnes nombreux à chacun des apôtres, et donc à nous-mêmes à leur suite, veut dire par cet adieu que, mon­tant vers le Père, cet amour doit aussi remonter vers le Père puisque cet amour vient de Lui. Nous sommes ce lieu de passage de l'amour, nous sommes ce lieu de purification où l'amour peut brûler chacune de nos ténèbres et mettre à jour les desseins qui manquent le plus d'amour.

En ces jours, en ces heures qui précèdent la Passion, en ces jours où nous allons mettre nos pas dans ceux de Jésus, essayons de nous conformer à cette exigence d'amour à cette exigence du feu qu'est cet amour que Dieu a laissé grandir, mûrir en chacun de nous, afin que non seulement il nous purifie, il nous ouvre à la lumière du Ressuscité, mais que nous devenions, nous chrétiens, pour ce monde de ténèbres, une lumière, une lumière nouvelle pleine d'espérance.

 

AMEN

 

 

 
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