AU FIL DES HOMELIES

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LÀ OU JE VAIS !

Is 62, 11- Is 63, 7 ; Jn 13, 21-38

(3 avril 1985)

Homélie du Frère Michel MORIN 

Saint Flour : Le Christ noir 

 D

 

u côté de Jésus, une certitude et une exigence; du côté des disciples, un désir et un péché.

Une certitude du côté du Christ : "Là où je vais, vous ne pouvez pas venir !" Le Christ entre dans la mort, Il entre dans la gloire. Les disciples ne peuvent le rejoindre ni vivre cela avec Lui. On entre toujours seul dans la mort, même lorsqu'on est Dieu, créateur de l'humanité tout entière, source de vie. On entre seul dans la mort, mais Dieu entre dans sa gloire, et cette gloire c'est celle d'être le Fils sur la terre, Fils dans lequel le Père est manifesté, par lequel l'Esprit va être donné. C'est une œuvre de la Trinité que celle de la mort et de la Passion du Christ, et nul ne peut connaître le cœur même de cette Trinité. Aucun homme ne peut savoir et ne saura jamais quelle a été la mort du Christ, quelle a été sa Résurrection. Le Christ vit cet événement seul, nul ne peut le rejoindre, car Il est le Fils de Dieu. Ce départ c'est évidemment sa mort, mais c'est aussi ce que va entraîner sa mort, son départ vers le Père au jour de l'Ascension.

       A cette certitude de l'absence du Christ, désormais absent dans sa chair humaine, correspond une exigence, elle est immédiatement donnée comme un corollaire nécessaire : "Je vous donne un commandement nouveau." Pour l'Église, le Christ est désormais absent dans sa vie terrestre, mais à cette absence certaine correspond une exigence non moins certaine, l'amour réciproque. Pas n'importe quel amour réciproque. Pas celui que l'on a dans son cœur, pas cette puissance affective qui nous rend capable de nous aimer les uns les autres ou en tout cas d'essayer tant bien que mal, mais cette exigence d'un amour réciproque comme le Christ Lui-même nous a aimés, c'est-à-dire à l'imitation parfaite de la façon dont le Christ nous a aimés et non pas selon nos sentiments affectifs ou nos attirances réciproques.

       Un amour qui est donc l'œuvre de la Trinité en nous, un amour qui est donc fait de mort et de résurrection, un amour trinitaire que nous ne pouvons pas connaître dans son fond le plus extraordinaire, le plus intime, puisque c'est cet amour qui vient de Dieu. Mais il y a cette exigence de vivre cet amour de Dieu en l'absence physique et terrestre du Christ.

       Du côté des disciples, un désir. Un désir très fort, manifesté à deux reprises par Pierre, et chacun de nos cœurs est un peu le cœur de Pierre, puisque nous sommes de son Église, fondés sur lui. "Seigneur, je veux Te suivre là ou tu vas !" "Seigneur, je donnerai ma vie pour Toi !" Je pense que chacun d'entre nous, aujourd'hui comme chaque jour de notre vie et de plus en plus j'espère, a dans son cœur ce désir de l'apôtre Pierre."Je veux aller où Tu vas !" "Je veux être avec Toi !" "Je veux donner ma vie pour Toi !" Ce désir, c'est le nôtre, mais nous savons bien qu'il ne vient pas de nous. Il vient de la Pâque du Christ, parce que le Christ nous a aimés et qu'Il désire que notre amour le rejoigne pour que nous puissions vivre en Lui et avec Lui. Et l'on ne peut pas mettre en doute la sincérité, l'authenticité, la vérité de ce sentiment de Pierre attaché à la personne du Christ, plus encore lorsqu'il pressent que le Christ va se détacher de lui par la mort prochaine. Pas plus que nous ne pouvons mettre en doute l'honnêteté, la sincérité, la vérité de notre propre désir d'aimer le Christ et de donner notre vie pour Lui.

       Mais, à ce désir, correspond, hélas, le péché. Et le péché, ce n'est pas nous qui allons le découvrir. Nous sommes trop aveugles sur nous-mêmes. C'est le Christ qui à deux reprises va le révéler au cœur de l'homme. "L'un de vous me livrera !" - " Et toi, Pierre, avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois." Et n'est-ce pas vrai que cette parole du Christ, que cette annonce du Christ est aussi pour nous ? Qui peut dire qu'il n'est pas lui-même celui à qui le Christ donne une bouchée de pain et qui ne le trahit pas après, qui ne le livre pas après, d'une façon ou d'une autre ? Qui peut dire qu'il n'a pas renié le Christ, au moins trois fois dans une journée, avant que le coq ne chante pour annoncer le lendemain ? Nous sommes donc saisis dans notre vie spirituelle dans un très grand désir de vivre avec le Christ et dans ce péché que l'amour même du Christ pour nous révèle à nous-mêmes.

       Et cependant le Christ va répondre de façon merveilleuse à ce désir que nous avons de le suivre. Et comment va-t-il y répondre ? Avec cette certitude et cette exigence dont je parlais tout à l'heure.

       "Vous ne m'avez plus visiblement, mais vous M'avez quand même avec vous parce que vous êtes les uns avec les autres." Et, au fond, si nous voulons aller au bout de notre désir de suivre le Christ là où Il va, comme nous ne pouvons pas y aller parce que ce n'est pas encore l'heure de notre Pâque, il n'y a pas d'autre chemin que l'exigence qu'Il nous a donné : "Aimez-vous les uns les autres !" Et à chaque fois que nous ne vivons pas cette exigence qui est la réponse du Christ à notre propre désir de le suivre, nous le livrons, et nous le renions. Mais à chaque fois, Il accomplit encore sa Pâque, à chaque fois que nous le mettons à mort, que nous mettons son amour à mort dans le cœur des autres ou dans le nôtre, à chaque fois cet amour ressuscite parce qu'il est puissance de pardon, il est puissance de salut. Et Il nous demande à ce moment-là, ce qu'Il demandera à Pierre : "M'aimes-tu vraiment ? encore plus que les autres ? même si tu M'as trahi et livré?"

       Les jours dans lesquels nous entrons sont les jours de la Pâque du Christ c'est-à-dire ce sont "nos jours" les jours de notre Pâque d'aujourd'hui, ces jours où nous exprimons au Christ notre désir d'être avec Lui, de veiller au moins une heure avec Lui, c'est ce que nous ferons dans la nuit du jeudi au vendredi, mais aussi ce désir de répondre à l'exigence unique qu'Il nous a laissée au jour de sa mort : "Aimez-vous les uns les autres!" Là vous pouvez me suivre et là, vous êtes sûrs de me trouver sans vous tromper de Christ, sans vous tromper d'évangile, sans vous tromper d'exigence, car si je suis absent physiquement désormais, je suis quand même, désormais physiquement présent au milieu de vous, dans la personne de mes frères. Le Christ est la tête de l'Église. La tête de l'Église est dans la gloire, mais nous avons encore son corps que nous sommes. Alors, pour entrer dans la gloire du Christ, tête de l'Église il faut aussi entrer dans la Pâque de son corps que nous sommes, accepter de mourir pour lui, en aimant nos frères. C'est pour nous, aujourd'hui, le principe de notre propre résurrection.

       AMEN


 

 

 
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