AU FIL DES HOMELIES

Photos

SEIGNEUR OU VAS-TU ?

Is 62, 11- Is 63, 7 ; Jn 13, 21-38

Mercredi Saint – B

(30 avril 1994)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

S

eigneur, où vas-Tu ? - Où Je vais, tu ne peux pas venir..." Pierre pouvait suivre Jésus, il l'a d'ailleurs suivi jusqu'au prétoire, matérielle­ment, il pouvait suivre Jésus jusqu'au bout. La ré­flexion que lui fait Jésus ne tient pas à une incapacité physique de Pierre. Jésus ne vit pas simplement un déroulement de circonstances dont Il serait plus ou moins victime. Jésus n'est pas simplement l'objet malmené d'un mauvais procès ou d'une erreur judi­ciaire, toutes choses repérables, mais qui souvent laissent les gens bien indifférents.

Le drame que Jésus vit, nul ne peut y entrer. Même pas celui qui veut donner sa vie pour Lui, en tout cas pas avant que Jésus n'ait donné sa vie d'abord. Le drame de Jésus dans sa Pâque est déjà contenu dans cette profession de foi au début de saint Jean : "Le Verbe s'est fait chair." Le drame de Jésus c'est que le Verbe, en Lui, va être sépare, brisé, divisé d'avec la chair. Ce qui était cette première commu­nion extraordinaire entre Dieu et l'homme en la per­sonne de Jésus, Jésus va en vivre le divorce, la rup­ture, la cassure, la mort, la séparation. La Pâque, elle est d'abord à l'intérieur de Lui-même, au plus intime de sa personne, dans la division de son être divin et de sa chair, de son humanité. Puisque c'est la consé­quence du péché, puisque c'est l'acte final, en tout cas apparemment, de l'œuvre du diable dont l'étymologie en grec signifie "le séparateur", le diviseur, le briseur d'unité.

Cette Pâque de Jésus, Il est seul à pouvoir la vivre et nul ne peut mesurer ce qu'elle a été. C'est le secret de sa personne humaine et divine, c'est le secret de l'accomplissement de la volonté de Dieu, c'est le secret de son amour pour nous. "Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu'au bout" et ce bout, pour Lui, c'est la division profonde de s-on être. C'est pourquoi ni Pierre, ni vous, ni moi ne pou­vons le suivre en cette profondeur absolument indici­ble où se joue d'abord le drame de Dieu et de l'hu­main.

"Tu comprendras et tu Me suivras plus, tard." C'est curieux parce que ce "plus tard" inclut dans la bouche de Jésus le reniement de Pierre, comme s'il fallait que Pierre soit l'auteur d'une brisure de relation, d'un refus de reconnaître, d'une rupture entre lui et Jésus, pour que dans cette faille profonde, il puisse descendre et approcher ce que son maître va vivre pour lui.

Et si la question que nous puissions murmurer ou méditer tout au long de ces jours soit celle de Pierre : "Seigneur, où vas-Tu ?" Et si la célébration de ces jours, ce soit notre désir, non pas de comprendre, mais tout simplement d'être présent auprès du Seigneur, là où Il va, sans que nous sachions où, mais pour la simple raison qu'Il y va pour nous. Nous entrons dans ces heures graves, ce qui ne veut pas dire tristes ou tragiques, ce qui veut dire dont le poids est capital pour l'histoire de l'humanité. Nous entrons dans ces heures où le Christ, de tout son poids d'amour et de souffrance, va faire basculer l'œuvre de division en germe de communion, de vie et de résur­rection. Il me semble que nous ne pouvons pas abor­der ces heures et être fidèle à la réponse que Jésus veut nous faire à cette question : "Seigneur, où vas-Tu ?" sans entrer profondément dans un mystère qui est un secret, qui exige silence, paix, calme et solitude. Ces dispositions me semblent incontournables pour vivre aujourd'hui la Pâque du Seigneur en ces heures si graves, puisque Lui-même a choisi ces dispositions pour les vivre pour nous.

Ayons en ces jours le souci réel, malgré tou­tes les nécessités de préparation de la Fête, de trouver ces moments de solitude, de silence, de recueillement au-delà de toute agitation, fusse-t-elle nécessaire. Nous avons à descendre dans le secret du Christ di­visé pour nous. Il veut nous enfouir dans cette divi­sion. Le grain que nous sommes va être jeté dans sa terre à Lui, pour germer avec Lui dans sa vie. Comme toute semailles et toute germination, il s'agit d'abord d'un mystère de silence, d'effacement et de solitude. "Seigneur, où vas-Tu ?" "Tu ne peux pas Me suivre maintenant" mais prépare-toi car, plus tard, tu auras à Me suivre, là où Je vais et comme J'y vais.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public