AU FIL DES HOMELIES

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LA CHAÎNE ET LA TRAME

Is 62, 11- Is 63, 7 ; Jn 13, 21-38

Mercredi saint – C

(11 avril 2001)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

O

n aime habituellement lire l'évangile de saint Jean parce qu'il représente une sorte de mé­ditation, de recul, par rapport aux évène­ments, là où les synoptiques ont tendance à nous ra­conter des petites séquences, des petits récits, on a l'impression que Jean se donne plus de champ, de liberté, et ne choisissant que quelques passages il en exploite toute la signification symbolique, métaphori­que, toute la profondeur.

En fait, si on regarde le texte que nous venons de lire, il est assez étonnant, parce que manifestement saint Jean fait allusion au dernier repas de Jésus avec ses disciples, et comme on aura l'occasion de le mé­diter demain soir, bien entendu ce dernier repas est vu sous l'aspect du Christ Serviteur, du Christ qui lave les pieds de ses disciples, du Christ j'allais dire pre­mier évêque. Mais en même temps, curieusement, l'aspect eucharistique qui est pourtant présent n'est évoqué qu'à travers le moment où Jésus donne la bou­chée à Judas. Curieuse manière de nous parler du sacrement de la communion des frères, alors qu'au moment même où Jésus donne la bouchée, l'évangé­liste précise : "Alors, Satan entra en lui". Mais, ce qui est le plus intéressant c'est qu'à partir de là il y a comme une sorte de carrefour, il y a deux voies qui vont courir à travers l'évangile et qui vont se rejoindre juste au moment de l'arrestation. Au moment même où Jésus donne la bouchée, Judas décide vraiment de partir et de livrer son Maître, c'est une piste, mais en même temps le Christ commence le discours après la Cène. Il commence son testament qui est comme une sorte de vision prophétique de ce que sera l'Église. Ce que je trouve extraordinaire dans le récit, dans la construction de ce passage de l'évangile de saint Jean, c'est qu'au moment même où Jésus aborde les derniers moments de sa vie, il y a deux trames de récit, comme la chaîne et la trame dans un tissu qui vont courir en même temps, la trame du mal, et la chaîne du bien. La trame du mal, c'est que Judas va aller voir les grands-prêtres, va livrer son maître, va faire l'acte décisif qui va entraîner la Passion. La chaîne du bien : le Christ donne son ultime testament pour la vie de son Église, explique le sens du geste qu'Il va accomplir en don­nant sa vie pour le peuple tout entier et accepte la mort pour le salut du monde. C'est précisément l'en­tremêlement des deux histoires qui fait toute la force dramatique du récit de saint Jean. Pendant le moment même où Jésus donne ses dernières recommandations, pendant ce temps-là Judas court à travers les rues de Jérusalem pour aller vendre son maître, et c'est cela la Passion, c'est cela l'histoire du monde, et c'est cela l'histoire de nos vies.

Nous-mêmes, notre existence est tissée de ces deux réalités, de cette espèce d'enchevêtrement per­manent du bien et du mal, nous ne sommes ni tout blanc, ni tout noir, mais à l'intérieur de notre cœur s'entrecroisent ces deux histoires à la fois le bien, qui nous est donné par grâce et le mal que nous faisons en refusant la grâce. A la fois la bouchée qui nous est tendue et la décision de ne pas rester fidèle au Maître qui nous l'a donnée. Et c'est tout le mystère de l'exis­tence humaine. Jésus n'est pas venu dans un monde aseptisé, Il ne l'a pas étanchéifié avec de la piété pour créer une sorte de zone interdite, une zone sans mi­crobe, sans mal, sans péché, à l'intérieur de laquelle évolueraient ses disciples, non, Il est venu dans ce monde dont saint Jean nous dit souvent qu'il a été dès le départ refus de Dieu, et c'est dans ce monde, au milieu de la trame d'une histoire dans laquelle le bien et le mal sont sans cesse enchevêtrés, liés l'un à l'autre que va s'accomplir la Passion.

Que ce jour qui nous prépare au Triduum soit pour nous l'occasion de relire non seulement la Pas­sion du Christ, le récit de la Passion du Christ, mais que ce soit aussi l'occasion de relire l'attitude dans laquelle nous accueillons ce récit. Notre attitude hu­maine, notre existence humaine, ce mélange inextri­cable de bien et de mal dans lequel nous essayons petit à petit d'être ceux qui accueillent le Salut et qui en témoignent.

 

 

AMEN

 

 
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