AU FIL DES HOMELIES

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L'AMOUR

Is 62, 11- Is 63, 7 ; Jn 13, 21-38

Mercredi de la semaine sainte – B

(4 avril 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le baiser de la trahison (Vic)

F

rères et sœurs, le récit de la trahison de Judas a toujours fasciné l'univers et l'imaginaire chrétien. C'est devenu un des moments centraux des récits, des mystères et des passions du Moyen Age, c'est devenu le thème de la figure du traître, de la méchanceté et du désir de mal personnifié. En réalité, dans l'évangile de saint Jean, la trahison de Judas joue aussi un rôle central, mais ce n'est pas tout à fait pareil. Dans l'évangile de saint Jean, il y a d'abord une première partie jusqu'à la fin du chapitre onzième, qui est ce que l'on appelle le livre des signes. On y trouve tous les signes opérés par Jésus pour manifester sa mission, qu'il est le Verbe incarné qui apporte le salut aux hommes. La deuxième partie de l'évangile qui s'achève à la résurrection, ce ne sont plus les signes, mais c'est la réalité du salut, c'est-à-dire la mort et la résurrection de Jésus.

Or, il y a une chose étonnante, dans l'évangile de saint Jean, avant la trahison de Judas, il n'y a pratiquement jamais le mot "amour". Le mot amour va revenir un très grand nombre de fois entre le moment où Judas a quitté le Cénacle, et le moment où il va revenir pour l'arrestation. C'est assez étonnant. Tout ce que dit Jésus sur l'amour est dans ces chapitres de la fin du treizième jusqu'au début du récit de la Passion. Cela veut dire une chose très simple, c'est que la présence de Judas, comme celui en qui Satan est entré, et qui va le livrer, est là comme pour bloquer et empêcher Jésus de donner son dernier message, son testament ultime. C'est comme si la présence de celui qui va trahir, et pour Jean, la figure de Judas est une figure terrible, c'est comme si cela empêchait Jésus de dire vraiment ce qu'il a à dire à ce moment-là à ses disciples. Au moment même où Judas disparaît, il se produit presque comme un phénomène de libération de la parole, et Jésus livre son testament sur l'amour, tous ces passages que l'on croit disséminés tout au long de l'évangile, et qui sont en réalité uniquement dans cette section-là.

Dernier rebond quand Judas revient, et que pas son acte il déchaîne le mal de la Passion, le mot amour ne réapparaît plus. Il y a du point de vue de la construction, de la manière dont saint Jean veut nous faire pressentir les derniers moments de la vie de Jésus, il y a un moment dans lequel l'amour peut être dit, reconnu, célébré et posé comme fondement, c'est le moment où toute la communauté des disciples, qui certes, ne vont pas être des héros, mais où cette communauté est rassemblée autour du Maître dans l'unanimité et au moins un désir de fidélité qui est frappant.

C'est la façon dont Jean a essayé de faire comprendre à sa communauté ce qu'était l'Église. Effectivement quand l'Église est comme traversée et gênée dans son expression par le péché, par tout ce qui peut empêcher d'être fidèles du Christ, à ce moment-là l'Église n'a pas sa plénitude. Quand l'Église, à cause des pécheurs que nous sommes, et nous en sommes tous, est comme appesantie par la présence du mal en elle, alors la possibilité qu'elle a de s'exprimer comme Église n'est pas plénière, elle est comme handicapée. C'est cela que Jean veut dire à sa communauté : si nous voulons vraiment être l'Église du Christ, il faut que nous soyons comme les disciples, même s'ils n'étaient pas parfaits, en tout cas, ils n'avaient pas le désir de faire du mal, à trahir ou à livrer le Christ.

Frères et sœurs, cela peut nous donner une sorte de regard un peu rénové sur ce qu'on appelle le discours après la Cène, que nous allons lire demain soir après l'eucharistie. C'est le grand testament que Jésus nous laisse, et ce testament, il est comme une parole de Jésus qui a la pleine liberté, sans se sentir en aucune façon, menacée. Que nous essayons chacun à notre place, chacun selon nos possibilités d'être ces fidèles soucieux de garder cette véritable écoute, ce sens profond de la communauté pour que l'amour y soit la règle fondamentale et que cet amour comme structure de la communauté et de la vie de l'Église ne se laisse pas obscurcir ou entacher par notre péché.

 

 

AMEN

 

 

 

 

 
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