AU FIL DES HOMELIES

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LA SOLITUDE DU CHRIST

Is 62, 11- Is 63, 7 ; Jn 13, 21-38

Mercredi Saint – C

(27 mars 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Je donnerai ma vie pour toi !

F

rères et sœurs, vous avez peut-être été frappés par ce texte du prophète Isaïe, texte qui paraît dans un premier temps très obscur et difficile à comprendre. Pourtant, ce qui est à la source de ce texte visionnaire, et qui n'est pas un texte qui décrit de façon réaliste une scène que le prophète aurait vue, cette vision est la suivante : il s'agit d'un guerrier qui revient de la bataille avec Edom ce qui veut dire "le pays de terre rouge", et là-bas, il a mené un combat sans merci. Lorsqu'il revient, au moment même où le prophète le voit en vision s'approcher, le prophète pense qu'il est vêtu de pourpre. Il l'imagine comme un roi vainqueur qui défile avec son armée, vêtu précisément d'un manteau de pourpre. Et au fur et à mesure que la vision s'approche, Isaïe s'interroge et la vision elle-même lui parle pour expliquer ce qu'il a fait, il l'explique à travers une métaphore, celle du fouleur au pressoir. Là encore, il faut se rappeler comment on pressait les raisins à cette époque, il n'y avait pas encore l'outillage moderne des pressoirs mécaniques, on mettait les raisins dans la cuve, et les hommes entraient dans la cuve, pieds nus, et piétinaient les raisins. C'était une sorte de fête, on piétinait les raisins avec un certain rythme, comme une sorte de danse, c'était la joie de la vendange, peut-être aussi les premières effluves de l'alcool fermenté, il s'agissait là d'un événement festif.

La vision du prophète est double. Quand il dit qu'il a foulé solitaire, la vision dit qu'il a été le seul à mener le combat : "A la cuve j'ai foulé solitaire, pas un de mon peuple n'était avec moi". La lecture à la lumière de la mort du Christ a été éclairante pour comprendre cette vision. On a l'impression que le guerrier fouleur de vendange est pris comme par la fureur de l'ivresse du combat (on sait que l'on peut avoir une certaine ivresse du sang), le fouleur est furieux et il écrase et broie les ennemis et à ce moment-là, il a tellement piétiné l'ennemi comme un vendangeur foule le raisin, que son manteau est complètement trempé du jus de raisin.

Comment a-t-on pu comprendre cette scène ? Ce qui a séduit les lecteurs chrétiens c'est la combinaison de trois éléments. Le premier élément c'est la pourpre royale, le temps de la Passion, l'épreuve de la Passion qui sans doute se passe dans l'humiliation, dans l'échec, dans la crucifixion, mais celui qui est crucifié et qui est soumis à cet échec, celui-là est un roi. DATE \@ "d/MM/yy" D ans les plus anciennes icônes de la crucifixion, car on a hésité beaucoup à représenter le Christ crucifié, (on ne l'a pas fait avant le cinquième siècle), on y voit le Christ cloué sur la croix mais revêtu du manteau de pourpre. C'est donc un crucifié royal. Il combine à la fois la royauté et l'état de détresse du condamné qui est exhibé devant tout le peuple.

Le deuxième élément, c'est la scène de vendange et de pressoir des raisins. C'est le côté gigantesque et presque fou du combat de Dieu contre les puissances du mal. Edom et un peu l'ennemi héréditaire, le roi est allé au combat, pour le Christ les puissances du mal, et il s'est déchaîné. Le roi livre combat pour anéantir la puissance du mal qui tient captif le peuple d'Israël.

Le troisième élément, c'est la solitude. "A la cuve j'ai foulé solitaire". On a vu dans le comportement du guerrier vendangeur, le mystère de celui qui a combattu seul au nom de son peuple : "pas un de mon peuple n'était avec moi, et cependant, j'ai tenu bon dans le combat". Un seul est mort pour tous, c'est ce qu'on a lu et reconnu dans cette prophétie.

C'est pour cette raison qu'elle sert de transition avec l'évangile parce que la trahison de Judas surtout chez saint Jean, est compris comme le premier lâchage. Judas s'en va, Jésus lui dit : "Va faire ce que tu as à faire". C'est le premier qui se distancie du groupe des disciples qui commencent à fuir, à quitter le navire. C'est aussi pour cela que s'enchaîne directement la fausse prétention de Pierre : "Je déposerai ma vie pour toi", littéralement, je sacrifierai ma vie pour toi, et Jésus lui répond : oui, tu déposeras ta vie pour moi et d'ici quelques heures, tu m'auras renié trois fois. C'est l'annonce du deuxième lâchage.

C'est exactement l'illustration du texte d'Isaïe : "A la cuve j'ai foulé solitaire". C'est un peu ce mystère de la solitude du Sauveur qui, dans sa seule personne, est capable de rassembler et de déployer toutes les forces de salut qui vont rejaillir sur le peuple, même lorsqu'il est absent et qui sera ensuite par la puissance de la résurrection, réuni par le Christ pour être un seul peuple.

 

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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