AU FIL DES HOMELIES

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 PRES DE LA CROIX DE JESUS SE TENAIT SA MERE

Is 52, 13-53,12 ; Hb 4,12-16 + 5, 7-9 ; Jn 18, 1 - Jn 19, 42
Vendredi Saint - année C (25 mars 2016)
Homélie du Père Raphaël BOUVIER

 
Jésus donc, voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils ! » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit dans sa maison.» (Jn 19, 25-27)

 

Des 4 évangélistes, seul Saint Jean rapporte ses paroles de Jésus en Croix ; et pour cause : il est le seul à être présent ; tous les autres se sont débinés.  Il est rare que des informations proviennent d’une source aussi directe et sûre que celle-ci. C’est sur ces indications que je vous invite à écouter le récit de la Passion dans quelques instants ; en nous blottissant dans le côté de Marie comme le disciple bien-aimé. Pour la vivre comme Lui, en esprit, avec les yeux de Marie, avec le cœur de Marie, autant que possible. Cela sera sans doute plus facile à celles qui parmi nous sont mères, mais aussi peut-être plus douloureux.

 

Car si Marie était « près de la croix de Jésus » sur le Calvaire, cela veut dire qu’elle était à Jérusalem, ces jours-là. Et, si elle était à Jérusalem, cela veut dire qu’elle a tout vu, tout entendu.  Elle a été témoin de toute la Passion de son Fils et des cris de la foule :« Barabbas, Barabbas, crucifie-le, crucifie-le !… ». Elle a vu son fils exhibé au dehors, flagellé, couronné d’épines, couvert de crachats ; elle a vu son corps dénudé tressaillir sur la croix sous le frisson de la mort ; elle a vu les soldats se partager ses vêtements et tirer au sort cette tunique qu’elle avait probablement tissée elle-même avec tant d’amour. Elle a bu, elle aussi, à la coupe amère. «Vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s’il est une douleur pareille à la mienne ». Comme elles conviennent à Marie ces paroles du livre des Lamentations. Y a-t-il douleur humaine plus grande pour une femme que de voir mourir son enfant ? Probablement pas. Les obsèques les plus douloureuses sont celles qui conduisent une mère à mettre en terre le fruit de ses entrailles. Sans doute Marie  a espéré jusqu’au bout ne  jamais vivre ce moment terrible. Espérant que le cours des événements s’inverserait, que l’innocence de son Fils serait reconnue. Elle a espéré devant Pilate, mais rien. Elle a espéré tout au long du trajet vers le calvaire, mais rien. Elle a espéré jusqu’au pied de la Croix, jusqu’à l’instant où fut enfoncé le premier, et même le dernier clou. Elle a même espéré jusqu’au cou de lance car, cela ne pouvait être. Ne lui avait-on pas assuré que son Fils monterait sur le trône de David et qu’il règnerait pour toujours sur la maison de Jacob ? C’était donc cela le trône : la croix ? Mais peut-être va-t-il descendre de la croix, répondant à l’ultime provocation qui lui est lancée : « Si tu es vraiment le Fils de Dieu, descend maintenant de la croix, et nous croirons en Toi ». Mais non, rien.

 

Quelle douleur, quel déchirement… comme un glaive qui transperce de part en part son âme de Mère. Et pourtant Marie est Debout. Elle reste debout. Si sa douleur nous afflige, il nous faut cependant contempler cette scène jusqu’au bout. Et jusqu’au bout rester debout avec elle, par elle. Comment cela lui est-il possible ? Non pas par ses propres forces, elles sont maintenant anéanties. Ce qui la tient encore debout, c’est ce qui l’a tenu debout tout au long de la Passion, c’est la foi et l’espérance, véritables dons de l’Esprit Saint. Foi et espérance dont elle s’est nourrie tout au long du chemin pendant 3 ans, écoutant et gardant tout en son cœur, comme un disciple caché au milieu des autres, mais, à la présence constante et à l’attention du cœur permanente.

 

Oh oui, Marie a « espéré contre toute espérance », comme Abraham en son temps devant sacrifier son Fils. Elle a continué d’espérer en Dieu même lorsqu’elle voyait disparaître son ultime raison humaine d’espérer. Après la mort, Marie espère encore, Marie espère toujours. Elle croit toujours en la promesse de Dieu. Et ses douleurs de Mère prennent alors un autre relief, un autre sens ; celui d’un engendrement.

 

Au pied de la croix, la maternité de Marie n’est pas anéantie par la mort de son fils unique, mais elle se poursuit, elle se prolonge dans l’engendrement de L’Eglise. C’est là que Marie donne des frères et sœurs à Jésus. Des frères et sœurs qui sont rattachés au Christ par la Foi et l’Espérance. « Voici ta mère ». Le disciple bien aimé est le premier à entendre ces paroles, et à être engendré en prenant la place de Jésus. Jésus avait pris sa place au lavement des pieds, en vue qu’il prenne la sienne au pied de la Croix. Place de la victime qui meurt de notre péché, pour que nous prenions sa place de fils bien-aimé. Ce n’est pas seulement à Jean, mais à travers lui c’est à tous les disciples que sont adressées cette parole et cette promesse.  A ceux qui ont su rester disciple au cours de ces heures amères.

 

Et ce n’est pas chose aisée de rester disciple de Jésus dans sa Passion, de se laisser enseigner par la souffrance. Tout Fils qu’il était, il apprit de ce qu’il souffrit l’obéissance, commente l’épitre aux Hébreux. A ce moment-là, on serait plus tôt tenté de faire comme Pierre et de tirer le glaive pour défendre celui qui nous est cher ; rien de plus compréhensible. Ou alors de fuir, saisi par la peur et par l’horreur devant l’insoutenable qui apparaît comme l’échec définitif de la mission de Jésus.

 

Pourtant c’est bien par la folie de la Croix du Christ que l’on entre dans la sagesse de Dieu. Seule Marie peut nous donner de rester disciple à ce moment-là. Marie est notre Mère dans l’ordre de la grâce. Nous ne pouvons vivre de foi et d’espérance que si Marie nous engendre à cette vie de la Grâce. Ce n’est pas une option dans la vie chrétienne que cet accueil de  notre Mère. C’est un point de passage obligé. Jésus nous donne sa Mère, après que la Mère ait offert son Fils.

 

Et il arrive, et il arrivera toujours dans la vie chrétienne, des moments où nous avons besoin d’une foi et d’une espérance comme celles de Marie C’est lorsque Dieu semble ne plus écouter nos prières, quand on dirait qu’il se dédit et qu’il ne tient pas ses promesses, quand nous allons d’échec en échec, lorsque les puissances des ténèbres semblent triompher sur tous les fronts. Lorsque, comme le dit un psaume, Dieu semble « avoir, dans sa colère, fermé son cœur, et avoir oublié sa miséricorde ». Quand cette heure arrivera pour toi, souviens-toi de la foi et de l’espérance de Marie et crie : « Mon Père, je ne te comprends plus, mais je te fais confiance ». Dans cette heure-là, Marie saura t’apprendre à redire ta confiance au Père. Elle sera engendré en Toi l’enfant de Dieu qui dans les heures amères redis au Père : « j’aie confiance en Toi, j’aie confiance en Toi, en tes mains je remets mon Esprit »

 

C’est cela être enfant de Dieu ; garder une confiance indéfectible en Dieu notre Père. Une confiance Indéfectible, que rien, pas même la mort, ne peut altérer.

 

Au cœur même de la passion, Marie nous engendre à cette confiance indéfectible, à cette relation nouvelle à Dieu notre Père, à cette nouvelle naissance. Dans le cœur de Marie, le Père à trouver intact, et même plus fort que jamais le « oui »,  le « me voici » ! Du jour de l’Annonciation. Puisse-t-il, (en ces moments-là,) trouver également notre cœur prêt à lui dire « oui » et « me voici ! », j’ai confiance en Toi. Dans ces heures amères de la Passion prenons la main de Marie, pour nous laisser enseigner en gardant un cœur de disciple. Elle façonnera en nous le cœur du Disciple Bien Aimé à qui Jésus à donner sa place au près d’elle. Alors il nous sera donné de discerner avec lui la présence du Ressuscité au matin de Pâques. Et même il pourra nous être donné un jour de discerner son avènement complet dans la Gloire, à la fin des temps ; lorsque Dieu se fera tout en tous, et que tout lui sera enfin réconcilié dans Sa Paix.  

 

Oui, avec saint Jean, restons bien blottis dans le sein de Marie.

 

 
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