AU FIL DES HOMELIES

CE DIEU QUI NOUS AIME A EN MOURIR

Is 52, 13-15 + 53, 1-12 ; Hb 4, 14-16 + 5, 7-9 ; Jn 18, 1 – 19, 42.
Office de la Passion du Vendredi Saint – année B (30 mars 2018)
Homélie de Monseigneur Jean-Louis BRUGUES

Cette homélie n’est pas une homélie, plutôt une méditation, encore mieux, une introduction, car nous allons entendre solennellement proclamer le récit de la Passion selon saint Jean. Essayons de ne pas nous habituer : on s’habitue à tout, même à entendre le récit de la Passion, même à voir un crucifix. Le crucifix est tellement devenu pour nous un élément de notre univers, de notre mobilier, un objet usuel, un bijou peut-être, un enjeu politique, un litige judiciaire, comme il en va en ce moment dans plusieurs pays.

En réalité, il s’agit là d’un instrument de torture, c'est-à-dire d’une réalité atroce. Essayons de ne pas nous habituer à la croix. Cet homme, mis à la torture, qui meurt cloué sur deux poutres, c’est Celui-là même que les foules, quelques jours auparavant, dimanche, acclamaient et voulaient faire roi. Pourquoi autant d’inconstance, jusqu’à ce que nous découvrions que le reproche de versatilité que nous aurions spontanément envie de leur adresser, nous revient, à nous, comme un boomerang et nous touche de plein fouet ?

Cette foule, n’allons pas la chercher dans les replis de l’histoire : cette foule, c’est nous. N’est-ce pas ainsi que nous nous comportons envers Dieu ? N’est-ce pas là le péché, notre péché, en tout point semblable à celui d’Israël, que nous avons appris à repérer tout au long de ce Carême, nous qui nous révélons si changeants, si légers, en un mot si infidèles envers notre Dieu ? Cet homme, mis à la torture, qui meurt cloué sur deux poutres, c’est Dieu, le Dieu vivant, et pourquoi en est-Il là ? S’Il en est là, nous le savons bien, c’est parce qu’Il nous aime. On n’aime pas de loin, on aime de tout près. Et Jésus de Nazareth, c’est Dieu tout près, tout près de chacun de nous, comme l’un des nôtres, venu partager nos joies, nos peines, et jusqu’à notre mort. Il nous aime à en mourir.

Il y a davantage : aimer ce n’est pas seulement être avec, c’est être contre ce qui fait mal à celui que l’on aime, c’est s’attaquer à son mal, à son malheur, à sa misère, à sa malice, à son péché. Le Dieu Amour s’attaque à ce gâchis d’amour qu’est toujours notre péché, voilà pourquoi Il en est là, tel que nous allons pouvoir Le contempler au terme de la lecture de cette Passion, parce qu’Il s’est attaqué à cet esprit de mal qui nous assiège dès l’origine, et qui nous conduit, à travers tant d’inconstances, tant de défigurations, jusqu’à la mort, parce qu’Il a dit « non » à ce quelqu’un qui est le Malin. Il a été mis à mort.

Rappelez-vous, à l’autre bout de ces quarante jours qui se terminent, le premier dimanche de Carême, les premiers affrontements, les premiers "non" de Jésus : « Commande que ces pierres deviennent du pain puisque tu as faim », « Non » ; « Jette-toi du haut du Temple », « Non » ; « Une petite génuflexion devant moi ? », « Non ». Et ces "non" ont scandé toute la vie publique de Jésus, provoquant l’exaspération des Pharisiens, mais aussi l’admiration de ces foules que nous venons d’évoquer et qui voulaient en faire un roi. Nous en arrivons ce soir au "non" suprême, au suprême refus, celui de l’agonie, celui qui achève de déchaîner les forces du mal, du Malin. Jésus a dit « non » là où nous disons « oui », ce "oui" de notre péché, qui nous rend complices de ce prince du monde.

Voilà ce qui amène le Dieu vivant à cette arrestation, à cette comparution devant le Sanhédrin, puis devant Pilate et puis encore devant Hérode, à sa condamnation, à son exécution. Il nous a aimés à en mourir, et par amour, Il s’est attaqué à notre mal, à en mourir. Devant un tel amour, le Père, son Père, mais qui est aussi le nôtre, ne pourra pas séparer ceux qui désormais sont unis, son Fils premier né, mais nous aussi, ses fils adoptifs. Il ressuscitera le premier, comme Il le fera pour chacun de nous, pour chacun de nous, le moment venu. Cette mort est donc un passage, une Pâque vers la vie, vers la victoire sur le mal : on croyait que c’était l’heure du prince de ce monde, mais c’était en réalité l’heure de Jésus, du roi couronné d’épines, mais vainqueur de la mort.

Arrêtons-nous devant cette parole que nous allons entendre, et contemplons, contemplons ce Dieu qui nous aime à en mourir.

 
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