AU FIL DES HOMELIES

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NOTRE COMMUNAUTE EST CORPS DU CHRIST

Is 52, 13 – 53, 12 ; He 4, 12-16 et 5, 7-9 ; Jn 18, 1 – 19, 42
Vendredi Saint – année A (10 avril 2020)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

Cette homélie a été prononcée en studio pendant la période de confinement que nous connaissons, et communiquée à l’assemblée paroissiale par le site internet de la paroisse.

Bonsoir chers amis,

Descente de croix Gaudion NB1

Nous sommes actuellement en fin d’après-midi du Vendredi Saint. J’espère que ceux qui ont envie de mettre en œuvre un temps de célébration familiale ont bien reçu un schéma, un canevas. Comme ce qui est proposé est très développé – habituellement l’office du Vendredi Saint dure trois heures –, je vous propose de prendre simplement ce qui vous plaît et ce qui convient au petit groupe que vous formez.

Je voudrais simplement, comme je le fais tous les jours, introduire cette célébration – ou l’accompagner comme vous voudrez – par une brève méditation qui vous rappellera de façon très concrète notre église.

En effet, je vous propose en noir et blanc à cause du côté plus sobre, plus construit et plus sévère de l’image, ce très beau tableau d’André Gaudion. Cet artiste – parmi ceux que l’on appelle les "maniéristes" mais je trouve que ce n’est pas un nom tellement convenable – a peint comme beaucoup d’autres artistes une Descente de Croix, on appelle ça aussi une Pietà. Il l’a peinte de façon très originale car beaucoup de peintres se sont essayés à ce thème de la Pietà qui était très demandé, mais je trouve que lui-même a réussi quelque chose d’assez original et simple qui peut évoquer en nous quelque chose de très profond du moment que nous vivons aujourd’hui.

Comme vous le remarquerez, la composition de l’ensemble des personnages est d’une densité extrême. Il y a quand même sept personna

ges (le chiffre sept n’est sans doute pas tout à fait un hasard) : ceux qui sont au pied de la Croix comme habituellement mais avec en plus, tout à gauche, saint François, ce qui signifie peut-être que ce tableau a été peint pour une église de Franciscains mais nous n’en savons trop rien. Ces sept personnages sont construits d’une façon où ils sont tous comme entremêlés et cela nous dit quelque chose de très beau sur l’Eglise : l’Eglise n’est pas exactement ce qui est ordonné, construit, organisé par le Christ et tout ce que vous voudrez de procédés hiérarchiques. L’Eglise est cette espèce d’entremêlement de personnes et tout est noué autour du Christ. Pratiquement tous les personnages tiennent le Christ sauf le personnage en haut à droite (peut-être Marie, femme de Cléophas) qui soutient la Vierge Marie. Peut-être même les deux personnages du haut, les deux Marie (elle et Marie-Madeleine).

Cela nous dit quelque chose de mystérieux : le mystère de l’Eglise, c’est ceux qui s’accrochent au Christ et apparemment, c’est assez incroyable mais ce sont tous les vivants qui s’accrochent à un mort. C’est le mystère de la mise au tombeau, ce n’est pas une inhumation classique, ce n’est pas dans les règles de l’art, c’est juste le fait que tout le monde est là, tous ces six personnages sont là autour et ils ont besoin, pour trouver leur unité, d’être tous unis et attachés au Christ.

Ce qui fait le lien, c’est l’entremêlement des mains et des corps autour du corps de Jésus Lui-même de telle sorte que nous retrouvons

là, sans le vouloir, ce thème du confinement et de la distanciation. Cela veut dire que c’est quelque chose de très profond dans le cœur humain et dans la manière d’être humaine : le corps, c’est le lien. Bien sûr, il y a ensuite le lien par l’amour, par la connivence, par l’intelligence etc… mais ici le corps, c’est le lien. C’est cela que Gaudion a voulu nous dire d’une façon tout à fait originale car la plupart du temps, on voit des personnages surtout féminins qui se pâment, qui se renversent. Ici, c’est un essaim.

Nous avons la chance d’avoir ce magnifique essaim dans notre église et il est pour ainsi dire le symbole même de notre communauté ce soir. Nous sommes certes isolés, confinés, invités à garder des distances pour des raisons de sécurité et d’hygiène mais en réalité, nous sommes quand même cet essaim. Au moment même où dans le monde, quatre milliards de personnes sont confinées, l’Eglise est comme cet essaim que nous voyons représenté ici par Gaudion.

Au moment où nous accompagnons le mystère du Christ dans sa mort, que cela nous aide à retrouver avec toute la profondeur, toute la confiance et toute l’espérance voulues, le fait de savoir, comme le dira saint Paul plus tard, que nous sommes un seul corps, nous sommes le corps du Christ.

 
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