AU FIL DES HOMELIES

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QUI EST MON ROI ?

Is 52, 13-53,12 ; Hb 4,12-16 + 5, 7-9 ; Jn 18, 1-9+42
Vendredi Saint - année B (10 avril 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


 

Bonnieux : Voici votre roi !  
En ce jour du vendredi saint, le jour où nous célébrons la Passion du Christ, chaque sillon repéré, vécu, repris notamment avec la tradition du chemin de croix tel qu'il a été mis en place particulièrement dans le Moyen-Age, de fait, nous pourrions avoir tendance à nous laisser focaliser par ce tronc enraciné solidement qui nous représente ce chemin de la Passion du Christ, tous nos regards tournés vers le Christ. 

       Mais ce soir, avant d'écouter la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Jean, j'aurais voulu vous faire goûter un fruit, une fleur d'une de ces branches un peu éloignée ou inhabituelle de cette Passion telle que nous la connaissons. Ce fruit qui c'est tout simplement un petit extrait de ce texte que nous allons entendre dans quelques minutes, passage auquel nous ne faisons peut-être pas toujours attention. Jésus est en train d'être jugé par Pilate, et Pilate dit aux juifs : "Voici votre roi ! Alors ils crièrent : à mort, à mort, crucifie-le. Pilate leur dit : vais-je crucifier votre roi ? Les chefs des prêtres répondirent : nous n'avons pas d'autre roi que César".

       "Nous n'avons pas d'autre roi que César". Il est vrai que cette phrase peut trouver tout à fait son sens à travers une explication historique et brève. La nation juive au début de ce premier siècle, comme toutes les nations, ne supporte pas d'être oppressée par un gouvernement étranger et parmi les juifs, il en est qui se lèvent pour essayer à tout prix de chasser l'occupant romain. Mais il est vrai aussi que la nation des juifs a ceci de particulier qu'elle n'a pas d'autre roi si ce n'est Dieu. Dieu est le roi de son peuple. Dieu a voulu au départ régner en maître sur son peuple à tel point qu'il n'y avait pas d'autre roi si ce n'est ce que nous avons appelé des Juges, c'est-à-dire certaines personnes, certains hommes et certaines femmes qui, à un moment donné, recevaient l'autorité dévolue à Dieu pour exercer cette autorité et ensuite se retiraient du pouvoir. Ce n'est que le jour où certains juifs ont dit : nous voulons un roi comme les autres peuples, que Dieu, bon an mal an, comme les parents avec leurs enfants s'est dit : très bien, le peuple veut un roi, il aura un roi, mais ce sera un roi tiré de mon peuple au service de mon peuple. 

       Ce petit détour rapide sur l'histoire de la royauté en Israël est très important. Je continue à poser un dernier élément. Quand nous entendons la Passion de Jésus-Christ, bien sûr, nous sommes focalisés par la Passion du Christ, mais, et plus particulièrement chez saint Jean, c'est la Pâque des juifs qui est célébrée. Nous bien sûr, nous ne voyons plus que le Christ, le Fils de Dieu arrêté, bafoué, flagellé, mis à mort, mais ce que le peuple des Hébreux est en train de célébrer à ce moment-là, c'est la Pâque. Qu'est-ce que c'est que la Pâque si ce n'est le Dieu roi qui, dans toute sa puissance à mains fortes et bras étendus, sort ce peuple de l'esclavage de Pharaon pour lui donner une autre fonction de serviteur. Israël traversant la Mer Rouge passe de l'esclavage avec Pharaon à un service libérateur pour Dieu qui est le roi. 

       C'est cela que les juifs sont en train de fêter au moment où on se prépare à mettre à mort Jésus. La libération, et aussi le fait que les Hébreux passent de l'esclavage à la libération tout en restant quand même au service du seul roi qui est Dieu. Si le moment n'était pas aussi important et dramatique pour nous, je trouve assez drôle le côté pernicieux de Ponce-Pilate qui réussit à retourner comme une crêpe les juifs, et à leur faire avouer ce qui va complètement à l'encontre des fondements d'Israël. Ponce-Pilate réussit à faire dire au grand-prêtre : "Nous n'avons pas d'autre roi que César !" Autrement dit, alors que la vraie Pâque devrait être célébrée il y a comme une anti-Pâque qui est en train de se mettre en place dans ce milieu avec une autre Pâque qui est la Pâque du Fils de Dieu. 

       Je pense qu'il faut surtout écouter la Passion de saint Jean, mais ceci n'est pas une conversation uniquement de type intellectuel, vous l'aurez bien compris. Quand nous fêtons la Pâque, nous fêtons nous aussi le passage de notre propre esclavage au péché à la liberté que le Seigneur nous a donnée par sa mort et sa résurrection et que nous recevons au baptême. Exactement comme ces juifs, nous avons aussi à chaque instant de notre vie à nous poser cette question : qui vais-je laisser régner dans mon cœur ? Est-ce que je vais laisser régner dans mon cœur Pharaon, César, ou tous les noms que vous pourriez donner aux autorités humaines qui nous soumettent à leur esclavage  et par conséquent quitter la raison pour laquelle nous sommes faits : être libres, être enfants de Dieu ? Ou bien est-ce que nous nous disons, même si c'est difficile : non, César ne régnera pas sur moi ? 

       Frères et sœurs, écoutons ce soir la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, mais n'oublions pas que cette Passion ce sont les passions des hommes et des femmes à la fois du temps du Christ, et les nôtres en ce jour. 

       AMEN 


 

 

 
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