AU FIL DES HOMELIES

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ÉGLISE, REÇOIS TON DIEU DANS TES BRAS

Is 52, 13-53,12 ; Hb 4,12-16 + 5, 7-9 ; Jn 18, 1-9+42
Vendredi Saint - année A (17 avril 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Saint Jean de Malte : Delacroix - Crucifixion

Tout est accompli. Peuple de Dieu, Église de Dieu, son épouse et sa bien-aimée, tu es ce soir au pied de la croix et tu ouvres les yeux. "Regarde ma fille, regarde et tends l'oreille", car il faut que tu contemples ton Roi dans sa mort. Tout est accompli. Il est allé dans le jardin, le jardin où il voulait te rencontrer, Lui l'Epoux bien-aimé, pour rencontrer l'Épouse, pour prier pour elle. Et c'est Judas qui est venu pour le trahir. "Voici l'Époux qui vient" et c'est la trahison. Ils sont venus avec des torches, avec des lances, pour mettre la main sur Lui, alors qu'il avait dit : "Je suis". Ils ont mis la main sur celui qui est.

Puis, dans une parodie de procès, ils l'ont conduit devant le grand prêtre, chez Anne, devant Caïphe, parce "qu'il valait mieux qu'un seul homme meure pour tout le peuple." Et Lui, Il était le grand prêtre, le seul prêtre véritable, qui venait déchirer le rideau des cieux pour que nous puissions entrer avec Lui dans sa gloire. On l'a conduit, on l'a emmené chez Pilate et Pilate l'a défiguré, l'a fait flageller et il l'a désigné aux foules par dérision : "Voici l'homme", l'Homme des douleurs, familier de la souffrance. Regarde, Église de Dieu : "Voici l'Homme". Et puis, vêtu de pourpre, par dérision pour Israël, "voici votre Roi". Oui, qu'il entre le Roi de gloire que la terre s'ouvre et accueille le Sauveur et que germe le salut ! On l'a conduit sur le chemin de la croix, Lui qui avait dit : "Je suis la Voie, la Vérité et la Vie". On s'est moqué de Lui, on l'a calomnié, Lui qui avait dit : "Je suis la Vérité". On a partagé ses vêtements, alors qu'Il avait prié pour que tous soient un, comme Lui et le Père ne sont qu'un. On s'est approprié sa tunique, Lui qui a revêtu l'homme et l'univers de splendeur et d'éclat. Il a crié : "J'ai soif", Lui qui est la source de vie. Et nous, ce soir, peuple de Dieu, nous sommes devant ce cadavre qui pend à la croix.

Tout est accompli. Nous sommes comme ces princes dont nous parlait le prophète Isaïe qui sont bouche close, ne sachant pas quoi dire devant la croix du Seigneur Jésus-Christ, car il n'y aura jamais de paroles, fut-ce celles des évangiles, pour exprimer pleinement et totalement le mystère, le mystère de cet homme-Dieu, qui en mourant pour nous accomplit toute chose. Peuple de Dieu, les mots que tu reçois ce soir, ce ne sont pas simplement des mots, car il faut que tu reçoives dans tes bras le corps de ton Christ, ton Enfant béni, il faut que tu reçoives dans tes bras le Verbe de Dieu.

Frères et sœurs, nous sommes ce soir l'Église, symbolisée par Marie qui reçoit au pied de la croix le corps de son Fils mort. Et le poids de cette chair, le poids de ce corps anéanti, défiguré par la souffrance, voilà qu'il pèse sur nos mains, sur nos bras et sur notre cœur. Oui, frères et sœurs, que chacun d'entre nous, à travers les mots de la Passion que nous allons entendre, et par-delà les mots refasse ce geste de recevoir le corps livré, le sang versé. Oui, c'est à ce moment-là plus qu'à tout autre moment que s'accomplit en vérité cette parole : "Ceci est mon corps livré et qui vous est remis entre vos mains. Ceci est mon sang qui a été versé pour vous". Il nous faut contempler quelques instants ce corps anéanti, défiguré, caricaturé par la souffrance. Et d'abord ce corps est ce que Dieu avait reçu de notre race humaine. Le Fils de Dieu avait voulu naître parmi nous Lui qui était depuis toujours, voici qu'il avait voulu recevoir humblement son corps tissé de notre chair, né de la vierge Marie et de la lignée de tous ceux qui l'avaient attendu et espéré. Il avait reçu de la vierge Marie et de la lignée de tous ceux qui l'avaient attendu et espéré. Il avait reçu de l'humanité sa chair, excepté le péché.

Et voici que nous l'avons meurtri, et voici que nous l'avons défiguré dans son humanité. Voici que tout notre péché, toute notre détresse, toute notre souffrance et toute notre révolte se sont avancés vers Lui comme une énorme vague et se sont déversés sur Lui pour l'écraser, pour le gifler, pour le souffleter. Voici que notre cœur de révolte, notre cœur de dureté et d'inconscience s'est retourné contre l'innocent, contre celui qui n'ouvrait pas la bouche. C'est cela que nous avons à contempler ce soir. C'est le corps d'un innocent marqué par la souffrance. Nous pouvons voir en Lui comme en un miroir tout le poids de notre péché et tout le poids de notre haine, tout le poids de notre oubli et tout le poids de notre inconscience. "Homme des douleurs, familier de la souffrance, c'étaient nos péchés qu'Il portait", c'était vraiment notre péché qui avait tailladé sa chair et qui s'est inscrit sur les paumes de ses mains et sur ses pieds à travers les clous et dans son cœur, à travers la lance.

Et c'est le corps d'un Enfant, c'est le corps de cet Enfant qui est aux pieds de Dieu de toute éternité et qui Lui dit tout simplement : "Voici, Père, je viens et je viens pour faire ta volonté, et je viens pour prendre ma joie parmi les fils des hommes car Tu m'as façonné un corps". Et nous, nous n'avons pas voulu danser avec Lui. Et nous n'avons pas voulu être des enfants avec Lui, nous n'avons pas voulu jouer avec Lui et prendre notre joie avec Lui. Alors n'y tenant plus, Il a tout accepté. Si nous ne voulions pas danser quand Il était enfant parmi nous, quand Il jouait de la flûte pour nous inviter à danser et à nous réjouir le cœur d'être avec Dieu, Il a pensé qu'il y avait peut-être quelque chose de plus irrésistible que l'invitation à la danse et au chant. Il a pensé que devant son corps d'Enfant innocent, meurtri par la souffrance, nous ne pourrions plus résister. "Tu m'as séduit Seigneur, et je me suis laissé séduire". Tu n'avais ni beauté ni éclat, mais au moment où ton corps était ravagé par la souffrance, ton peuple a commencé à reconnaître que Tu étais vraiment le Fils de Dieu. Ce que tu n'avais pu réaliser, parce ce que notre cœur était trop dur, en nous invitant à la joie, il faut que nous le voyions ce soir face à face : cette chair meurtrie c'est nos péchés qui l'ont meurtrie, c'est nous qui t'avons refusé.

"Tu m'as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire. Tu m'as séduit Seigneur, pour que je sois ta Bien aimée, ton Église, ton Peuple. " Et c'est pourquoi moi, ton Église, je porte dans mes bras Ton corps, le corps de mon Sauveur, c'est ton corps livré pour moi, c'est ton sang versé pour moi. Vraiment, le fardeau est léger et le joug est très doux. Seigneur ce que je porte ce soir dans mon cœur c'est ta présence et le poids de ta gloire et même si je porte ton corps mort, je crois que je tiens déjà dans mes mains la semence de l'immortalité et de la Résurrection !

 

AMEN

 
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