AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST SUR LA CROIX DU MONDE LA CROIX, L'ESPÉRANCE, LA JOIE

Is 52, 13-53,12 ; Hb 4,12-16 + 5, 7-9 ; Jn 18, 1-9+42
Vendredi Saint - année A (17 avril 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Tu es là, Maître de l'univers qui fus élevé sur le bois de la croix, Tu t'es fait péché afin de sau­ver les hommes de leur péché.

Tu as été raillé, outragé, car Tu voulais nous sauver, nous tirer du péché où notre refus d'amour nous avait enfoncés.

Mais Seigneur Dieu nous avons une ques­tion :

Si ta croix est le signe de ton amour pour nous, à quoi servent, quel est le sens de tous ces cris d'hommes, de tous ceux qui souffrent, de tous ceux qui ont peur et qui crient vers Toi, ceux qui disent "pourquoi m'as-Tu abandonné ?"

Toi qui, une fois pour toutes, nous as sauvés du péché, entends-Tu les cris des innocents, de tous ces malheureux que le monde charrie, cet immense cri de douleur et de malédiction qui monte de l'histoire du monde ?

Il y a bien longtemps que Tu es monté sur cette croix, et quel sens a pour nous aujourd'hui notre propre souffrance, notre propre peur, notre malheur ?

O Dieu, pourquoi dans cet événement, si humble et si dramatique en même temps, qui est ton agonie sur la croix, toute l'histoire du monde se trouve-t-elle rassemblée ? Certes ta mort sur la croix appartient en quelque sorte à l'histoire des hommes, elle s'est passée il y a bien longtemps, dans ce monde où Tu as pris chair, où Tu t'es incarné, mais mainte­nant sur cette terre, aujourd'hui, ce soir qu'avons-nous à dire aux hommes qui souffrent, aux hommes qui meurent, aux hommes qui n'ont pas d'espérance ? qu'avons-nous à dire d'autre que ce Christ qui est en croix et qui les a sauvés ? Comment réveiller dans leur cœur cette espérance qui devrait être la nôtre quand nous fixons nos regards sur Celui qui nous aime tel­lement qu'Il s'est fait péché ?

Frères et sœurs, en vérité la croix du Christ n'appartient pas à l'histoire de ce monde, mais c'est plutôt l'histoire de ce monde et notre histoire à chacun de nous qui appartient à la croix. Il n'y a pas de plus grand événement que la mort du Christ. La mort du Christ envahit tout, rassemble tout, récapitule tout, elle est toutes les douleurs même celles qui n'ont ja­mais existé, elle est toutes les souffrances même cel­les que nous ne pouvons imaginer. Notre histoire est déjà contenue dans celle du Christ. La mort du Christ, c'est le centre de ce monde, c'est pourquoi le monde continue à être, c'est pourquoi le monde a été et sera, c'est pourquoi il est encore rempli de pleurs, c'est pourquoi les hommes continuent à crier leur déses­poir, car notre vie à nous aujourd'hui, quel sens a-t-elle si ce n'est Jésus de nouveau crucifié ? Notre pro­pre souffrance est contenue dans les larmes d'angoisse du Christ, nos propres doutes sont contenus dans son cri sur la croix. Tout est rassemblé en ce moment unique où le Christ a donné sa vie et a versé son sang pour chacun de nous. Nous appartenons non pas à ce monde, mais nous appartenons à la croix, car c'est là le sens de notre vie, et notre vie est la croix du Christ, elle est participation à cette croix du Christ.

En chacun de nous, en chaque acte, en chaque événement, en chaque souffrance, en chaque doute, c'est de nouveau le Christ qui vit sa croix, car le Christ vit en nous, et se renouvelle comme toujours cette Passion qui ne cessera qu'à la fin des temps.

Frères et sœurs, au centre du monde est planté l'arbre nouveau, la croix du monde, c'est le Christ qui nous assure que la victoire est finale, et pourtant elle est encore en marche, il y a encore une histoire à faire, même si cette histoire est déjà contenue dans celle du Christ, pourtant elle se renouvelle et recom­mence chaque fois en nous.

Et qu'avons-nous à dire face à la souffrance, face à ceux qui meurent, face à ceux qui désespèrent, Si ce n'est que déjà ils sont contenus, compris dans Celui qui nous a tellement aimés qu'Il nous a pris avec Lui sur la croix ?

Alors, au pied de cette croix nous découvrons ce mot terrible, ce mot qui s'appelle l'espérance, qui n'est pas cet assemblage de faux-fuyants ou d'illusions ou de souhaits ou de désirs, mais l'espérance ne peut naître que du côté du Christ, elle ne peut naître que lorsque l'homme Dieu est nu et que nous aussi nous avons détruit en nous, toutes ces fausses illusions et que nous nous remettons, les fixant sur cette croix, en disant : "Je n'ai rien d'autre que Toi, je n'ai rien d'autre que ta croix".

La véritable espérance, elle est là, elle naît au moment même où le Christ meurt, elle naît parce que je suis nu en face de Lui et que je n'ai rien d'autre que d'espérer. L'espérance, elle est folle, elle n'est pas raisonnable, elle est un don fait par le Christ Lui-même qui s'enracine en nous parce que le Christ vit en nous et qu'Il a posé en nous cette espérance et que déjà sur la croix luit une autre lumière, que nous ne savons pas par notre histoire, que nous ne savons pas par les pleurs ou les grincements des malheurs de ces hommes. Mais cette espérance, elle vient de naître là dans l'agonie du Fils de Dieu, elle est belle cette espé­rance, elle est nue, rien ne peut la détruire, car elle ne correspond à rien, elle correspond simplement à cet immense amour de Dieu qui donne sa vie et qui la fait naître en chacun de nous et qui, à chaque péché se trouve de nouveau crucifié et qui, dans chaque souf­france, se trouve de nouveau souffrant. Alors Dieu fait renaître cette espérance, la fait rejaillir afin que nous nous en nourrissions, que nous devenions des espérants, de ceux qui savent que dans cette commu­nion où Christ qui vit en moi, dans cette intimité pro­fonde de Celui qui prend ma chair, je peux m'appuyer sur Lui, m'appuyer sur sa croix, et faire de sa Résur­rection ma véritable espérance.

Frères et sœurs, notre foi de chrétiens, notre foi de communiants d'amour ne peut être ni morne, ni maussade, ni guindée, elle est fixée sur Celui qui va mourir, elle naît de son côté, car en nous vit, jour après jour, cette croix du Christ.

Plus loin encore, il nous faut parler de joie, car au-delà de l'espérance, au-delà de ce message de paix, que le Christ nous sauve et qu'Il est vivant en nous, au-delà de ce regard que nous avons sur Lui et qui nous fait ouvrir en nous cette véritable espérance nue et dépouillée, il y a véritablement la joie de re­connaître que Dieu nous a tout donné. Et ce n'est pas là une joie terrestre, ce n'est pas là un bonheur pure­ment humain, mais c'est là aussi le sens de notre vie, vers quoi elle va, vers où elle tombe ou vers où elle s'élève. Invités à communier profondément à cette joie quelque peu absurde, difficile mais qui est celle qui ne peut se heurter à la mort, même pas à celle de Dieu. La joie c'est comme ce passage ouvert déjà rempli de lumière et qui nous dit : "C'est par là que tu passes aujourd'hui, c'est là que Je vais te tenir la main".

Frères et sœurs, en votre cœur, en notre cœur vit et est crucifié aujourd'hui le Christ. Non, ce n'est pas un châtiment, non, ce n'est pas une peine qui nous est infligée mais c'est une demande de Dieu de com­munier à sa vie. Et c'est là que réside la joie la joie consiste à vivre non pas en tant qu'hommes, mais à vivre de la vie même de Dieu qui jaillit du plus pro­fond de nous-mêmes, qui jaillit de cette croix, de ce côté ouvert, de ces railleries, de ces moqueries, de ce visage défiguré. C'est là que peut naître la véritable joie, car en nous Dieu vit.

Alors nous avons à devenir, à travers ces dif­férentes croix, Jésus et un Jésus total et chaque acte de notre vie devient un nouvel événement pour Dieu, il prend toute sa plénitude dans cette croix du Christ et dans ce qu'elle annonce. Chaque chose que nous vivons n'a de sens que par rapport à cette croix, vers où elle se dirige et vers où elle nous emmène. Notre espérance de chrétiens, frères et sœurs, c'est à genoux qu'il faut la voir, que ce soit la vie qui nous ait mis à genoux ou que ce soit nous-mêmes qui nous soyons jetés à genoux aux pieds du Christ. C'est à Lui de nous relever, c'est à Lui de faire grandir ce cœur et d'éveiller en nous cette véritable espérance, cette vé­ritable joie. Et nous avons, nous chrétiens, qui célé­brons ce soir la Passion de notre Dieu nous avons à devenir des témoins de cette joie profonde, réelle de la vie de Dieu qui vit en nous, et qui ne cesse de vivre en nous, et qui ne cesse de jaillir, de continuer de jaillir parce que le Christ est mort en nous pour vivre de nouveau.

Frères et sœurs, je termine cette méditation qui nous mène de la croix à l'espérance, à la joie et vous sentez bien que ce ne sont que de pauvres mots humains qui sont bien infirmes devant le mystère devant lequel nous sommes. Lorsque nous parlons d'espérance nous parlons d'espérance de Dieu pour nous, pour chacun de nous.

Claudel écrivait ces quelques mots sur la joie : "Fais leur comprendre qu'ils n'ont pas d'autre devoir au monde que de la joie, la joie que nous connaissons, la joie que nous avons été chargés de leur donner, fais leur comprendre que ce n'est pas un mot vague, un insipide lieu commun de sacristie, mais une horrible, une superbe, une absurde, une éblouissante, une poignante réalité, et que tout le reste n'est rien auprès, quelque chose d'humble et de matériel et de poignant comme le pain que l'on désire, comme le vin qu'ils trouvent si bon, comme l'eau qui fait mourir. Si on ne vous en donne, comme le feu qui brûle, comme la voix qui ressuscite les morts".

 

AMEN

 

 

 
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