AU FIL DES HOMELIES

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LA PASSION DES SEPT SACREMENTS

Is 52, 13-53,12 ; Hb 4,12-16 + 5, 7-9 ; Jn 18, 1-9+42
Vendredi Saint - année C (17 mars 1992)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Elle culmine à soixante sept mètres sur le quar­tier Mazarin, la croix en haut de ce clocher de l'église de saint Jean de Malte. Elle est à quelques près de mille mètres sur la Sainte Victoire. Et tous ceux qui sont à Aix peuvent voir le signe des chrétiens.

La croix, signe visible, signe familier de notre culture, de nos sociétés, elle fait partie du paysage. Elle domine toute simple et ordinaire au-dessus de nos têtes, accrochant le ciel. Mais la croix vient de notre terre : des éléments tout simples la composent, deux bouts de bois, un vertical, un horizontal, un pour nous dire toute la transcendance de Dieu qui nous appelle vers le haut, un autre pour nous dire que cette croix est de la terre et qu'elle est de notre humanité. Elle est composée de bois. Le bois, c'est tiré de l'ar­bre, l'arbre, c'est un végétal qui produit des fruits, c'est vivant. Voilà ce qui domine nos têtes sur ce quartier Mazarin. Sur la ville d'Aix. Et pourtant, ce signe c'est ce qui doit changer nos vies, c'est ce qui radicalement doit les transformer. Car l'arbre de la croix, c'est l'ar­bre de la vie. Cela semble facile à dire, et pourtant dans ce pays et à l'époque de Jésus, une croix, c'est scandaleux, une croix, c'est ignoble, une croix, c'est la honte. Et nous avons mis au-dessus de tout un signe aussi dérisoire, aussi minable, aussi glorieux.

Pourtant cette croix, comme nous allons le chanter est devenue notre gloire. Cette croix est deve­nue notre salut, car le Fils de Dieu est mort sur cette croix. Personne, en terre d'Israël, n'aurait pu penser qu'un cadavre puisse devenir source de salut, quand on sait que, pour les juifs, le cadavre c'est impur et qu'il faut vite le cacher, le faire disparaître. Pourtant nous avons fait de ce corps martyrisé la source même de notre vie. Personne à l'époque de Jésus, n'aurait osé regarder en face cette croix comme le signe d'une victoire, mais plutôt comme le signe d'une défaite et d'une honte, car il n'est pas de bonheur que ce qui arrive, en cette terre, de vrai et de bon. Ni la mort, ni la souffrance, ni le sacrifice n'est source de rédemp­tion. Pourtant encore aujourd'hui, c'est ce qui donne à des chrétiens du quartier Mazarin, à des personnes de toute la ville d'Aix, à tous ceux qui obéissent au Christ de pouvoir croire, connaître, savoir et apprécier tout le salut qu'apporte cette croix.

La croix, source de vie, source de salut. C'est le Christ écartelé qui en est le signe, qui en est le moyen.

Source de vie. Nous connaissons, nous les chrétiens, notre source de vie. Nous savons que nous recevons par l'Église les dons mêmes de la vie, de ce qui nous est nécessaire pour pouvoir grandir, pour pouvoir aimer ce Dieu qui s'est fait si petit, si humble, pour nous. Quand l'Église nous donne de vivre les sacrements, nous recevons la plénitude de la vie de Dieu dans chacun des sept sacrements. Mais cette plénitude de vie de Dieu, ces sacrements n'ont qu'une origine le Christ, sacrement du monde, le Christ en sa Passion vivant la souffrance, allant la racheter, connaissance dans chacun des pores de sa peau la terrible angoisse au jardin de Gethsémani, la souf­france physique des coups de fouet, l'intenable cal­vaire de tout un temps passé à cette Passion, à cette Pâque douloureuse, mortelle.

Christ, sacrement des malades, Christ vivant dans son corps ce que chacun de nous peut recevoir dans la souffrance physique ou mentale une compas­sion de l'homme Dieu, mais plus encore non pas tant une explication qu'une vie vécue profondément jus­qu'au bout dans la mort, pour que toute souffrance, pour que toute maladie, pour que toute détresse, pour que toute angoisse ne soient pas une fin en soi, mais puissent trouver dans la souffrance de cet homme la source même d'un salut. De toutes les spécificités de notre monde, de toutes les possibilités de notre monde, de toutes les possibilités humaines de notre terre, Dieu choisit cette croix pour nous sauver.

Christ sacrement de la réconciliation, Christ, comme le disent les Écritures, mort pour nos péchés, Christ vivant dans sa chair la blessure occasionnée par le refus de l'homme face à Dieu, Christ allant jusqu'au bout de cette blessure pour la soigner radicalement, pour que l'homme ne soit plus séparé, pour être ré­conciliation entre deux bouts de bois, un planté vers le ciel, l'autre transversal pour perforer sa transcendance pour que la terre et le ciel trouvent une union pour que tous les hommes puissent vivre le sacrement de la paix, le sacrement de l'amitié de Dieu, le pardon d'une vie donnée.

Christ sacrement de notre salut, vivant en Lui-même le propre baptême de chaque chrétien. Ce baptême qui nous fait, nous chrétiens, passer de la mort à la vie, mais c'est le Christ qui le vit le premier ce passage, cette Pâque, Lui l'Eternel, l'impassible, Celui qui est à la source même de nos vies va connaî­tre la mort pour aller nous rechercher au plus bas, pour que personne ne puisse être exempt du salut de Dieu, pour que chacun puisse passer des ténèbres à son admirable lumière. C'est ce corps qui fait cette Pâque.

Christ sacrement de notre salut. En son corps, Il vit la confirmation que reçoivent tous ceux qui veulent témoigner dans leur vie qu'ils appartiennent à l'Église et qui font de cette Église un corps vivant, constitué. Christ achève en son corps le baptême, confirme en chacun de nos actes l'acte de sa Pâque. Confirme que nous pouvons désormais porter et té­moigner de l'amour de Dieu pour les hommes. Christ confirme l'amour du Père pour chacun d'entre nous, il dit : "tout est achevé", Il remet l'Esprit et nous donne de vivre cette plénitude de l'Esprit, de vivre une vie vécue dans l'amour témoignage de l'amour de Dieu vivant en nous.

Christ sacrement de notre salut, le seul et uni­que Prêtre, Christ sacerdoce éternel, seul capable pour chacun d'entre nous d'intercéder auprès du Père, seul capable d'offrir l'unique victime qui puisse racheter chaque homme. Il est médiation et unique médiateur, Il vit le sacrifice, il le donne en s'offrant dans sa vie, sans son corps, dans son âme. Il vit comme Prêtre la seule liturgie capable d'être agréée aux yeux de Dieu. Il est sacerdoce, il offre et est offert dans son être. Christ sacrement de notre salut en son corps, Il dit : "Prenez, mangez : ceci est mon corps", Il dit : "Pre­nez, buvez : ceci est mon sang". Il ne se contente pas de paroles, Il agit. Ce corps précieux, il le donne, ce sang inestimable, Il le verse. C'est la nourriture d'un corps défiguré, d'un sang qui perle sur tout son corps. C'est cela qu'Il nous offre. Comme un agneau mené à l'abattoir pour nourrir sans fin l'humanité.

Christ sacrement de notre salut, sacrement du mariage. C'est aujourd'hui que nous célébrons les noces, c'est aujourd'hui que le vin coule à flot. C'est aujourd'hui qu'en s'endormant sur la croix naît du côté transpercé, l'Église. C'est de ce corps, c'est de la pro­fondeur de ce cœur, c'est des entrailles c'est-à-dire de la miséricorde physique de Dieu que naissent les épousailles. C'est de ce corps livré pour son Epouse que naît la vie.

Christ sacrement de notre salut, c'est ce que nous fêtons aujourd'hui, c'est ce que nous avons mis sur notre clocher. Et plus profondément, c'est ce que nous devons mettre dans notre corps, dans notre es­prit, c'est ce corps du Christ livré pour nous. C'est bien là l'arbre de la vie.

Frères et sœurs, aujourd'hui nous ne célébrons pas de messe, nous ne célébrons pas de mariage, nous ne célébrons pas de baptême, nous ne célébrons pas de confirmation, Car au cours de cette liturgie, nous célébrons le sacrement, nous célébrons le Christ qui, dans son corps, réalise l'union, la communion, l'al­liance de tous les hommes avec leur Dieu. C'est ce corps, ce cadavre qui est la source même paradoxale­ment de la vie de chacun des chrétiens. En ressusci­tant, le Christ achèvera cette union, mais il fallait qu'elle soit scellée dans le sacrifice de la croix. Et c'est pourquoi la croix est bien notre victoire, la croix est bien notre gloire. C'est pourquoi ce n'est pas un culte morbide, c'est notre sacrement que nous venons célébrer.

En embrassant cette croix tout à l'heure, nous sommes comme Joseph d'Arimathie qui vient recueil­lir le trésor le plus précieux : un corps désaxé, dé­charné, défiguré pour être transfiguré, pour être tout retourné vers Dieu, pour être tout racheté dans la plé­nitude de sa vie. En recevant le corps de Jésus, ce corps sacrifié nous recevons le sacrement de l'amour de Dieu pour tous les hommes.

 

 

AMEN

 

 
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