AU FIL DES HOMELIES

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MARIAGE D'AMOUR

Is 52, 13-53,12 ; Hb 4,12-16 + 5, 7-9 ; Jn 18, 1-9+42
Vendredi Saint - année A (2 avril 1999)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Parmi tous les événements humain. Il y en a qui sont souvent très émouvants. Qu'y a-t-il de plus émouvant qu'un mariage ?

Peut-être avez-vous eu l'occasion, déjà parce que vous êtes marié, parce que vous préparez le ma­riage de vos enfants ou parce que vous avez tout sim­plement participé déjà à un mariage, goûter à la joie, à l'empressement qu'il peut y avoir à préparer ce ma­riage, à l'émotion qui peut étreindre tel ou tel, selon d'ailleurs que l'on se marie ou que l'on prépare quel­qu'un au mariage. Et il est vrai que s'il y a un regain du mariage, on sent bien combien, quand il s'agit de se préparer avec un peu plus d'intensité à cette céré­monie qui va avoir lieu, qu'on est à la fois un peu stressé et angoissé peut-être, et puis on veille à ce que tout soit parfait, que la touche finale soit belle, et que tout le monde puisse être heureux de partager un ins­tant de bonheur, sans parier sur l'avenir, mais au moins de partager ce qui fonde une réalité aussi im­portante qu'un homme et une femme qui veulent se donner l'un à l'autre.

Et il est vrai qu'il suffit de voir combien cela prend du temps, combien il va falloir mettre les petits plats dans les grands, combien la mariée a si peur que sa robe ne plaise pas, le nombre de fois où elle doit aller voir le couturier, le nombre de fois où l'on doit veiller à n'oublier personne, pour que ce mariage soit réussi et pour que l'ensemble soit harmonieux, plein de joie et plein de bonheur. Un mariage, c'est émou­vant.

Frères et sœurs, paradoxalement c'est à un mariage que nous sommes invités. Seulement c'est la croix que l'on célèbre, qui écrit en lettres de sang le mariage de Dieu avec l'humanité. Oui, cela fait très longtemps, peut-être plus longtemps que certaines familles, que Dieu prépare son mariage, que Dieu prépare son union, que Dieu prépare ses noces avec l'humanité. Et c'est aujourd'hui l'heure de ces noces, nous sommes pile à l'heure pour célébrer avec le Christ son union profonde avec l'humanité. Il l'a pré­paré depuis fort longtemps, et sans remonter très loin, dans la parole que Dieu nous a donnée, nous décou­vrons déjà aux noces de Cana où Il est présent, où Il se veut très discret, ce que Jésus a tout simplement dit à sa Mère : "ce n'est pas encore mon Heure, ce n'est pas encore le jour de mon mariage ni de mes noces". Et quelle était-elle cette heure ? c'est aujourd'hui, c'est l'heure des noces de l'Agneau.

Frères et sœurs, la croix, c'est l'écriture en lettres de sang d'un désir profond de Dieu de vivre pour toujours avec l'humanité qu'Il n'a cessé d'aller chercher, qu'II n'a cessé d'aller trouver, qu'Il n'a cessé d'aimer malgré l'infidélité de la fiancée. C'est l'heure de la croix où s'écrit en lettres de sang l'Amour d'un Dieu qui se veut Sauveur, mais simplement en faisant face à celle qu'Il aime, sans prétention, sans artifice, dans la réalité même de ce qu'Il est tout simplement:  un être capable d'aimer avec des mots, des paroles, un corps, un cœur et une âme, d'aimer d'amour pro­fond une fiancée, une femme, une humanité rachetée, une Église resplendissante de beauté.

Mais quel mariage ? quel mariage ? Où est passée la noce ? Il semble que les invités se soient dérobés. Où est passée l'élue, l'humanité, la fiancée qui est invitée à ces noces ? Elle semble avoir pris différents visages, et pas celui que l'on attendait, elle a pris le visage de quelques femmes qui n'ont plus que les larmes pour exprimer ce qu'elles portent dans leur cœur. Elle a pris le visage d'un homme qui s'appelle Jean et qui est là portant au plus exacerbé de son être toute l'affection que l'on peut porter à un autre être. Elle a pris le visage de tel ou tel témoin sur le visage duquel se lit la stupeur. Où est passée la noce ? et les invités ? où sont les orgues, les musiques, les chants et les cloches nécessaires à toute célébration belle et digne de ce nom ? Il n'y a certainement plus que le cri des pleureuses, il n'y a en tout cas personne pour en­tonner un chant d'action de grâce. Où sont passés les prêtres ? ceux-là même qui devraient présider à ce mariage. Ont-ils prononcé une parole de bénédiction ? Ou bien ce mariage s'est-il transformé en accusation, en parole de jugement par les prêtres eux-mêmes ? Où sont passés les témoins ? Deux larrons siégeant eux aussi sur une croix, eux qui n'avaient pas prévu leur participation.

Mais le plus important dans un mariage, c'est Dieu. Mais où est passé Dieu ? "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M'as-Tu abandonné ?" L'union du Fils de l'Homme avec l'humanité a pris une tout autre tour­nure que nos mariages ordinaires. Et pourtant, pour­tant c'est bien le mariage du Fils de Dieu avec celle qu'Il aime. Un jour la fiancée sera belle et resplendis­sante, comme le dit saint Jean dans l'Apocalypse, elle sera parée de ses bijoux, elle descendra d'auprès de Dieu, elle sera belle, elle sera magnifique, elle sera couronnée du diadème. Pour l'instant la couronne des époux, seul le Fils de Dieu la porte, mais la gloire partagée c'est pour la prochaine fois, pour l'instant le mariage ne se résume pas à cet extérieur ou à cet arti­fice. Le Fils de l'Homme accepte réellement ce que signifie le mot "mariage = s'unir, se donner". Et Lui fait cet échange des consentements, Il se donne entiè­rement, et lorsqu'Il dit : "Je Me donne", Il le fait réel­lement, "Je Me donne à toi et Je te reçois comme épouse", c'est ce que veut dire le Christ à cette huma­nité. Et voilà que le Christ a même prévu comment serait son mariage parce qu'Il a choisi l'habit qu'il fallait, Il a été tout simplement dépouillé de sa tuni­que, Il est dans la nudité c'est-à-dire dans la vérité même de sa personne, Il ne trompe pas celle qu'Il aime. Il se donne entièrement et Il montre sa fragilité et sa faiblesse. Il laisse percevoir son angoisse et sa peur, Il sait que ça mène loin de se donner et Il n'a pas eu peur de le faire et de se montrer tel quel.

Il a fallu qu'Il l'aime, cette femme, il a fallu qu'Il aime plus que Lui-même pour se donner de cette manière. Oui, l'humanité avait laissé sa robe de côté, avait oublié les invités, avait oublié la joie de l'union. L'humanité avait tout simplement oublié qu'elle était promise. Et le Christ ne lui en fait pas grief, Il se met à sa portée : tu es allée loin, tu es moins belle que ce que tu croyais, tu es moins heureuse que ce que tu espérais, tu es moins comblée que ce que tu avais désiré, mais maintenant regarde-Moi, Je suis allé là où tu es allée, Je ne peux pas aller plus loin qu'avec toi.. C'est cela un mariage d'amour, c'est ce que Je te donne et c'est ce qui fait que nous pouvons nous unir, parce que nous pourrons l'un avec l'autre former l'image et la ressemblance de l'Amour".

Oui, la croix est un mariage entre Dieu et l'humanité écrit en lettres de sang. Le Christ l'a écrit, il ne reste à l'épouse qu'à dire une seule parole : "Oui".

 

 

AMEN

 

 
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