AU FIL DES HOMELIES

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PASSION DU CHRIST ET COMPASSION DE MARIE 

Is 52, 13-53,12 ; Hb 4,12-16 + 5, 7-9 ; Jn 18, 1-9+42
Vendredi Saint - année C (2 avril 2010)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Ebreuil : Elle est debout près de la croix …
Frères et sœurs, aujourd'hui, c'est le récit de la Passion du Christ qui est au centre de notre liturgie. C'est pourquoi l'homélie au lieu d'être un commentaire de la Passion, est une introduction à celle-ci.

Nous allons donc entendre le récit de la Passion de Jésus-Christ selon saint Jean. Trois paroles du Christ jalonnent ce récit de la Passion. Il y aura la parole : "J'ai soif" (Jn 19, 28) écho de la rencontre avec la Samaritaine quand Jésus lui a dit : "Donne-moi à boire" (Jn 4, 7). Il y aura le cri de triomphe : "Tout est accompli", tout est achevé, tout est parfait, au moment où le Christ va livrer son Esprit (Jn 19, 30). Mais avant ces deux sommets de la souffrance du Christ, il y a une première parole de Jésus sur la croix qui est la parole adressée à Marie sa mère. "Debout près de la croix se tenait Marie sa mère, Marie femme de Clopas et Marie de Magdala. Voyant sa mère et près d'elle le disciple qu'il aimait, Jésus dit à sa mère : Femme voici ton fils. Puis il dit au disciple : Voici ta mère. Et à partir de cette heure, le disciple la prit chez lui". (Jn 19, 25-27).

Ces quelques phrases nous introduisent à travers Marie au cœur de ce drame de la Passion, de la souffrance acceptée en offrande. Ces paroles ont quelquefois été interprétées de façon un peu facile, comme si elles représentaient le dernier acte filial de Jésus avant sa mort quand au moment de quitter sa mère, Il la remet entre les mains de son meilleur ami. Il est évident et si l'on réfléchit quelques instants, on s'en rend compte, que cette interprétation est insuffisante. Jean n'a pas l'habitude de raconter dans son évangile des détails sans importance. Si Jean nous a rapporté ces paroles du Christ à Marie et au disciple que Jésus aimait (qui est Jean lui-même), si Jean nous a rapporté cela dans son évangile, c'est qu'il y a un poids de sens dans ces paroles.

Pour y parvenir, remarquons d'abord que les deux seuls endroits de l'évangile de saint Jean où il est question de Marie sont les noces de Cana et ce moment au pied de la croix. Ces deux textes se répondent l'un à l'autre, déjà au plan du vocabulaire. Dans les deux cas, Jésus s'adresse à Marie en lui disant : "Femme". A Cana : "Femme, qu'y a-t-il entre toi et moi" (Jn 2, 4) ; à la croix : "Femme, voici ton fils" (Jn 19, 26). "Femme", non pas pour établir une distance entre lui et Marie, non pas pour reprocher à Marie de lui demander le miracle de Cana, les paroles au pied de la croix nous montrent que ce mot "Femme" adressé à Marie, est une manière solennelle de s'adresser en elle, à travers elle, à toute l'humanité.

Il y a un deuxième mot qui revient aussi bien à Cana qu'au pied de la croix, c'est le mot : "Heure". A Cana, Jésus répond à Marie : "Mon Heure n'est pas encore venue" (Jn 2, 4). L'Heure de l'intercession, l'Heure du pardon, l'Heure de la récompense ne sont pas encore venues. Quand il se trouve sur la croix, en face de Marie sa mère, et du disciple qu'il aimait, on nous dit : "A partir de cette Heure, le disciple la prit chez lui" (Jn 19, 27). C'est l'Heure dont il était question à Cana, c'est l'Heure dont il est plusieurs fois parlé dans l'évangile. On veut se saisir de Jésus, mais il échappe, "car son Heure n'était pas encore venue" (Jn 10, 39) et au moment où va commencer la Passion proprement dite : "Jésus sachant que son Heure était venue de passer de ce monde à son Père, prit un linge, se ceignit pour laver les pieds des disciples" (Jn 13, 1 et 4). C'est de cette Heure-là dont il est question au pied de la croix quand Jésus parle avec Marie et Jean. Cette Heure, l'Heure de la Passion, l'Heure du plus grand amour, l'Heure du don total de Jésus, c'est aussi l'Heure de Marie. C'est l'Heure où Marie va être intimement associée au sacrifice de son Fils car Marie est debout, au pied de la croix. Elle n'est pas, comme on la représente quelquefois, effondrée, elle n'est pas écrasée, elle est debout. Debout parce qu'elle vit intensément, totalement avec son Fils, le sacrifice qu'il fait de sa vie et de son sang. Marie dans la souffrance de son cœur, offre la vie de son Fils avec lui. C'est ce que Siméon avait dit à Marie dès le jour de la Présentation de Jésus au Temple : "Un glaive de douleur transpercera ton âme" (Lc 2, 35). Au moment même où la lance du soldat va transpercer le cœur de Jésus pour en laisser couler la miséricorde et le pardon, en ce même moment, un glaive de douleur transperce l'âme de Marie. Et Marie est intimement unie au sacrifice de son Fils. C'est là la première signification de ce passage de l'évangile, c'est la première signification de ce mystère qu'on appelle celui de la compassion de Marie. Il y a la Passion de Jésus et la compassion de Marie, c'est-à-dire la passion "avec".

En même temps et avec la même solennité, Jésus montrant le disciple qu'il aimait dit à Marie sa mère : "Femme voici ton fils" (Jn 19, 26). C'est comme un rappel de l'Annonciation quand Marie a su par la parole de l'Ange que Dieu lui demandait d'être la mère de son Fils, et la vie de Marie a été entièrement bouleversée par cette demande de Dieu, par son humble acquiessement à cette demande. Oui, la vie de Marie a été bouleversée parce que désormais rien d'autre ne peut remplir son cœur, son âme, sa pensée, que cette présence dans le monde du Fils de Dieu, présence dont elle a été l'instrument.

Au moment de la croix, quand elle est contrainte d'offrir en holocauste ce Fils de Dieu qu'elle avait mis au monde, quand elle est associée à ce sacrifice de Jésus sur la croix, Jésus l'invite à aller plus loin encore. Elle qui était la mère du Fils de Dieu, elle va devenir la mère de Jean, ou plus exactement, Jean n'est là que pour représenter chacun d'entre nous, que pour représenter l'humanité tout entière. Ce n'est pas Jean, sous prétexte qu'il était le disciple que Jésus aimait, qui seul reçoit Marie pour mère. Ce n'est pas Jean seul qui aurait ce privilège, il n'y a pas de privilège dans l'évangile. Dans l'évangile, tout est donné selon la mesure infinie de l'amour de Dieu. C'est pourquoi d'ailleurs Jean n'est pas le disciple que Jésus aimait, comme si Jésus n'avait pas aimé les autres. Il est le disciple type si j'ose dire, celui qui a expérimenté si profondément en son cœur d'être aimé par Jésus. Il est devenu le témoin pour tous les siècles et pour tous les hommes de tous les temps, il est devenu le témoin que Jésus est celui qui nous aime le plus, chacun d'entre nous. C'est le propre de Dieu d'être capable d'aimer chacun d'entre nous comme si nous étions seul au monde. Jean, témoin de cet amour de Jésus, non pas pour lui seul, mais pour chacun d'entre nous si nous savons y prêter attention.

Jean reçoit Marie comme mère, non pas pour lui seul, mais en notre nom à tous. Marie, à la croix, cesse en quelque sorte, d'être seulement la mère de Jésus pour devenir la mère de tous les frères de Jésus, pour devenir la mère des membres du Corps de son Fils, pour devenir la mère de l'Église tout entière. Dans un suprême renoncement, elle accepte d'échanger sa maternité divine pour la maternité ecclésiale. Ou plus exactement, sa maternité divine s'amplifie, s'intensifie et devient maternité ecclésiale. Elle est la mère de tous les hommes, elle est la mère de tous les frères de Jésus. C'est cela que Jésus lui demande du haut de la croix : accepter au moment même où elle perd cet Enfant tellement aimé, cet Enfant adoré, cet Enfant devant lequel elle s'est prosternée, à ce moment-là, Marie accepte d'ouvrir son cœur plus largement encore pour devenir notre mère à tous, pour devenir la mère de toute l'humanité sauvée.

Frères et sœurs, au moment où nous allons entendre une fois encore ce récit de la Passion selon saint Jean, faisons toute la place dans notre cœur et dans notre pensée à ce rôle de Marie qui n'est pas là pour se substituer à celui du Christ, mais pour être comme un écho de ce rôle du Christ. Ce rôle de Marie, elle nous y associe tous, car en devenant notre mère, elle fait de nous non seulement les enfants du Père, non seulement les frères de Jésus, mais aussi ceux qui peuvent intercéder, ceux qui peuvent porter leur croix avec le Christ comme elle-même a reçu ce glaive de douleur qui transperçait son cœur au moment où la lance transperçait le cœur du Christ. Tous, nous sommes appelés comme Marie à offrir notre souffrance, nos maladies, nos peines, nos épreuves, nos détresses, notre mort, à offrir cela pour tous nos frères pour que la Passion du Christ entraînant avec elle la compassion de Marie, et la compassion de chacun d'entre nous, pour que la Passion du Christ ainsi démultipliée jusqu'aux extrémités du monde, soit le salut total que Dieu a voulu accomplir devant le péché des hommes qui les détournait de lui. Mais Dieu n'a pas accepté ce divorce, il veut que non seulement nous soyons réconciliés avec lui, mais que nous réconcilions aussi nos frères par notre intercession unie à celle de Marie.

 

 

AMEN

 

 

 
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