AU FIL DES HOMELIES

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LE FRÉMISSEMENT DE LA RÉSURRECTION

Is 52, 13-53,12 ; Hb 4,12-16 + 5, 7-9 ; Jn 18, 1-9+42
Vendredi Saint - année C (9 avril 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Nous allons entendre la Passion. Dans la tra­dition chrétienne, nous avons voulu non seulement hériter de ce texte fort, définitif, mais nous avons voulu aussi l'illustrer, les peintures, le cinéma, se sont emparés du texte pour essayer de l'éclairer, de donner les couleurs de cette histoire dé­finitive qui emporte la nôtre et qui raconte celle de tous les hommes.

La question est donc : qu'y a-t-il à entendre, ou qu'y a-t-il à voir dans la Passion ? Il y a une chose qu'aucune image ne pourra jamais transmettre et que le tableau qui est dans cette église, d'Eugène Dela­croix dit à sa manière : il y a déjà dans la Passion le soubresaut de la Résurrection. Une manière dont le Christ a souffert et qui lui est propre et qui dit très délicatement, phrase après phrase, qu'Il n'est pas vaincu, qu'Il est un vivant. Non pas une sorte de vi­vant invincible que la souffrance ne pourrait atteindre, loin de là, elle l'atteint plus que tout. Mais à l'intérieur de tous ces événements, de tous ces éléments dont l'intensité de douleur est au-delà de l'imaginable, il y a des signes qui nous disent, comme les prémices, de la vie qui va gagner. Si je prends comme exemple le tableau d'Eugène Delacroix, pour ceux qui le connais­sent, on y voit le Christ très musclé, très tendu, Il a les yeux révulsés, les lèvres violettes, on y devine l'ago­nie, et je me suis souvent demandé pourquoi Dela­croix l'avait représenté comme tendu sur un arc, prêt à bondir hors de la croix, prêt à bondir vers le ciel. Tous ses muscles semblent frémir de la Résurrection future. Je crois que c'est ce que le texte dit.

Il y a dans la Passion du Christ une dignité invincible. Il y a à l'intérieur de la violence la plus sadique, la plus chaotique de ceux qui l'entourent, juifs et non juifs, peu importe, c'est la faute des pé­cheurs, c'est le Mal déchaîné, il y a une douceur in­vincible. Il n'y a ensuite aucune soumission de la part du Christ, Il va jusqu'au bout, mais Il l'a choisi vo­lontairement et ce choix volontaire n'efface rien de ce qu'Il est. Pourquoi ? Quand nous voyons un frère souffrir, la solidarité qui fonctionne entre nous, sou­vent bien souvent à notre insu, nous touche, nous accuse, peut même nous rendre impuissants. Si nous détournons les yeux ou les oreilles de la souffrance de l'autre, c'est que nous sommes, et nous n'avons pas choisi de l'être, convoqués par cette souffrance, par cette chose dans une solidarité dont nous voudrions nous défaire. Nous oublions d'ailleurs, nous évinçons, nous refoulons cette souffrance, ou nous la recevons en plein visage quand c'est un frère que nous aimons, et nous sommes défaits, souffrants avec lui.

Dans le Christ, sa souffrance est sans repro­che, Il ne nous reproche rien. Il souffre et Il donne. C'est la grande différence qu'il y a chaque fois que nous rencontrons et que nous éprouvons la souffrance des autres qui fait appel en chacun de nous à des culpabilités, à des impuissances et qui nous convoque d'ailleurs à la solidarité. Celle du Christ, ce n'est pas que sa souffrance soit au-delà, ou qu'elle soit désin­carnée, ce n'est pas qu'il ait fait semblant, mai c'est qu'Il souffre sans rien me reprocher, tout en donnant tout ce qu'Il est. C'est cela le début de la Résurrection. C'est cela qui fait qu'Il a pu, en Lui, ramasser tous les hommes. Toutes les souffrances des hommes, tous ces émiettements dont nous souffrons nous-mêmes et dont souffrent nos frères, ont été rassemblés patiem­ment à l'intérieur de son corps, à l'intérieur de cha­cune de ses blessures, à chaque fois qu'Il tombe, qu'il reçoit son coup de fouet. Il assume, Il souffre, Il dé­passe cette souffrance et Il l'offre comme un don, et Il ne reproche rien. On pourrait dire que les différentes phrases qui égrènent la Passion du Christ : "Par­donne-leur", c'est justement pour que nous puissions les recevoir comme un don d'amour et non comme un reproche qui nous ferait détourner les yeux. C'est comme un refrain lancinant au fond de son cœur, et c'est là que la souffrance est intenable à nos yeux, et c'est là qu'Il l'a assumée pleinement, car non seule­ment Il a pris tout ce que l'homme pouvait souffrir, mais Il a pris aussi sur Lui le reproche de cette souf­france. Nous ne sommes pas une religion de la dou­leur parce qu'avec la Passion du Christ, c'est le dernier mot de la douleur. Nous ne sommes pas, nous les chrétiens, ceux qui croyons que la douleur serait une sorte de salut. Quelqu'un l'a fait pour nous et l'a fait définitivement. Si nous, qui venons après et qui mé­ditons et contemplons cette Passion, c'est justement pour que nous sachions, nous ressentions, que Quel­qu'un a définitivement tourné la page et que nous pouvons nous accrocher à cette ancre céleste désor­mais le ciel est ouvert et le Père accueille chacun de nous comme un fils. Le grand secret de la Passion, c'est le Père. Non pas que le Père viendrait d'une ma­nière ou d'une autre corriger ou aider le Fils à souffrir. Nous le savons assez nous-mêmes, quand le Fils dit au Père pourquoi Il a été abandonné. Le Père ne vient pas pour corriger, pour aider le Fils à passer le cap ! Le Père participe pleinement, en signifiant à travers son Fils, le don total de l'amour qu'Il éprouve. Il n'a pas d'autre moyen de nous le dire qu'en donnant son Fils, sans rien nous reprocher.

 

 

AMEN

 

 
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