AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST EST PSAUME

Is 52, 13-53,12 ; Hb 4,12-16 + 5, 7-9 ; Jn 18, 1-9+42
Vendredi Saint - année B (14 avril 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Lorsque la Parole se fait corps, lorsque le Verbe se fait chair, alors, le corps devient cri, la chair devient prière. L’épître aux Hébreux dit de Jésus que c’est dans les cris et dans les larmes dans la prière, que Dieu exauce son Fils. Lorsque l’on médite sur les récits de la Passion, on est frappé par des choses qui reviennent régulièrement, à savoir, les citations de psaumes. En effet, de la citation la plus connue chez Matthieu :" Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?" le début du psaume vingt et un, à celle que nous allons entendre qui est une parole qui culmine dans le même psaume : "J’ai soif !"

Jésus cite les psaumes. Pourquoi ? Parce qu’Il les connaît par cœur, Il est né dans un peuple façonné par les psaumes. Un peuple qui ne peut pas se faire d’idoles, qui ne peut pas se faire de représentation de Dieu et où tout l’art est à peu près exclus, en tout cas, l’art figuratif, le peuple d’Israël au plus haut point l’art de la parole poétique, c’est-à-dire le psaume. Vous le savez, ces psaumes que nous récitons, que nous chantons, ces psaumes souvent étranges, ces psaumes qui peuvent bousculer, car si certains disent : "J’étais dans la joie quand j’allais vers les parvis du Seigneur", si d’autres évoquent une sorte de douceur : "Le Seigneur est mon berger", ou encore de confiance : "Ma lumière et mon salut, c’est le Seigneur", il en est d’autres plus terribles. Il est des psaumes qui disent la détresse et l’angoisse : "Du fond de l’abîme, je crie vers toi Seigneur". Il y en a même qui vont encore beaucoup plus loin et qui demandent à ce que l’ennemi, celui qui m’a fait du mal, soit anéanti. Un peuple façonné dans la relation à Dieu par cet art le plus extrême de la poésie.

Jésus est donc né dans un peuple qui sait prier. Lorsqu’Il dit les psaumes sur la croix, Il dit la prière de tout un peuple. Pourquoi Jésus dit-Il ces psaumes ? Nous pourrions penser aussi que de manière tout aussi extraordinaire, Il accomplit ces psaumes. Il suffit, et les évangélistes l’oint bien saisi, de relire le psaume vingt et un, pour trouver une concordance inimaginable entre ce que dit ce psaume et ce que vit le Christ : "Ils ont percé mes mains et mes pieds, je peux compter tous mes os. Mon cœur en moi se liquéfie". Le psaume vingt et un qui est mis dans la bouche de Jésus nous dit que Jésus accomplit les Écritures. Il accomplit tout ce qui a été écrit depuis le début : "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, et Il dit : que la lumière soit". Jésus accomplit cette Écriture : "Je suis la lumière du monde". Jésus, flambeau qui brûle sur la croix. Il accomplit toutes les Écritures et en citant le psaume, Il cite l’Écriture par excellence, l’art de la Parole portée à son ultime incandescence. Il accomplit ces psaumes comme Il accomplit cette Parole, ce poème.

Pourquoi Jésus dit-Il des psaumes ? Pas simplement parce qu’Il les connaît, pas simplement pour accomplir l’Écriture, mais parce qu’Il est lui-même "psaume", Il est lui-même poème, Il est lui-même Cantique, Il est lui-même chant d’amour dans sa propre chair. La Parole, le psaume s’est fait chair, et la chair du Christ, son corps dit à la fois, toute la détresse, toute l’angoisse, mais dit aussi que non seulement Il vit à l’intérieur ce qu’est cette parole, lui-même parce qu’Il est Parole de Dieu. Et cette Parole qui va bientôt se taire et entrer dans le grand silence, c’est une parole qui se dit désormais dans un corps qui dit : "J’ai soif". Dans une chair qui crie dans la détresse et dans les larmes son amour et son désir, et qui s’adresse à Dieu, comme à l’humanité. Si le psaume est la plus belle des relations entre Dieu et l’humanité, alors Jésus est vraiment psaume. Il dit par excellence comme Il le vit, comme Il est dans la réalité, dans le tissu même de son existence et de son identité l’ultime parole qui est une Parole faite chair, une chair qui dit la Parole de Dieu et qui dit cet amour si proche et si angoissé.

Peut-être aussi Jésus cite-t-Il de manière privilégiée ce psaume vingt et un, dont on sait que lorsque le début est prononcé, même si chez saint Jean on n’entend pas ce début, c’est pour arriver à proclamer à la fin du psaume : "Je te louerai dans la grande assemblée". Autrement dit, quand la Parole de Dieu se fait encore entendre aujourd’hui, elle passe par cette réalité où Dieu ne fait plus de discours, comme Il n’en a d’ailleurs jamais fait. Dieu est Parole, Dieu est psaume. Peut-être Jésus pense-t-il à ce Cantique de Marie : "Mon âme exalte le Seigneur". Oui, sur la croix, "Il a élevé les humbles, Il a renversé les superbes de leur trône, Il comble de biens les affamés", lui qui a si soif. "Il se souvient de sa promesse faite à Abraham", mais c’est bien lui la promesse, "et à son peuple à jamais et à sa descendance pour toujours", c’est nous.

Jésus est psaume. Jésus est prière, Jésus est Cantique. Le plus grand des psaumes dans la Bible, c’est le Cantique des Cantiques, le chant des chants, le psaume par excellence. Le chant d’amour, le psaume d’amour, c’est celui de l’Époux, le Christ, et Jésus aujourd’hui ne meurt plus, car son épouse accepte tout simplement de répondre à l’Époux comme dans le Cantique des Cantiques. Et lorsque le psaume fait chair, la Parole de Dieu dans notre corps, quand ce corps lui-même a dit toute la réalité de l’humanité, alors, Il nous laisse sa Parole, Il nous laisse son Cantique. Aujourd’hui, l’Église dit : "N’éveillez pas mon Bien-Aimé avant l’heure de son bon plaisir".

 

 

AMEN

 

 
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