AU FIL DES HOMELIES

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SUR LA CROIX, LE CHRIST ÉPOUSE NOTRE SOIF

Is 52, 13-53,12 ; Hb 4,12-16 + 5, 7-9 ; Jn 18, 1 - Jn 19, 42
Vendredi Saint - année B (6 avril 2012)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


J'ai soif (Venasque)

"J'ai soif" – "Donne-moi à boire". Aux moments les plus décisifs et solennels de son évangile, c'est ainsi dans sa pauvreté, dans son désir que le Christ se manifeste à nous. "Donne-moi à boire" (Jn 4, 7) – "Si quelqu'un a soif qu'il vienne à moi et qu'il boive". (Jn 7, 37). Au moment de révéler pour la première fois à cette femme de Samarie qu'il est le Messie, : "Je le suis, moi qui te parle" (Jn 4, 26) Jésus d'abord, demande à boire.

Tout à fait à la fin de sa vie, quand il est en agonie sur la croix, au moment où il va dire : "Tout est accompli" (Jn 19, 30), il s'écrie pour que l'Écriture soit tout entière vécue : "J'ai soif" (Jn 19, 28). Le Christ a soif et il demande à boire. Il n'est pas seulement celui qui va donner de quoi étancher la soif de la samaritaine qui vient chercher de l'eau au puits, il n'est pas seulement celui qui fait écho à notre cri : j'ai soif, mais il épouse notre soif, il épouse notre désir, il épouse notre manque, il épouse notre pauvreté. Il s'est anéanti lui-même et c'est comme tel qu'il se manifeste à nous, et c'est comme tel qu'il vient pour nous sauver.

Je suis brisé, prostré, à bout de forces. Mais le Christ n'a pas seulement assumé notre soif, notre manque, notre désir, il est venu au cœur même de notre manque, au secret de ce que nous sommes pour y allumer une lumière imperceptible, sa présence sanctifiante au fond de notre cœur. "Tu as caché ta vérité au fond de moi, dans ma ténèbre, au secret de mon cœur, tu me révèles ta Sagesse" (Psaume 50, 8). Au secret de mon cœur, Jésus mourant sur la croix vient pour me révéler que dans cette soif, dans ce dénuement, se trouvent la splendeur et la gloire.

Et cela se manifeste parce que même dans notre péché, dans notre pauvreté, Dieu est présent, mystérieusement présent. C'est cette phrase extraordinaire de saint Augustin que je voudrais vous livrer, cette phrase qui suppose à la fois une expérience profonde et aussi la capacité avec génie de traduire cette expérience. Voici les paroles de saint Augustin : "Je me suis englouti dans les choses d'en bas et je suis devenu obscurité. Mais de là-bas, même de là-bas, je t'ai profondément aimé. Je me suis égaré mais je me suis souvenu de toi. J'ai entendu le son de ta voix derrière moi me dire de revenir. Et maintenant voici que je reviens, tout brûlant, haletant vers ta source, pour que j'y boive et y trouve la vie".

Je me suis englouti dans l'obscurité, dans le péché, mais de là, même de là, je t'ai profondément aimé. Jésus nous invite à vivre non seulement dans la justice, mais aussi quand nous vivons dans le péché à avoir cette confiance inébranlable, "car même de là-bas je t'ai profondément aimé". Au fond de notre cœur, dans le secret de notre cœur, il y a toujours cette lumière qui assure la présence même de Dieu au cœur de toutes nos situations.

Frères et sœurs, nous avons vécu pendant ce carême un temps pour remettre notre péché sous le regard de Dieu, et maintenant nous voici devant la croix du Christ, nous qui l'avons crucifié, nous qui l'avons rejeté. Il nous apprend non seulement qu'il porte en lui notre désir, notre souffrance, notre pauvreté, mais que au moment où il porte ainsi notre pauvreté, il révèle au fond de notre cœur, au plus secret de notre cœur, là où seul Dieu peut entrer, il nous révèle que nous continuons d'aimer profondément.

Que ce soit cette profondeur que nous traversions aujourd'hui avec la Passion de Jésus-Christ. "J'ai soif" – "Donne-moi à boire ?"

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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