AU FIL DES HOMELIES

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Vigiles du cinquième dimanche de Pâques – C

(4 mai 1980)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

I

 

l est ressuscité le premier jour de la semaine. Au commencement, Dieu fit le ciel et la terre et le premier jour dit : "Que la lumière soit" et Dieu appela la lumière, jour". Voici le jour qu'a fait le Seigneur, le jour véritable. Non pas seulement le jour cosmique, le jour qui apparaît quand le soleil se lève, mais le jour qui se lève dans nos cœurs. La lumière véritable, lumière née de la lumière, car en ta lumière, Seigneur, nous avons vu la lumière. Dans ton Verbe, nous avons vu ton visage. Dans le rayonnement de la Pâque du Christ ressuscité, c'est le secret du Père que nous découvrons. Dieu, personne ne l'a jamais vu, mais celui qui repose dans le sein du Père, lui, nous l'a manifesté, nous l'a révélé. Il nous a découvert les traits de ce visage. Il est le Jour qu'a fait le Seigneur, le jour de nos cœurs, le jour qui enflamme tout notre être, qui illumine les ténèbres de notre être profond.

Le premier jour de la semaine, alors qu'il faisait encore nuit, il s'est levé, aurore, soleil levant, soleil nouveau. Et huit jours plus tard, il est venu à nouveau, célébrer l'octave de ce jour nouveau, célébrer le retour de ce premier jour nouveau, rassembler à nouveau ses disciples, un nouveau premier jour d'une semaine nouvelle qui, de semaine en semaine, se répercutera à travers les siècles jusqu'à nous, jusqu'à aujourd'hui, en ces vigiles où nous nous préparons à célébrer le dimanche, le premier dimanche de l'histoire de l'Église, le premier dimanche du monde, la première fois que le premier jour de la semaine est devenu le Jour du Seigneur. La première fois où le jour de la création de la lumière est devenu le jour de la résurrection du Christ lumière. Car c'est lui qui a donné à ses disciples cette habitude, de semaine en semaine, de se réunir le premier jour de la semaine pour célébrer dans la joie la lumière qui ne connaît pas de couchant, le soleil qui n'a pas de déclin. Car il est la sagesse de Dieu et, comparée à la lumière, la sagesse l'emporte car la lumière du jour cède la place à la nuit, tandis que la sagesse de Dieu, sa parole, son Verbe, son fils, son Bien-Aimé ne cède la place à aucune obscurité, à aucune ténèbre. Il est le Jour sans fin, le Jour qui nous illumine jusqu'au plus profond de nous-mêmes et qui détruit, par sa lumière les ténèbres de notre péché.

Et voilà ce qu'est le dimanche, frères et sœurs. Le dimanche c'est le rendez-vous de tous les disciples du Christ avec leur bien-aimé. C'est le rendez-vous dont Jésus a pris l'initiative lui-même et que nous n'avons plus cessé jamais depuis ce premier dimanche de célébrer. Rendez-vous où nous nous retrouvons avec Lui, avec Jésus ressuscité. Ce rendez-vous que nous commençons ce soir, dans la nuit, en attendant l'aurore, car notre nuit est plus claire que le jour. La nuit comme le jour illumine. La ténèbre autour de moi devient lumière, lumière dans nos cœurs lumière dans nos mains, lumière déjà dans nos corps, car l'eucharistie que nous allons célébrer est semence de lumière. Et déjà d'une façon invisible, mais réelle notre propre chair est en train de devenir lumière.

Oui, déjà, dans la nuit, nous sommes à guetter cette aurore au fond de nos cœurs. Nous entrevoyons les premiers rayons de cette aurore sur le visage de nos frères. Et c'est pour cela que nous avons besoin de nous rassembler pour nous dire les uns aux autres, chaque dimanche : oui, le jour se lève, la lumière se lève, le Christ est ressuscité, le Christ est là. Il est vivant. Il est en toi, il est en moi. Quand je te regarde, c'est Lui que j'entrevois. Et quand tu me regardes, c'est Lui que tu discernes à travers les traits encore un peu informes de mon visage spirituel.

Oui, Il est ressuscité. Il nous illumine et demain matin, quand le soleil se lèvera, ce sera la joie du vrai soleil dans nos cœurs. Et chaque dimanche, nous venons, quittant notre solitude, quittant nos habitudes, quittant nos maisons, quittant notre quant-à-soi, notre chez nous, nous venons nous rassembler, comme un seul peuple, comme une immense foule avide de lumière. Chaque dimanche, c'est le premier jour de la semaine, chaque dimanche c'est la création de la lumière, chaque dimanche c'est la création nouvelle, le monde est neuf, le monde recommence. Chaque dimanche, le Christ ressuscite dans nos cœurs, dans le cœur de nos frères. Chaque dimanche c'est aussi le huitième jour, le jour qui n'aura pas de fin, parce que au-delà des cycles indéfinis, des semaines de cette création, qui est sortie des mains de Dieu, mais qui n'est pas encore achevée, au-delà de ces cycles ininterrompus de semaines qui se succèdent les unes les autres, se prépare un jour qui n'aura pas de lendemain parce qu'il n'aura pas de fin, un jour qui existe déjà avant Jésus car c'est Lui qui est ce Jour-là, un jour qui est encore caché à nos yeux et que nous attendons, que nous espérons, que nous pressentons, et qui est déjà là d'une certaine manière. Un jour sans fin où nous serons tous rassemblés dans la contemplation de la face du Père, où Dieu sera tout en tous, où nous serons entièrement transparents les uns aux autres et Dieu sera révélé à travers chacun d'entre nous, où nous serons divinisés transformés dans la lumière de Dieu.

Et ce jour, il commence déjà. Déjà il pointe. C'est le huitième jour. C'est le jour sans fin, c'est l'éternité, c'est le jour de Dieu, c'est Jésus Christ.

Frères et sœurs, les premiers chrétiens n'ont jamais cessé d'attendre chaque dimanche, chaque premier jour de la semaine qui est aussi le huitième, d'attendre ce retour du Seigneur, car ils en avaient aussitôt pris l'habitude. Il s'était levé du tombeau. Huit jours après, Il était revenu. Et tous les huit jours, ils attendaient qu'Il revienne. Il revenait effectivement, et Il revient toujours dans ce pain et dans ce vin, dans cette assemblée car "quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux " ! Il revient sans cesse préparant chaque fois un peu plus notre cœur à ce jour ultime qui n'aura plus de lendemain car ce sera le retour définitif. Et les chrétiens se sont rassemblés depuis le début, depuis les origines, toutes les nuits de ce premier jour de la semaine pour attendre la venue de leur Seigneur. C'est ce que nous faisons ce soir, c'est ce que nous faisons tous les samedis soirs. Nous sommes là comme les premiers chrétiens, nous attendons que le Christ revienne et Il revient.

Peut-être ne sera-ce pas encore le dernier jour, le dernier jour, le premier. Peut-être ne sera-ce pas encore définitivement le premier jour, mais pourtant Il revient déjà, invisible mais réel, pour nous remplir toujours davantage de son amour, de sa présence, de sa vie.

Alors, frères et sœurs, attendons, attendons avec foi, avec certitude, avec désir, avec une intensité qui dévore notre cœur comme une flamme ardente, attendons sans cesse. Ne nous lassons jamais d'attendre. Que notre attente soit de plus en plus intense, de plus en plus forte. Il vient. Il est Celui qui vient.

 

AMEN

 
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