AU FIL DES HOMELIES

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CELUI QUI SERT

Lc 22, 25-32

Vigiles du cinquième dimanche du temps pascal – C

(27 avril 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

V

oici que Je suis au milieu de vous comme celui qui sert..." En ce moment où le Christ s'avance vers le mystère de sa Pâque, de sa mort et de sa résurrection, pourquoi parle-t-il du service ? Lorsqu'on y réfléchit le Christ dit qu'il ne faut pas imiter les rois et les puissants de la terre qui se font appeler bienfaiteurs. Or être bienfaiteur, c'est encore rendre service. Même si les souverains de l'époque de Jésus avaient peut-être tendance à faire valoir un peu trop les services qu'ils rendaient et les rendaient parfois d'une manière un peu trop intéressée pour mieux s'assurer la soumission des peuples qui étaient "à leur botte", il est vrai que le gouvernement n'a jamais été une sinécure, ni à notre époque ni au temps des romains. Par conséquent gouverner les peuples c'est toujours, d'une manière ou d'une autre, se trouver à leur service.

Mais précisément le Christ dit qu'il ne faut pas jouer ce jeu-là. Il dit qu'il ne faut pas se faire ap­peler comme les grands, c'est-à-dire "bienfaiteur" Il y a peut-être une raison à cela : c'est que le seul bien­faiteur, c'est le Père. Il est le seul qui, lorsqu'il donne quelque chose, donne vraiment de son propre fonds, et le donne avec la parfaite intention de ne vouloir que du bien à ceux à qui Il fait ce don. Le Père est préci­sément le bienfaiteur, Il est Celui qui nous a bénis de toute éternité, Il est Celui qui nous a fait exister, Il est Celui qui veut faire de nous pleinement ses enfants dans l'adoption. Par conséquent, à Lui seul, parce qu'Il est Le Père, parce qu'Il est le donateur, aussi bien de la vie que de toutes les formes de bénédiction qui viennent épanouir et combler cette vie, à Lui seul revient le titre de bienfaiteur.

Et le Christ revendique Lui-même le titre de Serviteur. Pourquoi ? Précisément parce que le Ser­viteur est celui qui n'a rien. Depuis toujours, dans le mystère de la création le Christ a été le Serviteur, serviteur dans les deux sens du terme. A la fois comme le serviteur qui reçoit l'ordre du Père d'agir dans la création, de transmettre les bienfaits (Il est le Serviteur en qui toutes choses ont été créées, Il est ce Verbe éternel à l'image duquel nous avons été façon­nés) mais aussi serviteur dans le sens où tous ces bienfaits qu'Il donne et qu'Il gère, Il les agence en vue de la rencontre de tous les hommes dans le cœur du Père. Le Christ est Serviteur car Il est à la fois Celui qui reçoit, qui se reçoit du Père, qui reçoit du Père tout ce qu'Il veut donner aux hommes, mais ensuite Il est Celui qui, dans le don même qu'Il fait, oriente tout vers son Père.

C'est précisément cela son service. C'est pré­cisément pour cela qu'Il est venu. C'est pour cela qu'Il est mort et qu'Il est ressuscité. Il est tout entier Servi­teur c'est-à-dire que son rôle dans l'histoire des hom­mes, la raison même de sa venue, ce n'est pas pour Lui-même ou pour manifester je ne sais quel bienfait qu'Il serait capable de nous donner, mais par contre son véritable rôle c'est de faire que toute cette création qui s'était détournée du Père, Il la remette dans son ordre véritable, comme la tâche du serviteur est de faire que le bien de son maître fructifie pour le maître.

C'est pourquoi Il peut dire à ses disciples que tout ce qu'ils auront à être, ce sera précisément d'être des serviteurs, à sa suite. Pour quelle raison y a-t-il des ministères dans l'Église ? Non pas pour distribuer des bienfaits comme s'ils étaient ceux des ministres, mais précisément pour être des serviteurs dans la ma­nière dont le Père donne toute bénédiction. Et le rôle du ministre est précisément de s'effacer devant le bienfait qui passe et qu'il sert. Le rôle du ministre est de s'effacer aussi devant Celui qu'il sert, mais de s'ef­facer en se rappelant sans cesse que le don qu'il a reçu a un ordre, une direction, une destination, que la bé­nédiction qui a été donnée ne doit pas revenir vaine, mais qu'elle doit conduire au Père celui à qui elle a été destinée.

Dans ce sens-là, être serviteur ne signifie pas jouer cette espèce de fausse humilité par laquelle on se déconsidérerait aux yeux des autres. Cela n'aurait pas de sens. Par contre être serviteur c'est vraiment connaître le fait que toute richesse vient de Dieu comme Jésus Lui-même sait que tout son être vient du Père, et ensuite que toutes ces richesses ne peuvent être données que pour une chose, pour être un jour à la table du Royaume.

Lorsque le Christ est ainsi entré dans sa mort et dans sa résurrection, Il a accompli tout cela comme un service pour tous les hommes. Nous-mêmes au­jourd'hui qui, dans l'Église, sommes appelés à la même expérience pascale, il faut que nous sachions à la fois reconnaître la bénédiction comme un don, mais savoir que même si cela nous est destiné, nous n'en sommes pas les propriétaires et que l'ultime manière de recevoir ce don c'est de savoir que, tout en nous étant intimement et personnellement destiné, il ne nous tourne pas vers nous-mêmes, mais vers le visage du Père, dans le Christ.

 

AMEN

 

 

 
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