AU FIL DES HOMELIES

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LE NOM DE CHRÉTIEN

Ac 11, 19-26

(9 mai 1982???)

Homélie du Frère Serge JAUNET

 

Saint Jean de Malte : Huiles du baptême

N

ous l'avons entendu dans la première lecture de ces vigiles, au livre des Actes des apôtres, c'est à Antioche que les disciples reçurent, pour la première fois le nom de chrétiens. Ce fut leur nom. C'est le nôtre encore aujourd'hui. En célébrant les vigiles du dimanche, nous accomplissons ce qui est spécifique, depuis le début de l'Église aux chrétiens. Saint Justin ne disait-il pas : "Les chrétiens sont semblables à tous les hommes au monde, habillés comme eux, vivant comme eux, mais ils se réunissent, au lever du soleil, le premier jour de la semaine, et même la nuit qui précède ce lever du soleil, ils se réunissent pour prier." Et nous aussi, ce soir, avec tous les chrétiens qui nous ont précédés, avec ces premiers chrétiens d'Antioche, nous aussi, nous célébrons ces vigiles de la Pâque du Seigneur. Et nous aussi nous portons le nom de chrétien.

       Dans la liturgie, plusieurs prières nous font demander au Seigneur, d'être dignes de ce nom de chrétiens que nous portons, ou encore de faire honneur à ce nom de chrétien et d'éviter tout obstacle devant ce nom, que nous portons. Sans doute que les païens d'Antioche, en appelant pour la première fois les disciples qui se réunissaient pour chanter et célébrer leur Seigneur, en leur appliquant ce nom de chrétiens, usaient là d'un sobriquet, usaient là d'un surnom. Ils se référaient sans doute à ce qu'ils croyaient être un nom propre, Christus ou Chrestus. Ces hommes, ces femmes auraient été les disciples d'une secte qui avait pour chef, qui avait pour fondateur un certain Chrestus. Et en fait, c'est vrai, les païens ne s'en rendant pas compte sans doute, prenaient pour ce qui était vraiment devenu un nom propre cet adjectif qui avait été d'abord accolé au nom de Jésus. Jésus-Christ. Jésus, celui qui a été oint, car telle est bien la signification du mot Christ. Voilà que cet adjectif était devenu un nom. Ce Jésus, Il était non seulement le Christ, non seulement l'Oint, mais Il l'était par excellence, le seul qui soit Oint, le seul Christ. Il était Christ. Et sans soute, si les païens d'Antioche ont ainsi appelé les premiers disciples, du nom de chrétiens, c'est sans doute que ces premiers chrétiens, ces premiers disciples appelaient leur Seigneur, appelaient Jésus peut-être uniquement par ce seul nom de Christ. D'ailleurs il n'est qu'à lire les épîtres de saint Paul, les épîtres aux premières communautés chrétiennes pour voir comment saint Paul n'emploie jamais le mot de Jésus seul mais toujours le nom de Jésus-Christ, ou même seulement le nom du Seigneur Christ, ou le mot Christ tout seul, comme l'ont gardé dans leur tradition nos frères protestants.

       Oui, nous portons, nous aussi, ce nom du Christ. Nous appartenons à cette Église car il ne s'agit pas d'une secte, nous le savons, à cette Église qu'Il a fondée. Nous appartenons à Christ. Et en employant ce mot de Christ, plutôt que celui de Jésus, nous nous référons, et les premiers chrétiens se référaient à ce qu'avait été cet homme : Il est vraiment Fils de Dieu, oint totalement par l'Esprit de Dieu. Il était vraiment le Messie attendu. Et vous le savez bien, encore aujourd'hui, quand on se permet d'employer seulement et uniquement le nom de Jésus, de Jésus de Nazareth, souvent, en dessous de cette expression, il y a peut-être le désir secret de ne vouloir voir en Lui qu'un prophète parmi d'autres, un homme né à Nazareth, un point c'est tout. C'est pourquoi même aujourd'hui, il nous faut toujours employer ce mot de Christ, ce mot de Jésus-Christ.

       Oui, nous lui appartenons, nous sommes son Église. Mais bien plus encore, dans une catéchèse primitive de l'Église de Jérusalem, l'évêque qui instruit les catéchumènes qui vont être baptisés leur dit : "Vous allez devenir des Christ, vous êtes des Christ. C'est à vous que s'applique ce mot de l'Écriture : Vous ne toucherez pas à mes christ". Et, en disant cela, l'évêque de Jérusalem, ne pensait pas à une imitation quelque peu servile ou morale, comme souvent on l'a compris. Je me souviens encore de l'école des bons frères ou j'étais, où très souvent, sur le tableau noir il y avait cette phrase écrite dans une écriture parfaite, comme on en voyait à cette époque : "Soyez un Christ habillé en écolier", ce qui signifiait : taisez-vous, travaillez, appliquez-vous, faites tout bien. C'est sûr que nous devons imiter le Seigneur, le Christ dans sa perfection, mais bien plus que cela.

     Quand l'évêque de Jérusalem dit aux catéchumènes : vous êtes des Christ, ce qu'il veut dire, c'est que chacun des baptisés, et donc nous aujourd'hui, qui avons été baptisés, nous avons nous aussi reçu l'onction. Sur nous aussi, l'Esprit de Dieu est venu, est descendu comme sur le Christ à son baptême au bord du Jourdain. Nous aussi nous avons reçu cette onction et vous savez qu'un des rites principaux du baptême est justement cette onction de saint chrême, cette huile parfumée qui est posée sur la tête de celui qu'on baptise. Cette onction qui est le signe de la grâce de Dieu, qui est le véhicule même de cette grâce, de cet Esprit, Esprit de feu, Esprit d'amour, Esprit qu'on ne peut définir, qu'on ne peut enfermer dans aucun mot. Et à la confirmation l'évêque continue sur notre front cette croix qui a été commencée par le prêtre le jour du baptême. Il l'accomplit totalement et l'onction est parfaite et l'Esprit nous est donné en plénitude.

       Frères et sœurs, en cette vigile, qui ouvre pour nous un dimanche, qui ouvre donc une Pâque hebdomadaire, souvenons-nous de ces Pâques que nous avons vécues récemment, de toutes celles de notre vie, de toutes ces nuits de Pâques où justement le principal sacrement de l'Église qui est célébré, c'est le baptême. Souvenons-nous de notre baptême et si j'ose dire ne nous souvenons pas de ce baptême seulement dans les idées, car le Christ ne nous atteint pas seulement dans les idées. Il n'atteint pas seulement notre esprit, mais Il atteint notre corps. Ce corps que nous avons, ce corps qui est le nôtre aujourd'hui, corps de misère peut-être, a été marqué par l'onction très sainte. Le chrême a imprégné notre nuque, notre tête, puis notre front. L'Esprit a pénétré en nous. Qu'en chantant ce Te Deum comme à la fin de toutes les vigiles, ce soit une action de grâces qui monte vers le Seigneur qui nous a choisis, qui a bien voulu nous faire ce don inestimable du baptême, nous qui avons été "chrismés" nous qui sommes des Christ. Et en rentrant chez nous, dans la ville ou en rentrant dans notre chambre, dans notre maison, continuons à méditer, à nous souvenir de ce saint Chrême qui a marqué notre chair.

       Peut-être une phrase bien jolie d'un frère orthodoxe qui aujourd'hui porte avec nous ce nom de chrétien commun à toutes les Églises qui se réclament du Christ, une phrase que je trouve bien belle soit un sujet de plus pour continuer notre méditation : "Nous avons été marqués du saint chrême. Le saint chrême, ce poème de parfum, cette huile faite pour brûler, posé sur nous comme une flamme secrète de Pentecôte."

 

       AMEN

 

 
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