AU FIL DES HOMELIES

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UNE ÉGLISE ACCUEILLANTE

Ac 9, 26-31

(18 mai 2003???)

Homélie du Frère Yves HABERT

Saint Paul-hors-les-murs : ouvre large ta tente

U

n petit retour en arrière si vous le permettez. Le temps du Carême est déjà loin, mais le temps du Carême n'est pas celui d'une sorte d'introspection maladive, le temps du Carême n'est pas de l'ordre d'une sorte de rétrécissement. Le temps du Carême, c'est pour s'apprêter, pour se faire beau, recevoir plutôt cette beauté de Dieu, apprêter notre Église pour la rencontre et la réception de la grâce, cette grâce qui nous a été donnée à Pâques, cette grâce qui est signifiée d'une manière très particulière par ce "bain d'eau qu'une parole accompagne", parce que les baptêmes à Pâques, ce n'est pas pour faire joli. Les baptêmes à Pâques c'est pour signifier que l'Église renaît, que l'Église est ressuscitée, que l'Église est re-suscitée dans l'élan de sa jeunesse, mieux que cela encore, que l'Église est re-suscitée dans l'élan et la joie de sa naissance. Jamais l'Église ne devrait avoir plus d'un an. L'Église a toujours ce premier âge, elle est toujours animée par cet élan complètement nouveau.

Le temps de Pâques, le temps pascal, ce temps qui nous entraîne déjà depuis quelques semaines, c'est vraiment celui d'une sorte de formation, une sorte de noviciat. Mais un noviciat qui ne serait pas de l'ordre d'un rétrécissement, mais d'une dilatation. Le temps du noviciat, ce temps pascal qui nous mène à la Pentecôte est celui de la plus large ouverture. Rappelez-vous la phrase du prophète Isaïe : "Etends tes cordages, renforce tes piquets". Vas-y, vole, navigue, écarte ta voile, "fais-toi capacité et je me ferai torrent". Le temps de Pâques est profondément dans notre vie, ce temps où nous choisissons dans l'élan de Pâques de nous faire le plus possible capacité, de nous ouvrir au maximum, parce que nous recevrons aussi à la mesure de cette ouverture. Nous ne recevrons pas quelque chose pour nous, nous recevrons une impulsion, nous recevrons du mouvement, nous recevrons cet Esprit. C'est vrai que nous pouvons nous présenter à la Pentecôte avec un dé à coudre ou un jerricane. L'Église elle est née du côté ouvert, elle est née de cette brèche, elle est née de ce creux qui est dans le corps du Fils de l'Homme quand Il est suspendu à la croix, cette brèche qui est un appel à l'Esprit. L'Église aussi, le corps doit aussi se faire capacité, parce que l'Église elle est pour la mission, pour l'accueil. Je suis frappé dans tous ces textes que nous entendons depuis Pâques, par ceux qui manifestent la plus large ouverture, y compris sur celui de la semaine dernière sur les brebis : "J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cet enclos".

Là, je voudrais revenir sur le premier texte que nous avons entendu (que je rappelle pour ceux qui ont eu des difficultés à se garer). Paul raconte sa conversion juste avant, il a prêché à Damas, et là, suivant le texte des Actes des Apôtres, arrivé à Jérusalem, il essayait de se joindre aux disciples, "mais tous en avaient peur, ne croyant pas qu'il fut vraiment disciple". J'imagine Paul qui vient de faire la rencontre de sa vie, il a une grande croix et bois, et il fait des grands sourires à Pierre, à Jacques, à Jean, à la Vierge Marie, et tout le monde prudemment s'en détourne, parce que Paul la seule recommandation qu'il avait, c'étaient les lettres de mission qui l'autorisaient à persécuter les chrétiens. Saint Paul n'est pas quelqu'un de très fréquentable et l'on se méfie un peu de lui. Pour cette toute jeune communauté chrétienne, ce n'est pas comme s'il s'agissait d'accueillir un converti, un chercheur de Dieu, ici, il s'agit d'accueillir un persécuteur. L'enjeu de cet accueil est résumé dans cette question : est-ce que je crois que Dieu est assez riche en miséricorde pour retourner un loup en brebis ? Est-ce que je crois vraiment que celui qui a pardonné sur la croix, au larron, est-ce que je crois qu'il est vraiment capable de changer le cœur d'un persécuteur comme celui-là ?

Pour nous ce n'est pas plus facile, on n'est pas dans des situations de persécution (c'est une question de latitude et de longitude), mais on n'est pas dans un contexte où il y en a qui en veulent aux chrétiens à ce point. Et saint Paul est là à faire de grands sourires pour essayer de s'introduire. Je trouve assez beau que ce soit Barnabé qui aille au-devant de cet homme pour s'expliquer avec lui sur la rencontre qu'il a faite, le baptême qu'il a reçu, puisqu'il a été baptisé Paul. Il faut vraiment s'expliquer pour savoir si ce n'est pas un espion, quelqu'un qui en voudrait quand même et qui pénétrant à l'intérieur de l'Église la ferait sauter de l'intérieur. Barnabé, c'est un diacre de Chypre, c'est Joseph, mais son nom de guerre, c'est Barnabé. J'aime bien Barnabé parce qu'il ne sait faire qu'apporter. A un moment dans les Actes, au début, il apporte le prix de son champ et le dépose aux pieds des apôtres, là il apporte Paul, après avec Paul, il apportera la quête à l'Église de Jérusalem.

C'est Barnabé qui va être là, c'est Barnabé qui est quelqu'un d'introduit qui va introduire le persécuteur qui a été ébloui sur son cheval sur la route de Damas. Même si saint Paul a déjà subi des persécutions, même s'il a prêché, même s'il a dû descendre le long de la muraille de Damas dans un petit panier, il y a comme une sorte de résistance. Et nous, je crois que nous avons profondément à être de ces Barnabé. Vous n'amènerez peut-être pas à l'Église un persécuteur, mais nous avons à être attentifs à tous ceux qui frappent à la porte de l'Église : trois mille catéchumènes qui ont reçu le baptême à Pâques ! Des personnes qu'il faut aller voir, des personnes qu'il faut introduire dans l'Église. Des personnes qu'on doit amener à l'Église pas pour qu'elles trouvent leur place mais pour que Dieu leur donne la place qui est la leur. Nombreuses sont peut-être nos objections. On voit un converti, un chercheur de Dieu qui a reçu le baptême, et qui vient tout à coup se joindre à notre assemblée et l'on peut se dire : peut-être va-t-il prendre ma place ? On pourrait lui dire : c'est complet, comme dans un hôtel en haute saison ! Mon cher monsieur, vous irez trouver une autre église où vous vous sentirez plus à l'aise. On peut dire aussi : il ne va pas savoir, il ne va pas se mettre facilement au courant de notre manière de fonctionner, de ce rythme très particulier que nous avons, des relations qui se sont déjà tissées. Je crois que ce n'est pas du tout malgré la difficulté d'accueillir Paul, ce n'était pas du tout la manière dont la première communauté chrétienne accueillait ceux qui frappaient à la porte. Il n'y avait pas de jalousie, et l'on savait bien que si Dieu avait appelé quelqu'un, Dieu saurait bien lui trouver sa place, la place qu'il lui destinait. Sinon, on n'aurait jamais accueilli Paul l'apôtre des nations, on serait passé à côté de saint Paul si l'Église était restée ainsi sur la défensive. Au contraire, elle a été dans l'élan de la Pentecôte, à cause de la grâce de ce Barnabé qui a vraiment un génie particulier, ce fils d'encouragement qui n'a aucune peur pour encourager Paul, pour encourager la communauté à accueillir.

Il y a aussi cette phrase très consolante qu'on entend dans l'évangile de saint Jean, quand Jésus dit : "Je pars vous préparer une place". Bien sûr, c'est cette place que nous aurons au ciel, cette place qu'il nous a réservée, cela fait une inquiétude de moins, c'est comme si on avait un billet pour une première à un festival d'opéra et l'on a juste la place, mais on ne sait pas où cela se passe, ou devant un TGV qui part, et l'on se dit qu'on va rester debout ! Non, "Je pars vous préparer une place", c'est très consolant. Je crois qu'à tous ceux qui cherchent Dieu, qui veulent prendre leur place dans l'Église, Jésus dit aussi dès cette terre : "Je pars vous préparer une place". Et nous avons à être serviteurs de ce "placier" particulier qu'est Jésus, nous avons à être serviteurs de Jésus qui a réservé une sorte de don particulier dans cette Église que nous formons.

Si vous permettez, je ferai juste une petite page de publicité pour ma soirée des services que nous aurons le 27 mai, pour remercier toutes les personnes qui travaillent dans la paroisse et qui rendent de multiples services. Mais c'est aussi pour accueillir toux ceux qui ont envie d'en savoir plus sur ces services. Le thème sera précisément le catéchuménat, comment se prépare-t-on au baptême ? avec qui ? combien de temps ? Pourquoi ? Parce que je crois que ce qui nous bloque aussi pour proposer un peu largement autour de nous cette démarche du baptême par exemple, c'est que nous ne savons pas et que si nous prenons le temps d'une soirée pour nous renseigner sur ce qu'est précisément cette démarche, alors nous pourrons être des Barnabé plus attentifs et qui n'hésitent pas à proposer cette démarche.

Il ne s'agit pas de convertir de force, il ne s'agit pas de baptiser de force, on a fait cela il y a un temps, et l'on nous l'a reproché. Mais il s'agit d'être serviteurs de la liberté d'une personne qui a découvert Dieu, être à son service pour lui proposer l'achèvement de ce désir qu'elle porte. Il s'agit en fait, derrière ce souci d'être serviteur de la liberté d'une personne, il s'agit en fait d'être serviteur de la liberté de Dieu qui est libre de se révéler à qui Il veut. Il ne faut pas "couper les ailes" à Dieu, il faut que Dieu puisse aller jusqu'au bout avec cette personne, aller jusqu'au bout du projet singulier qu'il a pour cette personne singulière. Si vous proposez ainsi une démarche vers le baptême, vers la confirmation, vers une première eucharistie, à ce moment-là, vous allez vous mettre au service de la liberté de Dieu qui a choisi de se révéler à telle personne de façon unique.

Demandons par l'intercession de saint Barnabé, d'être vraiment des Barnabé attentifs, des fils et des filles d'encouragement pour nos frères.

 

AMEN

 

 
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