AU FIL DES HOMELIES

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ÉGLISE, PEUPLE DU PÈRE EN MARCHE

Ac 6, 1-7 ; 1 P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12

(5 mai 1996???)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Pierres vivantes ajustées les unes aux autres

V

ous êtes les pierres vivantes, vous êtes la nation sainte, le sacerdoce royal. Vous êtes le peuple de Dieu fondé sur la pierre angulaire qu'est le Christ". Saint Pierre s'adresse à nous ainsi aujourd'hui dans sa première épître. Il nous rappelle la vocation de ceux qui ont mis leur foi dans le Seigneur. A l'exemple du Christ pierre angulaire, vous êtes les pierres vivantes choisies, à l'exemple du Christ dont les hommes ont rejeté la personne, Dieu l'a choisi pour être la pierre sur laquelle Il va tout fonder parce qu'Il en connaît la valeur. A l'exemple du Christ, nous qui sommes fondés sur le Christ, Dieu nous a choisis, nous, parfois rejetés par les hommes parce qu'Il connaît notre valeur. Et quel meilleur symbole, quel meilleur signe que celui de cette église restaurée dont nous voyons l'appareillage de pierres, qui nous apparaît si belle, voire si triomphale.

Mais nous pourrions nous poser une question : tout cela n'est-il pas un leurre ? N'est-ce pas trop que nos églises terrestres se donnent un air de gloire ? N'est-ce pas trop pour saint Pierre d'annoncer que nous sommes les pierres vivantes d'un édifice qui a une réelle valeur puisque fondé sur le Christ, revêtu de sa gloire tant et si bien que ces pierres vivantes sont un sacerdoce royal, une nation sainte, une race choisie, un temple spirituel ? Les mots ne sont-ils pas trop fort ? Ne nous payons-nous pas parfois de mots quand on regarde en fait aujourd'hui, le visage de l'Église ? l'Église donne-t-elle ce visage de pierres vivantes, de temple spirituel, de sacerdoce royal, de nation sainte, de race choisie ?

Il semble y avoir un certain décalage. Mais peut-être faut-il reconsidérer les choses ? car notre vision de l'Église, de quoi dépend-elle ? est-ce qu'elle dépend de la Révélation ou des informations ? est-ce que le visage de l'Église que nous avons, l'idée que nous nous en faisons, l'image que nous en donnons est-elle ressourcée à ce que saint Pierre nous dit aujourd'hui ou à ce que les médias nous en laissent paraître ? Lorsque nous voulons parler de l'Église, nous essayons toujours de la prendre par le biais somme toute normal mais très humain des gens qui la composent. Et nous ferons dans ce cas-là une étude sociale pour savoir si dans telle ou telle assemblée dominicale, les chrétiens qui composent l'Église sont plutôt à gauche ou plutôt à droite, s'ils pensent ainsi ou s'ils pensent autre chose. Quand on veut parler de l'Église, nous n'allons parler finalement que des richesses du Vatican, du Saint Père qui a toujours un mot à dire sur quelque chose ou des évêques qui font ou non des leurs. On en parlera d'ailleurs d'autant plus qu'ils font des frasques. Quel visage, quelle idée avons-nous de l'Église ?

Mais là encore, j'en reste à une Église qui peut nous sembler éloignée, mais l'Église que nous connaissons, c'est ici, c'est cette communauté paroissiale, ce sont les pasteurs et les fidèles qui la composent. L'Église que nous connaissons, c'est celle de notre ville avec un évêque, d'autres prêtres, d'autres paroisses. L'Église que nous connaissons peut-être, c'est celle sise sur un territoire qu'on appelle un diocèse, celui d'Aix et d'Arles dont on connaît une certaine vision, surtout dont on connaît plus ou moins les chrétiens ou les prêtres, et quelques actions de-ci de-là qui doivent s'y faire. Il me semble dans ces cas-là qu'il nous faut peut-être reconsidérer ce qu'est, à sa racine, l'Église. Nous pourrions faire toutes les études historiques pour expliquer certains de nos comportements. Nous pourrions faire toutes les études sociologiques pour essayer de comprendre pourquoi un tel pratique et tel autre pas. Mais cela nous donnerait-il le sens de ce qu'est notre Église ? Je ne le pense pas.

L'Église, je vais employer un grand mot, mais vous le savez, on est toujours un peu intellectuel ici, l'Église est un mystère. Quand je dis que l'Église est un mystère, j'ai tout dit, mais je n'ai rien dit. L'Église, c'est une réalité humaine à visage divin parce que la racine de l'Église, elle est en Dieu, elle est aussi simple que Dieu, aussi forte et puissante et elle nous apparaît parfois aussi compliquée que Dieu. Parce que l'Église est à l'image de Dieu, l'Église a un visage trinitaire. L'Église, c'est un Peuple, c'est le Peuple du Père qui marche. L'Église, c'est un corps, c'est le corps du Fils en construction. L'Église, c'est un Temple, c'est le Temple de l'Esprit en édification. L'Église est un Peuple, et vous le savez, le concile Vatican II a aimé à rappeler, dans une constitution qui s'appelle : Lumen Gentium, la lumière des peuples, en désignant le Christ, ce qu'était l'Église. Elle est le peuple en marche vers la lumière qu'est le Christ, ce qui signifie que l'Église est composée d'un Peuple de toutes races, langues et nations, de tous visages dont l'unité n'est pas une race qui serait plus ou moins pure, mais l'Église est un peuple qui se reconnaît à l'image d'Israël composé d'un ramassis de tribus, un ramassis de personnes pour constituer le peuple du Père. Mais ce peuple, ce qui l'unit, c'est que ce peuple a un sens, ce peuple a un projet, il sait où il veut aller, où du moins il accepte que Dieu le conduise. Peuple du Père, en marche.

L'Église, c'est un corps. Un corps, vous connaissez toute l'importance de ce que cela signifie. Le corps, c'est ce qui a besoin d'être nourri parce que le corps c'est le sacrement de notre vie. Sans corps, nous ne sommes pas. Sans corps, nous ne communiquons pas. Sans corps, nous ne grandissons pas. Nous ne disons pas ce que nous sommes personnellement si nous n'avons pas un corps pour chanter notre âme. L'Église corps du Christ en construction, cela signifie le lien indéfectible entre le Fils qui a livré son corps sur la croix pour que l'Église naisse de ce côté transpercé comme Ève est née du côté d'Adam afin qu'il y ait une plus grande union qui n'existera jamais entre un homme et une femme qu'entre l'humanité choisie qui est Église, corps rattaché au Christ tête. Et le principe même de cette vitalité lui vient de cette tête qu'est le Christ qui continue par les sacrements à nourrir et à vivifier son corps, à vouloir le faire grandir et à entrer en communication, à vouloir vivre de ce qu'Il est, Lui, le Fils, pour faire de nous des enfants. Et le Christ, à son corps, lui donne un nom : tu es mon épouse, tu es ma femme, tu es la chair de ma chair, tu es mon corps. L'Église corps du Christ en construction.

Et l'Église est aussi le Temple de l'Esprit, le Temple de l'Esprit en édification. Si nous étions laissés simplement comme un peuple en marche, comme un corps qui grandit, nous pourrions être comme tous nos contemporains des espèces d'ectoplasmes dans un monde perdu. Or nous sommes le Temple de l'Esprit, c'est-à-dire le lieu que Dieu choisit pour y mettre tout son Amour pour que, dans ce corps, l'Esprit Saint, l'Esprit d'Amour soit Celui qui puisse nous faire crier : "Abba, Père", comme le dit saint Paul aux Romains, pour que l'Esprit, en nous, nous fasse pousser des gémissements ineffables pour que nous puissions intercéder pour tous en son Nom. Dieu veut qu'en recevant l'Esprit Saint, l'Église continue à vivre de la présence même de Dieu, qu'elle soit vraiment le Temple, c'est-à-dire le lieu où l'on va trouver le Seigneur, qu'elle soit vraiment le sacerdoce, c'est-à-dire le culte même de Dieu, celui que les hommes offrent au Seigneur en s'offrant eux-mêmes. Temple de l'Esprit en édification.

Frères et sœurs, quel décalage, me semble-t-il, entre le visage de l'Église dont on nous rebat les oreilles jour après jour et qui ressemble si peu à ce que, je crois, notre Église est. Mais nous sommes les premiers colporteurs d'une Église triste, sectaire d'une Église repliée, d'une Église frileuse, d'une Église qui a peur. Non, ce n'est pas faire du triomphalisme que de croire que nous sommes la race choisie. Non, ce n'est pas de la gloire que de croire que nous sommes le peuple que Dieu a voulu. Non, ce n'est pas se prendre pour le centre du monde que de croire que nous sommes les pierres vivantes. Non, ce n'est pas s'extraire ou rejeter tous les autres hommes que de dire : nous sommes le sacerdoce royal. Il nous faut bien considérer que nous tenons l'Église non de nous-mêmes mais de Dieu. L'Église est un don de Dieu. L'Église, dira le concile Vatican II, est le sacrement du salut. C'est un corps, c'est une réalité, c'est une création pour nous dire la présence, l'amour de Dieu.

Alors il nous faut, je crois, ressaisir notre vocation propre. Si nous sommes des oiseaux de mauvaise augure, si nous continuons à piaffer d'impatience contre les pasteurs qui ne sont jamais à la hauteur, si nous considérons encore que l'Église c'est toujours l'autre et pas nous-mêmes, si nous ne saisissons pas que le pécheur, le publicain et la prostituée nous précéderont au Royaume des cieux parce qu'ils sont le visage de l'Église rachetée, nous resterons à la porte, nous resterons à l'extérieur du paradis comme nous sommes restés à l'extérieur de l'Église. Si nous ne reconsidérons pas que l'Église est une grâce, nous ne pourrons jamais dire à ce monde qu'il est en pleine croissance comme nous aussi, c'est-à-dire comme un corps aimé, que tous les âges futurs sont appelés encore et toujours à redécouvrir la présence de Dieu dans un peuple racheté, dans un peuple transfiguré dans la puissance de la Résurrection par l'Esprit Saint parce que l'Église est ce peuple qui accepte de se mettre en marche, parce que l'Église est ce corps qui croit encore qu'il peut grandir, mûrir et se développer, parce que l'Église est encore ce Temple qui se croit capable de dire et de vivre Dieu aujourd'hui. Saint Pierre lorsqu'il le disait à ses paroissiens, l'annonçait dans un monde qui était déjà un monde en pleine déconfiture, dans un monde qui était perdu, dans un monde qui en avait aussi ras-le-bol. Il n'y a pas de différence en somme avec ce que nous vivons aujourd'hui. Mais saint Pierre a quand même dit : "C'est la pierre rejetée par les bâtisseurs qui est devenue pierre d'angle et a fait de vous des pierres vivantes, Il avait fait de vous le sacerdoce royal, le Temple de l'Esprit pour que vous portiez la Bonne Nouvelle", je ne l'invente pas, c'est la dernière phrase que nous avons entendu, "Parce que vous êtes tout cela, vous êtes donc chargés d'annoncer les merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable Lumière ".

 

AMEN

 

 
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