AU FIL DES HOMELIES

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L'ARBRE GÉNÉALOGIQUE DU CHRÉTIEN : LA VIGNE

Ac 9, 26-31 ; 1 Jn 3, 18-24 ; Jn 15, 1-8
Cinquième dimanche de Pâques - année B (28 avril 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Dimanche dernier, le Frère Michel nous a brossé admirablement la trame de ce qui constituait notre célébration continue de la fête de Pâques pendant tous ces dimanches de Pâques. Parlant de la vigne, il nous a très bien expliqué qu'il s'agissait du mystère de l'Église, mystère de commu­nion entre le Christ et ses disciples, entre le cep et les sarments. Je vais donc m'inspirer de ce qu'a dit le Frère Michel pour essayer d'éclairer aujourd'hui comment nous pouvons comprendre cette communion et cette union entre nous et le Christ.

Tout d'abord il me semble qu'il faut s'arrêter sur l'image de la vigne. La vigne, dans l'Ancien Tes­tament, signifie que Dieu prend soin d'une vigne qui se nomme Israël. Et les prophètes vont prendre plaisir à décrire, sous cette image de la vigne, les relations qui s'établissent entre Israël, le peuple de Dieu, et entre le Seigneur.

Osée, par exemple, développe l'image de la vigne, d'une vigne féconde qui a beaucoup de fruits, une vigne qui ne cesse de se multiplier, mais c'est une vigne qui, plutôt que de rapporter ses fruits à Dieu, préfère aller se prostituer dans les bras d'autres dieux qui, eux, n'ont aucune valeur. Ainsi c'est une des ima­ges les plus désolantes de la vigne qu'elle offre tout ce qu'elle a de gloire, tout ce qu'elle a de bien et de beau à d'autres auteurs que son Seigneur.

Le prophète Isaïe développe quant à lui l'image aussi de la vigne. Isaïe nous parle d'une vigne qui est brûlée, qui est desséchée à cause de son ini­quité, une vigne qui, parce qu'elle s'est détachée de son Seigneur, ne peut plus porter du fruit. Et quand elle en porte, c'est un fruit amer. Dieu qui attendait un fruit de sa vigne, un fruit plein de délices, ne peut en vendanger qu'une amertume de sang versé, de sang qui n'a aucune valeur, qui est le sang du crime et de l'injustice. Nous avons encore là l'image d'une vigne qui n'est pas vraiment réjouissante pour Israël.

D'autres prophètes ont encore parlé de la vi­gne dans l'Ancien Testament. Nous avons le prophète Jérémie qui présent la vigne comme un plant choisi, c'est Israël élu dans le cœur de Dieu, un plant qui doit fructifier, qui doit être la gloire de Dieu, mais ce plant choisi est appelé, lui aussi, à être détruit et dévasté car il ne donne pas une récolte suffisante. Le plant choisi, le plant élu, Israël la bien-aimée a été trop décevante. Un autre prophète, Ezéchiel, nous donne aussi l'image d'une vigne dont Dieu a pris soin, qu'Il a aimée, mais cette vigne commet une infidélité. L'infidélité d'Israël, je dirais, c'est la plaie de tout l'Ancien Testament. Dieu ne cesse de se battre contre cette vigne pour laquelle Il ne peut plus rien, pourrait-on croire, car elle ne semble pas vouloir de son Seigneur. Israël ne cesse d'être infidèle. Que peut de plus Dieu dans ce paysage dévasté, dans cette vigne qui court partout, qui déborde mais sans donner de fruits, dont les sar­ments se répandent en infécondité ? Que pouvait de plus Dieu ? L'Ancien Testament, jusqu'à présent, lorsqu'il nous parle de la vigne, nous la montre comme un plant choisi, un plan aimé de Dieu, que Dieu prend soin de cultiver. Mais ce que Dieu pouvait de plus, Il le réalise dans son Fils, lorsque nous pas­sons dans le régime de la Nouvelle Alliance. Ce que Dieu pouvait de plus pour cette vigne, c'est d'en être Lui-même la racine. Non plus de se situer à l'extérieur de la vigne, mais d'en être vraiment Celui qui allait lui donner toute sa vie. Et c'est ainsi, qu'avec la venue de Jésus dans notre humanité, Dieu l'a planté. Dieu a planté son Fils dans notre terre. Il l'a planté dans notre humanité pour qu'Il puisse s'enraciner pleinement dans ce monde, pour qu'Il puisse donner vie à tous ces fruits qui allaient surgir du cep, pour qu'effectivement il y ait un ravissement dans les yeux de tous lorsque nous pourrions voir ce fruit délicieux qui serait donné par la fécondité du cep auquel les sarments se ratta­chent et qui donnent du fruit.

Aujourd'hui, en ce dimanche, nous célébrons cela. Nous célébrons ce mystère de communion entre nous et le Fils, ce mystère de communion entre l'hu­manité et la divinité, ce mystère de communion entre l'Église et le Christ qui en est la sève. Nous célébrons cette communion, ce mystère trinitaire puisque le Père est Lui-même le vigneron de la vigne, que le Fils en est le cep, le fruit et qu'Il en est, par la force de l'Es­prit, celui qui en elle répand toute sa vie. En effet, Jésus ne se contente pas d'être le cep. Il est aussi le fruit et si, aujourd'hui, Jésus nous demande de porter du fruit, c'est parce qu'Il est Lui-même le fruit. Il y a non seulement le cep qui nous fait nous enraciner dans la vie de Dieu, mais il y a toute cette sève qui inonde et qui se transmet du cep au fruit et le cep qui donne cette vie, cette vie à tous les disciples, à toute l'Église, c'est le sang versé du Christ. Et le sang versé du Christ, c'est bien le premier fruit que donne la vi­gne du Seigneur, c'est bien le premier fruit, le plus fécond, le plus beau, le plus réjouissant pour le cœur des hommes. Avant de nous demander à nous-mêmes d'être des fruits féconds, d'être des beaux fruits, d'être des fruits qui donnent la réjouissance aux hommes, Jésus a réalisé en sa personne ce qu'Il nous demande. Il est Lui-même ce fruit, Il est Lui-même la vie et la sève, le sang qui coule dans notre propre vie, dans toute cette vigne, dans tous ces sarments qui est l'Église. Aujourd'hui encore, lorsque nous-mêmes, sarments de ce cep, nous avons à vivre du Christ, il y a en nous cette sève, cette oblation, ce sacrifice, ce sang du Christ qui coule, ce corps et ce sang du Christ qui nous sont donnés pour que nous puissions nous en nourrir, que nous puissions en vivre et donc être des fruits féconds, être des fruits de valeur, être des fruits remplis de tout l'amour de Dieu.

Est-ce que l'image de la vigne est encore va­lable dans notre monde ? En effet, nous pourrions nous dire que cette vigne c'est peut-être un peu dé­passé. Quand nous regardons la façon dont nous em­ployons les images pour parler de quelque chose, nous utilisons rarement de telles images, telle la vi­gne. Je pense que c'est vrai, il nous faut savoir annon­cer la parole de Dieu compréhensible aux hommes aujourd'hui car on peut nous dire : "mais votre image de la vigne, elle est un petit peu dépassée". Quand nous réalisons en effet qu'il y a des enfants qui s'émerveillent en voyant réellement une vache et un mouton alors qu'ils ont vu des lions dans un zoo, nous nous demandons si nous ne restons pas sur des images un peu trop bucoliques ou champêtres.

Je ne le pense pas. C'est vrai qu'il nous faut savoir annoncer ce mystère de communion entre nous et le Fils. Mais l'image de la vigne est encore la plus belle. Alors, j'ai essayé de rechercher quelques images que l'on pouvait employer pour parler de cette union entre le Fils et nous, mais je n'en ai pas trouvé beaucoup. La plus misérable, c'était de pouvoir dire, par exemple : "je suis l'électricité, vous êtes les ampoules", mais, vous imaginez, on est vite grillé sur ce terrain car les ampoules, cela ne dure pas longtemps. Bien. Je pense donc qu'il nous faut vrai­ment retrouver cette beauté de l'image de la vigne. Il y a là toute une signification pour nous. Il nous faut nous enraciner dans cette perspective d'une vigne non plus séparée de son Dieu, comme dans l'Ancien Tes­tament, mais d'une vigne qui vit et qui jaillit de la vie de son Dieu. On se plaît aujourd'hui à faire beaucoup, excusez-moi, je prends souvent mes exemples dans le monde, mais, pour moi, c'est très parlant, on se plaît aujourd'hui à faire des arbres généalogiques, à essayer de se retrouver des racines, à faire son blason, à re­trouver des ancêtres de valeur, à essayer véritable­ment, d'être bien dans cette société et, même si nous descendons de paysans ou d'ouvriers de la mine, nous sommes heureux de n'être pas, je dirais, séparés, de n'être pas de pauvres êtres qui, dans ce monde, n'ont aucune terre, aucune racine. Pour tous les déracinés que nous sommes aujourd'hui dans ce monde, je vous propose de refaire notre arbre généalogique. Je vous propose de plonger notre vie dans la source même de notre histoire, dans la source même de notre tradition, dans la source même de notre plus belle famille, l'Église. L'Église à travers l'histoire, l'Église à travers le monde, mais non pas une Église séparée du monde, mais une Église qui grandit dans ce monde, une Église pleine de la vie de Dieu, qui féconde ce monde, une Église enracinée, mais enracinée dans la vie de son Dieu, une Église qui vit par le sang du Christ, ce sang du Christ qui coule aujourd'hui encore sur notre autel, ce sang du Christ pour que vous deveniez le corps eucharistie du Christ, pour que vous deveniez ce à quoi vous communiez. Vous êtes les sarments. Le Fils est le cep comme Il est la tête du corps que vous êtes. Cela signifie qu'aujourd'hui vous n'êtes pas seuls, vous n'êtes pas étrangers dans ce monde, mais vous êtes enracinés, vous avez le plus beau blason de la société, celui qui est frappé avec la vigne, cette vigne fructueuse, cette vigne qui s'épand sur le monde et qui est capable de donner de la vie, qui est capable de re-transfigurer notre humanité, qui est capable de la faire vivre d'une véritable sève, qui est capable de donner à ce monde une racine, la racine de la divinité dans notre humanité. Il nous faut redécouvrir cela. Certes, je le sais, nous ne sommes jamais autant bles­sés que par les membres de notre famille. Nous pou­vons être tordus, disloqués, abîmés par l'Église. Nous pouvons en souffrir très mortellement, mais ce n'est jamais que le signe que cette Église nous tient à cœur, parce que nous en faisons partie, c'est pourquoi la blessure est plus vive. Nous sommes les rameaux fructueux de ce cep. Nous sommes enracinés et vi­vants de la vie de Dieu et il est très vrai que nous pouvons être blessés mais il ne nous faut pas aban­donner Il nous faut retourner à ce principe vital que le Christ est là pour nous, que le Christ a voulu donner sa vie, qu'Il a voulu que son sang coule dans nos vei­nes, que son sang soit le principe de vie aujourd'hui pour nous et pour tous les hommes.

Comme le disait l'évangile aujourd'hui, vous êtes les fruits que le monde attend parce que vous êtes la gloire du Père qui est le vigneron, vous êtes les sarments qui portent du fruit parce qu'attachés au Christ. Vous êtes aujourd'hui, dans la vie de ce monde, ce qui lui donne l'Esprit, le souffle, la vie. Aujourd'hui vous êtes la gloire de Dieu qui veut que vous portiez beaucoup de fruits.

 

 

AMEN

 

 
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