AU FIL DES HOMELIES

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I Pierre 2, 4-9 ; Jean 14, 1-12

Cinquième dimanche du temps pascal – A

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, aujourd'hui en ce cinquième dimanche, Jésus nous parle de son départ : "Je m'en vais, Je vais vers le Père, Je vais pour vous préparer une place. Quand J'aurai préparé cette place, Je reviendrai pour vous prendre avec Moi". Étrange voyage que celui du Christ, puisqu'Il va nous dire qu'Il est Lui-même le chemin par lequel on va au Père, le chemin sur lequel Il s'en va et sur lequel nous le suivrons un jour.

Mais je voudrais réfléchir aujourd'hui sur no­tre situation à nous qui sommes dans ce monde, alors que le Christ a quitté ce monde, qu'Il est allé vers le Père. Qu'en est-il donc de nous, les disciples de Jésus, qui semble-t-il, restons comme orphelins, bien que Jésus nous dise : "Je ne vous laisse pas orphelins" (Jean 14,18) ? Nous qui restons dans ce monde caduc, passager, ce monde difficile, ce monde d'épreuves et de mort, tandis que Jésus est allé vers le Père pour nous préparer une place, mais une place que nous ne pourrons occuper que plus tard. Saint Pierre dans le très beau passage de sa première lettre que nous li­sions tout à l'heure, va nous donner une indication décisive : "Nous, nous sommes comme des pierres vivantes qui s'édifient sur la pierre d'angle, la pierre vivante par excellence qu'est le Christ, afin de cons­truire un édifice spirituel".Cette image de la cons­truction d'une maison, d'une demeure, d'un édifice dans lequel il y a une pierre fondamentale, et puis une multitude de pierres vivantes qui s'organisent les unes avec les autres pour réaliser cet édifice, cette compa­raison, cette image est assez proche de celle que nous trouvons dans l'évangile de saint Jean, dans une page voisine de celle que nous venons de lire, où Jésus nous dit : "Je suis le Cep de la vigne, et vous vous êtes les sarments" (Jean 15, 1 ). Et ensemble, nous cons­tituons cette vigne dans laquelle circule la sève qui est la vie éternelle. Analogue aussi à cette autre image familière à saint Paul qui nous dit que nous sommes "un corps, dont le Christ est la Tête et dont nous sommes les membres" (I Corinthiens, 12, 12).

Toutes ces images parallèles nous disent deux choses fondamentales. La première c'est que nous sommes, nous, chrétiens, disciples du Christ, nous sommes de la même race que le Christ, nous lui sommes semblables. Il est la Pierre fondamentale, nous sommes les pierres vivantes édifiées sur Lui. Il est le Cep de la vigne, nous sommes les sarments. Il est le Corps, et plus précisément la Tête du corps, et nous sommes tous les membres que cette Tête fait agir. Il y a une continuité de nature entre le Christ et nous. Il s'est fait homme comme nous, et Il nous rend participants de sa vie. Et c'est là le deuxième élément que nous donnent ces comparaisons : c'est la même sève qui circule dans le cep et dans les sarments, c'est le même sang qui irrigue la tête et tous les membres du corps, c'est le même ciment qui scelle les unes aux autres les pierres de l'édifice et qui les fait reposer toutes ensemble sur la pierre fondamentale. Nous sommes donc, même si le Christ apparemment n'est plus parmi nous, même si le Christ est retourné auprès du Père, même si le Christ nous accueillera au-delà de notre propre mort, nous sommes comme Lui, partici­pants de sa vie dès maintenant, membres de son corps, pierres vivantes de cet édifice dont Il est la base, nous sommes sarments de cette vigne dont Il est le cep.

C'est dire que nous constituons ensemble, avec le Christ une seule réalité vivante, vivante comme ce corps animé par la tête, vivante comme cette vigne irriguée par la sève, vivante comme les pierres de cet édifice spirituel dont saint Pierre nous dit que ce sont des pierres vivantes. Nous sommes donc tous constitutifs d'un organisme vivant dont le Christ est le centre, la tête, la pierre d'angle, le cep. Cet édifice, dont les édifices que sont nos églises ne sont que le signe, le symbole, (et nous célébrerons cette semaine la fête de la Dédicace de cette église, qui est la dédicace de notre communauté), car cette église n'a de sens que comme signe et comme lieu de rassemblement de notre communauté, c'est nous l'Église, c'est nous les pierres vivantes dont ces pierres ne sont que le symbole, cet édifice, cette vigne, ce corps, c'est le mystère de l'Église. L'Église c'est cette communion de vie de tous les membres, de tous les sarments, de toutes les pierres vivantes, qui ensemble, constituent un édifice spirituel, constituent une vigne vivante et produisant du fruit, constituent un corps animé et doué d'existence et de vie. L'Église, c'est le mystère de notre communion les uns avec les autres et de notre communion tous ensemble avec le Christ. Il n'y a pas de corps sans une tête, il n'y a pas de sar­ment sans un cep, il n'y a pas d'édifice sans fondation. Le Christ est cette fondation, mais nous participons en plein à l'édification de cette maison, de cette demeure. Pour qu'il y ait une demeure, il ne suffit pas qu'il y ait des fondations, qu'il y ait une pierre fondamentale, qu'il y ait une pierre d'angle, il faut encore qu'il y ait une multitude de pierres vivantes pour que s'élève la splendeur de cet édifice. Nous sommes donc une par­tie nécessaire, indispensable de cette édification de ce mystère de l'Église. L'Église, c'est, comme le dit saint Augustin, le Christ total, c'est-à-dire le Christ Pierre angulaire, Pierre fondamentale, et toutes les pierres vivantes qui s'agencent les unes avec les autres pour réalise cet édifice. Sans ces pierres vivantes que nous sommes, il n'y aurait pas d'Eglise, il n'y aurait pas de mystère de l'Église.

Saint Pierre nous dit encore quelque chose d'extrêmement important. Il nous dit : "Vous consti­tuez un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple choisi que Dieu appelle des ténèbres à son admirable lumière". Vous qui n'étiez pas un peuple, vous qui n'étiez qu'une foule, vous qui étiez divisés par le pé­ché, par le mal, par les limites qui sont les nôtres, Dieu fait de nous le "peuple de Dieu". Et c'est cela le mystère de ces pierres qui s'assemblent les unes avec les autres et qui constituent un édifice. Nous devenons le peuple de Dieu et le ciment qui nous lie les uns aux autres, c'est cette miséricorde que nous avons reçue de Dieu, c'est cet amour de Dieu qui est l'Esprit même de Dieu et nous fait tenir ensemble dans une seule cons­truction. Nous constituons donc le sacerdoce royal du Christ. Sacerdoce, c'est un mot difficile, c'est un mot qui signifie le don de la sainteté, qui signifie l'union entre le ciel et la terre, entre la source unique de toute sainteté qui est Dieu, et nous-mêmes qui sur la terre sommes bénéficiaires de cette sainteté. Etre un sacer­doce, c'est être les messagers, les intermédiaires, les médiateurs, entre Dieu et l'univers et le monde. C'est pourquoi dans l'Ecriture, on nous dit qu'il n'y a qu'un seul sacerdoce, celui du Christ, il n'y a qu'un seul Etre revêtu de la puissance sacerdotale qui fait le lien entre le ciel et la terre, entre Dieu et l'homme, c'est celui qui est à la fois homme et Dieu, Jésus-Christ. Ce sacer­doce du Christ, saint Pierre nous dit que nous en sommes participants. Parce que nous sommes des pierres vivantes édifiées sur la pierre d'angle, nous participons à la fonction du Christ qui est d'être le lien entre le ciel et la terre, entre Dieu et les hommes, d'être Celui qui unit la sainteté infinie de Dieu et cette humanité créée, pauvre et misérable, mais appelée à participer à cette sainteté. Nous ne sommes donc pas seulement les bénéficiaires du don de Dieu, de la mi­séricorde de Dieu, de sa grâce, mais nous participons avec le Christ à l'expansion de cette grâce, au rayon­nement de cette grâce, au rayonnement de cette sain­teté divine, de cette vie divine. L'Église ce n'est pas seulement ceux qui sont disciples du Christ, et qui à ce titre reçoivent de Lui les dons de Dieu, mais ceux qui, avec le Christ, deviennent les médiateurs, les dispensateurs, les distributeurs de cette vie divine, de cette grâce de Dieu. C'est ce qu'on appelle le sacer­doce baptismal dont Pierre dit ici que c'est un "sacer­doce royal". Nous tous, en tant que pierres vivantes, en tant que membres du Corps du Christ, nous tous ici en tant que chrétiens baptisés, unis au Christ Pierre fondamentale, nous participons à sa mission, nous sommes le Christ dans le monde. Chacun de nous est un autre Christ, et tous ensemble, nous constituons la présence du Christ continué, pendant le temps où le Christ nous semble absent parce qu'il est allé nous préparer une place, pendant ce temps, nous sommes, vous et moi, nous tous ensemble dans le monde, le Christ présent, présent à travers les membres de son corps, présent à travers les pierres vivantes édifiées sur Lui et qui constituent au cœur de l'univers cet édifice saint, cet édifice spirituel, cet édifice sacré dans lequel on peut trouver la présence de Dieu, dans lequel on peut trouver la grâce et la sainteté de Dieu. Nous sommes conviés à l'œuvre de salut du Christ et c'est pourquoi, à la fin de la page d'évangile que nous venons de lire, il peut nous dire : "Celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais et il en fera même de plus grandes". C'est par nous que le Christ veut réaliser le salut du monde jusqu'aux extrémités de la terre. Voilà quelle est notre mission : être l'Église, être disciples du Christ, être pierres vivantes, c'est être présence du Christ dans le monde pour le salut du monde. Voilà la mission, la responsabilité que le Christ nous donne à chacun d'entre nous, et à tous ensemble. A nous de nous laisser conduire par l'Esprit du Christ pour que nous puissions réaliser cette mission et que le Christ Jésus, source de toute vie et de toute sainteté, à travers nous se rende présent dans le monde, pour vivifier tout l'univers.

 

AMEN

 

 
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