AU FIL DES HOMELIES

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JE SUIS LE CHEMIN, LA VÉRITÉ ET LA VIE

Ac 6, 1-7 ; 1 P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12
Cinquième dimanche de Pâques - année A (24 avril 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

"Qu'est-ce que la vérité ?" Me voilà bien embarrassé parce que comme nous savons un peu à l'avance quand nous prêcherons, dimanche dernier, je regardais les lectures, et je me suis dit : je vais prêcher sur l'évangile, ce qui en soi est une bonne chose, sur "je suis le chemin, la vérité et la vie". Mais voilà qu'entre-temps, grâces à Dieu, j'ai été court-circuité par Benoît XVI qui, avant même d'être élu pape, a fait une homélie sur la vérité, et sur le fait qu'il y ait un certain relativisme. Alors, j'ai pensé toute la semaine qu'il me fallait changer d'homélie, et comme je ne tiens pas à ramener des choses à moi, qu'en l'occurrence, le pape dit beaucoup mieux que moi, et il me semblait finalement pas très intéressant de dire quelque chose sur la vérité, et cela a été déjà dit.

Ce qui me pousse aujourd'hui à parler de la vérité dans le christianisme, c'est justement les diverses réflexions que j'ai entendu de part et d'autre. A l'occasion justement de cette discussion sur la vérité, il y a un certain nombre de contre-sens qui sont faits. Si nous pensons que la vérité, c'est uniquement et simplement l'affirmation de la foi sans autre contexte que de dire : c'est ainsi et pas autrement, en espérant ou en désespérant que l'inquisition n'existe, il me semble que nous nous trompons. La vérité dans le christianisme n'est jamais un étendard. La vérité dans la foi chrétienne n'est jamais un rempart. La vérité pour le catholicisme n'est pas simplement un discours ou une idée pour nous sauvegarder de nos peurs. Si nous avons peur du monde, si nous avons peur des hommes et si nous pensons que le seul remède c'est de leur appliquer une vérité toute faite, nous sommes en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

C'est le Christ qui parle en premier de la vérité. C'est vrai que quand Pilate a posé cette question à Jésus : "Qu'est-ce que la vérité ?" il aurait pu être parmi les disciples et entendre le Christ dire : "Je suis la vérité", le "Je suis" de l'affirmation divine, de la révélation du nom de Dieu, "Je suis le chemin, la vérité et la vie". Il est vrai que notre monde est rempli de Ponce-Pilate qui posent cette question : "Qu'est-ce que la vérité ?" l'air de dire : il n'y a pas de vérité, c'est vaste la vérité. Qui a la vérité ? qui a raison ? Et dans ces cas-là effectivement, nous tombons dans un relativisme, nous emboîtons le pas à tous ceux qui pensent qu'en somme tous les discours se valent, que tout ce que l'on affirme est absolument égal, et qu'il n'y a pas de vérité, sauf une : la vérité qu'il n'y a pas de vérité, ce qui est une contradiction, comme d'interdire parce qu'il faut interdire ceux qui interdisent, c'est déjà une interdiction. Il y a au moins une vérité semble-t-il dans ce monde, c'est qu'il n'y a pas de vérité. C'est une contre-vérité. C'est cela le relativisme, c'est de croire qu'il n'y a aucun point de repère, c'est de croire qu'il n'y a aucune lumière, et que chacun se débrouille avec ce qu'il peut penser.

Alors, certes, je ne me contredis pas, du moins je l'espère, il ne s'agit pas simplement de se dire : telle et telle chose, c'est la vérité, et cela suffit, à la limite, si j'ai le catéchisme de l'Église catholique en poche, avec cela, je suis sûr de moi. Le Christ ne dit pas : je suis la vérité, Il ne le dit pas. Mais Il dit : "Je suis le chemin, la vérité et la vie". Et ça, c'est très différent. "Je suis le chemin, la vérité et la vie". Autrement dit, la vérité n'est accessible et compréhensible que si nous savons que le Christ est d'abord le chemin. Qu'est-ce à dire ? Tout simplement que nous croyons que Jésus est une voie, un accès direct à la vérité. Mais Il est aussi celui par qui nous passons. Vous aurez remarqué dans l'évangile ce qui me semble très intéressant, quand Thomas pose la question : "Nous ne savons pas où tu vas ?" question de l'homme moderne : où est Dieu ? Ou encore Philippe qui dit : "Montre-nous le Père ?" question de l'homme moderne : qui est Dieu ? Jésus répond : "Qui va au Père, passe par moi", ce qui signifie que nous devons accomplir une Pâque en Christ et qu'Il est donc notre chemin. Cela signifie qu'accéder à la vérité, c'est prendre le chemin de Jésus. C'est vivre la Pâque, l'expérience d'un passage de la mort à la vie, accomplir nous-mêmes un chemin où nous savons que nous ne sommes plus tout seul, mais que Dieu en son Fils est présent. "Je suis le chemin", c'est-à-dire, je suis tout ce dynamisme inscrit dans une route, puisque prendre le chemin, c'est commencer à marcher et se diriger vers un endroit. Ce qui veut bien dire que la vérité n'est pas statique mais bien dynamique, et que cette vérité n'est accessible que si nous entrons justement dans ce dynamisme. Et entre parenthèses, la vérité n'est donc pas dogmatisme, elle n'est pas application d'une idée, elle est reconnaissance que Jésus est notre chemin, et que notre chemin c'est celui que nous sommes en train d'accomplir.

Il me semble que le partage ou l'annonce de la vérité, c'est aussi un chemin, et je ne connais pas de texte plus beau, plus grand et plus fort sur ce qu'est la vérité, que ce que le pape Paul VI avait écrit dans son encyclique Ecclesiam Suam concernant la nature de l'Église. Il parle d'une Église et du dialogue avec ceux qui ont la foi, comme ceux qui ne l'ont pas, comme ceux qui une foi différente. Il développe le fait que l'originalité de l'Église et de son annonce de la vérité tient au fait que Jésus lui-même a pris le chemin des hommes, et que pour être chemin vers Dieu, Il s'est incarné et il a pris les routes humaines. Voilà ce qu'il écrit : "On ne sauve pas le monde du dehors. Il faut comme le Verbe de Dieu qui s'est fait homme, s'assimiler en une certaine mesure les formes de la vie de ceux à qui on veut porter le message du Christ, sans revendiquer les privilèges qui éloignent, sans maintenir la barrière d'un langage incompréhensible. Il faut partager les usages communs, pouvoir qu'ils soient honnêtes, et spécialement, ceux des plus petits si l'on veut être écouté et compris. Il faut même avant de parler, écouter la voix et plus encore le cœur de l'homme. Le chemin vers Dieu, c'est la route des hommes. Si Jésus l'a prise, nous ne sommes pas dispensés à notre tour de la prendre". Cette vérité, est-ce qu'elle est rendue relative parce que nous aimerions notre monde et les hommes et que nous écouterions leur cœur avant de leur annoncer un message ? Cette vérité, le pape Paul VI en a conscience, reste un, vrai problème, c'est celui de "qui a raison" ? Si nous pensons que dans le christianisme il n'y a pas de vérité, nous n'avons plus la foi. Avoir la foi, c'est croire justement qu'il y a une vérité, et n'allez pas demander aux autres religions de ne pas croire en leur Dieu, elles pensent qu'elles ont raison parce qu'elles croient à leur vérité. L'acte de foi, c'est de croire en la vérité. Le problème qui demeure, c'est de savoir s'il y a plusieurs vérités. Là aussi, Jésus dit : "Je suis le chemin, la vérité", et le pape Paul VI dans la même encyclique nous fait comprendre une chose essentielle que je vous livre : la vérité se découvre dans le dialogue. La vérité se découvre dans la rencontre avec l'autre et dans ce qu'il porte, même si je sais profondément à qui j'appartiens, et de qui je rends compte. Le pape Paul VI écrit : " Dans le dialogue on découvre combien sont divers les chemins qui conduisent à la lumière de la foi, même s'ils sont divergents" (et l'on sait bien, ne serait-ce que dans l'Église, quels sont ces chemins de foi divergents), même s'ils sont divergents, ils peuvent devenir complémentaires. Si nous poussons notre entretien hors des sentiers battus (cela peut aller très loin, ce n'est pas simplement une idée que l'on applique), et si nous lui imposons d'approfondir la recherche et de renouveler ses expressions (cela veut dire connaître le langage des hommes d'aujourd'hui et leur parler dans leur langue), la dialectique, cet exercice de pensée et de patience nous fera découvrir des éléments de vérité également dans les opinions des autres, elle nous obligera à exprimer avec grande loyauté notre enseignement parce que les traces de Dieu et les signes de sa présence sont au cœur de chaque homme".

Je conclus : "Je suis le chemin, la vérité". Il nous manque "la vie". La vérité n'est compréhensible que si elle donne vie. La vérité n'est accessible que s'il a vie, c'est-à-dire que la vérité, c'est aussi également et surtout la vie de Dieu en moi. Ce qui fait bien comprendre que la vérité n'est pas une idée, elle est une personne, que cette vérité, c'est l'action de cette personne dans le quotidien et l'ordinaire de notre vie, geste continué et perpétué de Jésus qui nous sauve dont les sacrements sont le signe et le moyen : je te baptise, je te confirme, je te pardonne tes péchés, je te donne le corps du Christ, je te guéris, etc … c'est la vie de Jésus qui nous touche. C'est ce que dira saint Jean : "ce que j'ai vu, ce j'ai entendu, ce que j'ai touché du Verbe de Vie, nous vous l'annonçons". C'est cela la vérité. En célébrant les sacrements, je réalise et j'annonce en même temps la vérité du Salut qui s'opère dans ma vie. Baptiser des enfants aujourd'hui, recevoir la première commençant pour un enfant, c'est engager la vérité de Dieu dans leur vie, et se pascalise à travers cette existence où je suis sûr d'une chose, c'est que la vérité, c'est Jésus, la vérité, c'est une personne, la vérité, c'est Dieu et Il accepte que je l'annonce comme le dit saint Jean, annoncer la merveille de celui qui vous fait passer "de la ténèbre à son admirable lumière".

 

 

AMEN

 

 
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