AU FIL DES HOMELIES

Photos

ET LE CIEL ETAIT PLUS BLEU

Ac 9, 26-31 ; 1 Jn 3, 18-24 ; Jn 15, 1-8
Cinquième dimanche de Pâques - année B (14 mai 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

En somme, si ce n’est le christianisme, la foi catholique est très simple. Elle est très simple car il suffit d’aimer. Ce n’est pas un programme ou une idée, c’est comme nous l’avons entendu : "en paroles et en actes". Et nous avons le cœur de la foi catholique. Ce qui fait que depuis presque deux mille ans, les catholiques n’ont aucun problème, puisque de toute façon, ils aiment. Ils n’ont jamais eu de problème sociaux ni historiques, ni autres, puisque ce qui constitue fondamentalement la foi catholique, c’est d’aimer.

Mais le problème, parce que j’imagine quand même qu’il y a un problème, c’est celui de la relation. Comment se fait-il que finalement, le monde n’ait pas beaucoup changé ? Et je vais le dire (mais vous ne répéterez pas), les catholiques ne sont pas toujours parfaits dans ce domaine-là même si ce qui nous est demandé est très simple. Le problème c’est celui de la relation, car certainement quand on a la foi au cœur, on a non seulement envie, mais aussi la capacité d’aimer. Normalement, nous sommes faits, si ce n’est chrétiens, au moins catholiques, pour aimer. Mais, nous nous rendons bien compte que les grands idéaux de cet amour chrétien sont difficiles, parce que la relation n’est pas toujours aisée. Or, pourquoi faut-il aimer ? Il faut aimer parce que l’amour, c’est la relation la plus parfaite, mais que cette relation la plus parfaite est aussi la plus fragile. Et la deuxième chose, c’est parce qu’on naît vraiment, on existe vraiment, on est réellement une personne, on n’est soi-même que dans le cadre de la relation. C’est vrai pour l’enfant qui naît, mais avant même de naître, il n’existe que par relation. Il n’existe même si ce n’est que par relation vitale dans le sein de sa mère, il faut qu’il y ait relation. Tout l’art d’accéder à être une personne et à exister, c’est dans la relation que cela va se réaliser. Même si au départ, l’enfant ne distingue pas exactement, et ne fait pas de distinction entre lui et sa mère, ou plus exactement le sein qu’il tête, c’est peu à peu dans la relation que la mère a avec le père, que l’enfant va apprendre à s’éveiller à ce qu’est une relation. La mère n’est pas lui, et même la mère, quand il voudrait la posséder, elle est aussi à quelqu’un d’autre. Il y a donc un apprentissage de la relation. Et ce n’est que comme cela, pour faire droit au psychanalyste comme il est de bon ton, ce n’est que dans la relation que l’homme existe, que la personne se façonne et se construit.

La grande difficulté de l’homme réside dans le fait qu’il voudrait une relation qui soit bonne, qui soit bien, qui soit plaisante, et l’homme, autant dire nous-mêmes, nous allons passer notre vie à n’avoir que des défauts de relation, des difficultés relationnelles. Pourquoi ? parce qu’il est difficile de faire face à l’autre, il est difficile d’accepter tout de l’autre, il est difficile de regarder simplement l’autre et de l’accepter dans sa différence.

Je vais parcourir les trois textes d’aujourd’hui qui peuvent peut-être nous aider à saisir en quoi justement, le Seigneur vient guérir notre défaut de relation et veut nous pousser à accomplir cette véritable relation d’un amour qui aboutit. Je vais partir de l’évangile et remonter jusqu’à la première lecture.

D’abord, cette image, ce symbole de la vigne. Comme le dit le Christ : "Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron, et vous devez donner du fruit". Le Père est le vigneron parce que c’est celui qui est source, qui décide Le Fils est la vigne, cette réalité concrète, ce qui est solide et se voit, cette incarnation. Et le fruit, c’est l’Esprit. Autrement dit, déjà à travers l’image de la vigne, nous avons l’idée que la relation parfaite existe, elle existe en Dieu. C’est ce qu’on appelle la relation divine dans laquelle l’absolue égalité des personnes fait qu’ils ne dépendent que de l’autre et que de l’amour de l’autre. Ils en dépendent entièrement. Et que nous demande Jésus ? Par cette image de la vigne, Il va continuer en disant : "Demeurez en moi comme moi en vous", parce que vous ne pourrez pas porter de fruits, vous ne pourrez pas porter le fruit de l’Esprit saint si vous ne demeurez pas en moi. Jésus-Christ avant de passer de ce monde à son Père, c’est-à-dire avant de marquer la relation qu’Il a avec les apôtres parce qui va leur apparaître une absence, laisse cette parole de demeurer en lui, l’image du sarment sur le cep. Le sarment n’existera pas, ne portera pas de fruits, ne sera rien, s’il ne demeure pas fondamentalement attaché au cep. Ainsi donc, Jésus, dans l’absence qui va se créer, crée la relation de l’intimité avec lui. Je crois que c’est la première réalité importante. Si nous aimions pour aimer, ce serait très bien, mais ce serait de l’humanisme, et des gens non chrétiens, peuvent aimer pour aimer et montrer et montrer beaucoup de bonté par simple principe de la bonté dans l’humanité. Mais cela ne caractérise en rien ce que l’évangile nous fait percevoir, c’est que le chrétien à ce niveau-là n’est pas meilleur mais il se réclame de la communion à Dieu, de son intimité avec Dieu, intimité qui va passer tout particulièrement non seulement par la pratique sacramentelle mais également par la prière, par la prière, par le temps consacré à entrer en relation avec Dieu, par ce "commerce d’amitié" dont parlait sainte Thérèse d’Avila lorsqu’elle voulait parler de la prière. S’il n’y a pas de vie de prière dans notre existence, il manque déjà l’élément fondamental et important de la vraie relation d’amour avec Dieu, cette intimité.

Deuxième texte. Quand Jésus nous appelle à demeurer en lui et de porter ainsi du fruit, saint Jean le dit sans ambages : "Voici son commandement : mes enfants, nous devons aimer, avoir foi en son Fils Jésus-Christ et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Et celui qui est fidèle à ces commandements, demeure en Dieu et Dieu en lui". Nous retrouvons cette histoire de demeurer en Dieu par le fait de nous aimer les uns les autres. C’est le deuxième appel. Il ne suffit pas d’aimer Dieu, il y a beaucoup d’autres hommes qui aiment Dieu, même s’ils mettent un nom différent sur Dieu. Il ne suffit pas d’aimer Dieu, il ne suffit pas d’avoir une relation de prière avec lui, il faut nous aimer les uns les autres pour demeurer en lui. C’est bien sûr le premier et le second commandement. Si nous aimons Dieu mais que nous n’aimons pas notre frère que nous voyons, saint Jean dira : "nous sommes des menteurs". Nous ne pouvons nous réclamer d’être chrétiens que si nous aimons en vérité les autres. Et comme le dit saint Jean : "pas en paroles", non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. Et bien sûr, cela nous renvoie directement à toutes les difficultés que nous connaissons. Nous savons qu’il y a des gens qui voudraient vraiment être bons chrétiens, et qui feront tous les exercices de dévotion qu’il faut pour être chrétien, mais qui buttent sur l’existence de l’autre. Il y a des chrétiens qui peuvent détester l’étranger, qui ne réalisent absolument pas qu’ils sont capables d’écraser leur voisin, et l’on sait trop bien combien on a reproché aux chrétiens de ne pas être conformes à ce qu’ils annoncent. Cela ne veut pas dire que nous soyons des super-héros de l’amour, ce n’est pas cela, mais cela signifie simplement que, attentifs à la Parole de Dieu, nous ne nous contentons pas de paroles et de discours même si la relation d’amour avec le frère est forcément celle où va se vérifier l’amour de Dieu. Je disais que le christianisme est simple, mais c’est là où c’est difficile. C’est un critère, un discernement.

C’est cette grâce-là, et c’est le premier texte, que l’Église a fait comme expérience : "Après sa conversion, Paul vint à Jérusalem. Il cherchait à entrer dans le groupe des disciples, mais tous avaient peur de lui car ils ne pouvaient pas croire, que lui aussi était un disciple du Christ". Il faut rappeler que quelques chapitres avant, saint Paul, qui n’était pas encore saint Paul mais qui était entièrement Paul, "ne respirait que menaces pour les disciples du Christ". il voulait les incarcérer, il voulait les détruire. Il est évident que la communauté des premiers chrétiens, des disciples ne peut qu’avoir peur de cet homme qui veut entrer dans leur communauté. Ce qui signifie une chose importante, c’est qu’on pourrait même être content en disant : finalement, j’aime Dieu, j’aime bien ma communauté, j’aime bien tous ceux qui sont dans ma communauté. Mais il faut aimer aussi celui qui nous fait peur et qui veut rentrer dans notre communauté.

C’est le troisième stade de la relation. C’est au-delà du don, c’est du pardon. C’est le pardon accordé au Paul qui se présente et qui nous menace, au Paul qui peut-être a voulu même nous tuer. Comment alors accueillir le Paul en question ? Comment l’aimer ? il me semble que le livre des Actes des Apôtres donne la clé. Il y a Barnabé il prend avec lui Paul et présente aux apôtres, et il leur raconte ce qui s’était passé : sur la route, Paul avait vu le Seigneur qui lui avait parlé. A Damas, il avait prêché avec assurance au nom de Jésus. Dès lors, Paul allait et venait dans Jérusalem avec les apôtres. Barnabé change le regard de ses frères chrétiens en disant : Paul a vu le Seigneur. Il me semble que les difficultés de la relation devraient s’estomper si dans l’autre, on regarde, on voit comment cette personne contemple le Seigneur, comment cette personne a également la capacité de voir Dieu, comment cette personne, si je ne l’aime pas, même si j’ai des difficultés est capable de cette union avec Dieu. Avoir vu dans le regard de Paul qu’il a vu le Seigneur et qu’il lui a parlé, permet à la communauté des premiers chrétiens qui n’avaient "qu’un seul cœur et qu’une seule âme", que c’était beau d’accueillir celui qu’elle ne pensait jamais pouvoir accueillir.

"Aimez-vous les uns les autres comme moi je vous ai aimés". Cela m’a fait penser à un enfant de Florence qui est une des gloires de cette ville : Dante Alighiéry. Il disait : "Elle regardait Dieu cette femme, et moi, je le regardais par ses yeux". Il regardait Dieu par les yeux de cette femme qu’il aime. "Elle regardait Dieu et je le regardais par ses yeux, et le ciel était plus bleu".

Frères et sœurs, si en regardant Dieu dans ceux qui le regardent, le ciel était plus bleu, alors le monde serait également plus bleu, le cœur des hommes également, notre vie tout simplement …

 

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public