AU FIL DES HOMELIES

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RÉCONCILIEZ-VOUS, AIMEZ-VOUS

Ac 14, 21-27 ; Ap 21, 1-5 a ; Jn 13, 31-33 a+34-35
Cinquième dimanche de Pâques - année C (28 avril 2013)
Homélie du Père Raphaël BOUVIER


Douceur et tendresse
Frères et sœurs, c'était un vendredi vers la fin de l'après-midi. Je reçois un coup de téléphone de l'hôpital de Martigues où j'étais en paroisse. Une personne était à la toute fin de sa vie et la famille demandait un prêtre. Je cesse toute activité, je pars aussitôt pour répondre à cet appel, un séminariste présent pour son insertion paroissiale m'accompagne. Arrivé à l'hôpital, l'infirmière qui m'avait appelé est très prévenante, elle m'introduit un peu à la situation, me disant que la personne est inconsciente depuis plusieurs jours, que son état s'est aggravé, qu'elle est sous respirateur artificiel et que toute la famille est rassemblée, une vingtaine de personnes dans une même chambre. Je rentre dans cette chambre et commence à célébrer le sacrement des malades sous condition, car normalement, il faut que la personne soit consciente. On prie l'Esprit Saint, et je commence à poser les deux gestes habituels, l'imposition des mains et l'onction d'huile des malades.

Au moment où je fais l'onction d'huile sur le front, l'homme qui était en fin de vie commence à se réveiller, contre toute attente, il s'appelait Jean-Marie, d'origine italienne. Il est tout surpris de voir tout ce monde autour de lui, ses deux filles, ses frères et sœurs, ses cousins et cousines, ses petits-enfants. Je lui explique alors que ce sont ses deux filles qui m'ont demandé de venir pour lui parce qu'il est appelé à passer de ce monde au Père. L'infirmière vient, lui remet le respirateur artificiel, on termine le sacrement tranquillement, lui étant éveillé et entendant tout ce qui se passait pouvant presque prier le Notre Père avec nous.

Cet homme a vécu encore quinze jours. Ses deux filles m'appellent en me disant qu'elles souhaitaient que ce soit moi qui célèbre les obsèques. On se rencontre pour parler un peu de la vie de cet homme, mais surtout pour évoquer ses quinze derniers jours de vie qui ont été assez particuliers. Un jour, au milieu de cette quinzaine de rémission, cet homme s'est mis à chanter pendant toute la journée, le Je vous salue Marie. Ses filles étaient surprises, parce qu'il avait voulu faire un pèlerinage à Lourdes l'été précédent. Ce jour, c'est le 11 février … Mais surtout, pendant ces quinze jours, il a souhaité rencontrer tous les membres de la famille, un à un, en leur disant : je vous en prie, réconciliez-vous, cessez d'être désunis, je ne veux pas partir tant que ma famille n'est pas réunifiée. Aimez-vous les uns les autres, ce sera ma fierté de partir en sachant que ma famille est réconciliée et réunie dans un même amour.

Si je vous raconte cette histoire, c'est parce que je pense qu'elle a quelque chose à nous dire et à nous faire comprendre par rapport à l'évangile d'aujourd'hui. Jésus ne veut pas partir sans nous laisser un dernier commandement : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés". La fierté de Jésus, la gloire de Jésus, ce n'est pas de ressusciter pour lui-même mais c'est que nous vivions de sa vie. La gloire de Jésus c'est que nous aimions comme il aime lui-même : "comme je vous ai aimés". C'est cela la véritable fierté de Jésus. Il ne veut pas nous quitter sans nous laisser ce commandement, sans nous laisser ce désir qu'il a inscrit au plus profond de lui-même de nous voir vivre de sa vie, aimer de son amour, de cet amour même dont il est aimé du Père.

C'est cet amour qui nous a été laissé dans la grâce du baptême. C'est donc de cette vie que nous sommes appelés à vivre pour devenir la fierté de Dieu, pour être la gloire de Dieu, pour laisser Dieu nous glorifier. Ce commandement nouveau que Jésus nous laisse est un impératif pour nous. Il est comme le testament que Jésus nous laisse, comme cet homme Jean-Marie qui voulait laisser ce testament à toute sa famille. Ce commandement il est nouveau parce qu'on reçoit une grâce nouvelle dans le baptême, d'aimer comme le Christ aime en vivant de son Esprit. C'est une capacité nouvelle que nous avons reçu de nous aimer les uns les autres, de pouvoir nous pardonner lorsque nous nous blessons, de pouvoir nous sacrifier pour l'autre, payer de notre personne lorsqu'il a besoin d'un surcroît d'amour pour pouvoir dépasser nos propres limites. Ce commandement sera sans cesse nouveau parce qu'il est toujours devant nous. On ne pourra jamais se considérer quitte de ce commandement une fois pour toutes. On ne pourra jamais dire : j'ai suffisamment aimé mon épouse, mes enfants, mes amis, mon frère et ma sœur ! Le commandement de l'amour que Jésus nous laisse ne sera jamais derrière nous et nous ne serons jamais quitte vis-à-vis de ce commandement. Même lorsque nous entrerons dans l'éternité, il y aura une plénitude d'amour qui sera encore devant nous, à vivre, à déployer, à la grâce reçue le jour de notre baptême.

Frères et sœurs, nous sommes la fierté de Dieu lorsque nous vivons ce commandement. Nous sommes invités à le vivre ici et maintenant, dans nos situations de vie, de profession, de vie communautaire, de paroisse et d'Église pour que nous soyons vivants de la gloire de Dieu ici-bas. Demandons cette grâce au cœur de la célébration eucharistique où sans cesse Jésus vient nous nourrir de son amour, de pouvoir correspondre à ce commandement toujours plus, de ne jamais nous considérer quitte vis-à-vis de ce commandement, pour vivre de la gloire de Dieu ici maintenant, en attendant qu'elle se déploie en plénitude dans l'éternité.

 

AMEN

 

 

 
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