AU FIL DES HOMELIES

LA PEUR DU MONDE 

Col 1, 24-29 ; Jn 15, 18-25

(17 mai 2001)

Homélie du Frère Yves HABERT

Le Brézeux : désir du Royaume

 

N

 

ous poursuivons la lecture de ce discours confidence, de ce discours de ce dernier repas. Je dirais presque que nos avons plus de chance que les disciples qui étaient là, parce qu'on peut le découper, on peut s'en imprégner jour après jours, on peut le recevoir tranquillement et le garder. Le Christ Jésus a comme une sorte d'urgence à révéler ou à clarifier, comme on clarifie un vin, tout son enseignement. Il a une espèce d'urgence à nous expliquer. Là, Il veut nous situer par rapport au monde, avec toute cette ambiguïté que porte le mot "monde" dans l'évangile : le cosmos, notre insertion dans un tissu, la terre, et en même temps le monde en ce qu'il s'oppose violemment à Dieu.

C'est en quelque sorte un discours programatique, l'Église s'est plus ou moins bien arrangée avec le monde. Au début, cette opposition s'est manifestée de manière très forte, les martyrs, saint Tropez que nous fêtons aujourd'hui, le martyre de tellement d'hommes et de femmes qui signaient par leur vie l'unité de la tête et du corps, de la vigne. Quand ils donnaient leur vie, c'était le Christ qui souffrait. Et puis le combat, quand l'Église s'est un peu mieux arrangée avec le monde, le combat a semblé se déplacer à l'intérieur, peut-être aussi grâce à l'influence monastique, on a parlé du combat spirituel qui est un combat à l'intérieur de nous-mêmes, un combat contre tout ce qui en nous-mêmes est comme ce monde obscur qui s'oppose à la lumière.

Puis, on est allé au monde, suivant l'expression qui a traduit un peu l'ambiance des trente dernières années après Vatican II, on est allé au monde pour s'y confronter, pour y faire des passerelles. Et parce qu'on porte le poids de longs siècles où l'Église et le monde se sont regardés en chiens de faïence, où le combat s'était déplacé à l'extérieur, peut-être pour ne pas rentrer en dialogue avec ce monde-là, on porte encore sans doute chacun, une petite peur par rapport à ce monde. Et le Christ veut aujourd'hui, comme Il a libéré ses apôtres au soir de sa Pâque, le Seigneur veut nous libérer de cette peur que nous pouvons avoir par rapport au monde. Il nous libère d'une façon très particulière : Il ne fait pas un discours, mais Il prend la tête, Il est comme le premier de cordée, comme celui qui emmène la flottille, il est comme celui dans la randonnée qui emmène la petite troupe. "Si le monde vous hait sachez qu'il m'a haï avant vous". Il nous libère en prenant la tête, en nous montrant qu'Il a vraiment pris les devants, qu'Il a accepté de manger avec les pécheurs, de partager toute la vie de ce monde. Il nous libère en montant même sur la Croix. Il nous libère de quoi ? De ces peurs ? mais que l'on pourrait traduire par peur de s'engager, de ne pas être digne à ma vocation, peur de ne pas savoir faire, toutes ces peurs qui sont là et qui empêchent d'y aller franchement.

En même temps qu'Il part vers la croix, le Christ emmène non seulement les disciples, mais aussi toute l'Église et nous avec, il nous emmène pour peut-être un horizon qui sera celui de la croix, mais il nous emmène surtout pour une confrontation.

 

AMEN

 

 

 
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